‹ Les régions septentrionales de l'or [microforme]Chapitre 4 sur 4 · LIT · texte numérisé non relu

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On a vu déjà que deux grands cours d’eau, la Colombie et le Frazer, arrosent la Colombie anglaise; du premier, elle n'a que les sources et le cours supérieur. C’est aux riches territoires de la Colombie américaine et de l'Orégon qu'appartient la plus grande partie navigable de son cours; mais la région dans laquelle la Colombie prend sa source a été vantée pour sa beauté, sa richesse et la douceur de son climat. Elle sort du pied des Montagnes-Rocheuses, un peu au-dessus du 50° degré de latitude nord; elle remonte entre deux chaînes de montagnes, puis vers le 52° degré redescend brusquement vers le sud; elle traverse ensuite, avant de franchir la ligne qui sépare les deux Colombies, anglaise et américaine, deux lacs, l'Arrow supérieur et l’Arrow inférieur, et reçoit à l’est un affluent important, le Mac-Gillivray ou Ælatbow-River. Le territoire des In-

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diens kootanies que cette rivière traverse, entrecoupé de prairies et de forêts, n’est pas moins heureusement doté que celui où la Colombie prend naissance; le chef des Mormons, Brigham Young, le fit reconnaitre: ses explorateurs le lui représentèrent pour sa température et sa fertilité comme un vrai paradis, et le grand-prêtre eut un moment l'idée, qu'il n’a pas encore réalisée, de diriger là son dernier exode,

Le Frazer appartient tout entier aux possessions anglaises; il naît sur une de leurs limites, et elles finissent peu au-dessous de son embouchure, Son nom indigène est Tacoutché-Tessé ; celui sous lequel il est aujourd’hui connu lui vient d'un employé de la compagnie de la baie d'Hudson qui, en 1806, fonda un établissement sur le lac auquel il a donné également son nom, et d’où sort une des branches du fleuve coulant de l'ouest à l'est. La vraie source, celle qui donne au fleuve son plus long parcours, sort du même massif des Montagnes-Rocheuses, d’où découle en sens opposé l'Athabasca, pour aller arroser les prairies indiennes. Comme la Colombie, qu'il égale en volume et en rapidité, le Frazer court d’abord du sud au nord: puis, arrivé à environ quinze minutes au-dessus du 54° degré de latitude nord, il s'infléchit subitement vers le sud et coule avec une inclinaison de l’ouest à l’est jusqu'entre les 50° et 49° degrés, où il va, par un brusque mouvement vers l'ouest, se jeter dans l'Océan- Pacifique, en face de la pointe méridionale de Vancouver, après un cours de plus de trois cents lieues. Une barre sablonneuse de cinquante milles carrés coupe son embouchure; mais elle est moins dangereuse que celle de la Colombie, parce que les fortes houles du Pacifique sont brisées par la chaine d'ilots qui entourent comme d'une ceinture protectrice la bouche du fleuve.

Jusqu'à Hopetown, à environ cent milles de son embouchure, le fleuve est navigable pour les steaners. Dans le milieu de l'été, il se gonfle à la suite de la fonte des neiges dans les Montagnes-Rocheuses, et son courant prend alors une rapidité de six nœuds à l'heure. À Yalé, douze milles au-dessus de Hopetown, les rapides commencent, et de ce point jusqu'à sa jonction avec Thompson’s- River, affluent de la rive gauche, le Frazer présente un aspect magnifique, mais plus goûté de l'artiste que du navigateur. Son bassin, semé de rochers, s’élargit, puis tout à coup il se resserre entre deux montagnes; le fleuve, démesurément gonflé, écume, et, impatient de ses limites, s’élance, comme pour les surmonter, le long de ses murailles rocheuse:. Pour éviter cet impraticable passage, on à ouvert un chemin par la rivière et les lacs Harrisson et Lilooette, qui se jettent dans le Frazer, à sa rive droite, au-dessous de Hopetown. Ce chemin, long de cent huit milles, conduit le voya-

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geur, par une succession de petites rivières, de lacs et de canaux, au-dessus du contiuent du Thompson avec le Frazer, IL y a une façon fort curieuse de pénétrer au cœur de la Colombie anglaise : un steumer conduit le voyageur par la rivière Colombia jusqu'aux Cascades, à la hauteur du 48° degré; puis de là, par les vallées des rivières Okanagan et Simil-Kameen, il rejoint celle du Thompson. La facilité des communications par eau est une des grandes faveurs que la nature ait accordées à la Colombie, Les principaux affluens du Frazer, outre le Thompson et le Harrisson, sont, sur la rive gauche, l'Axe et le Quesnel; le Salmon et le Chilcotin se jettent à la rive droite. Presque tout ce vaste bassin est aurifère.

C'est seulement en 1858 qu'a commencé l'exploitation des mines d'or de la Colombie; cependant déjà il était arrivé à plusieurs reprises que des Indiens fissent quelques trouvailles importantes. L'or est peu considérable à l'embouchure des rivières : on en trouve davantage à mesure qu'on les remonte; d'ordinaire on le rencontre en petites parcelles; dans certains endroits, 1 n’est pas assez abondant pour payer la peine du mineur; il en 4 été ainsi à Colville. Au voisinage de Fort-Thompson et des lacs Kamloops et Shoushwap, sur le cours moyen de la rivière Thompson, les profits ont commencé à être plus considérables; puis Yalé et Bridge-River sont devenus les principaux centres d'attraction; enfin les chercheurs ont remonté le Frazer jusqu'aux forts Alexandria et George, et ils ont découvert que c'était dans les échancrures des montagnes d'où sort Quesnel- River que l'or se présentait le plus fréquent, le plus massif, et que là se rencontreraient les meilleurs profits. En effet quelques mineurs réalisèrent tout d'abord de beaux bénéfices, et l’on en cita plusieurs qui, dans la saison, amassèrent 4 ou 500 livres d'or.

La nouvelle de la découverte de cette région de l'or ne fut pas longue à se répandre; la Californie l'apprit la première, et aussitôt un flot de trente-cinq mille mineurs déborda de San-Francisco sur Victoria de Vancouver. Gette invasion de tous les déçus et de tous les vagabonds de la Californie pouvait changer radicalement les destinées de la région du Frazer et lui créer des conditions toutes différentes de la vie paisible et réglée dont elle jouit; mais la foule mal prépa. qui se jetait sur elle n’y trouva pas de ressources : à Victoria, les moyens d'existence étaient insuffisans; le continent présentait de vastes espaces déserts, à peine des routes et pas de chariots pour mener aux mines; cette foule repartit comme -elle était venue, La presse locale déplora cet abandon; elle regrettait la population qui eût été ainsi tout d'un coup répandue sur la colonie, ainsi que l'expérience des mineurs cali'orniens, sans comprendre que cette multitude, dénuée de ressources immédiates, apportait le désordre,

et que si elle eût exploité les mines de la Golombie, c'eût été au profit des marchands et des armateurs de San-Francisco. Rendue à la solitude, peuplée seulement des gens sérieux qui ne prétendaient réussir qu'à l'aide d'un travail persévérant, la colonie établit dans ses mines l'ordre et la régularité par des prescriptions datées de septembre 1859.

Les mines sèches, dry diggins, furent partagées en lots appelés bench diggins, d'une superficie de cent pieds carrés, ou formant des bandes de vingt-cinq piels, le long des rochers, sur les bords des rivières. Chaque mineur dut recevoir un et dans certains cas deux de ces lots, à charge d'y entretenir le chemin publie et les conduites d'eau suivant la direction indiquée par les commissaires des mines. L'eau est aux mines une des grandes causes de querelles et de réclamations; elle est indispensable au travail, et les mineurs sont sans cesse disposés à reprocher à leurs voisins qu'ils l'absorbent et l'épuisent. C'était donc une mescre d'ordre importante que d'en assurer la distribution. En arrivant aux mines, chaque travailleur est tenu de prendre une licence, On s'accorde à reconnaître que les mineurs dans la Colombie anglaise valent mieux que ceux des autres régions aurifères, Ils sont en général sobres et intelligens; il n°y a point parmi eux d'exemple des rixes terribles qui ont quelquefois ensanglanté les placers du Sacramento et ceux de l’Ausiralie. Un assez grand nombre de vagabonds et de vauriens s'étaient jetés d'abord à leur suite sur le Frazer; mais ils ont été rebutés par les fatigues et écartés par la sévérité des autorités anglaises. L'ordre et une certaine régularité ont été ainsi établis; cependant l'existence du mineur est pénible à cause des vastes espaces déserts qu'il doit franchir, des provisions et des instrumens qu’il lui faut porter au loin. Les profits ne sont pas considérables; en voici la mesure moyenne : en 1858, l'extraction de l'or des diverses mines de la Colombie anglaise a produit 1,494,211 livres sterling, en 1859 près de 2 millions, ce qui, d'après le nombre des mineurs, établi par la liste des licences, donne un peu plus de 100 livres pour chacun; or les frais d'existence peuvent être évalués à environ 60 livres.

Il en est donc de la Colombie comme des autres régions aurifères, à quelques exceptions près que le hasard ramène de loin en:loin, et comme pour exciter la passion des chercheurs, l'existence des mineurs y est ingrate, et leurs gains n'apportent pas une compensation suffisante à leurs privations et à leurs fatigues. Aussi l'avenir de cette contrée n’est-il pas ans l'exploitation de l'or, mais plutôt dans le sage développement des autres richesses plus durables dont la nature l’a dotée. Nous avons vu qu'elle doit devenir, grâce à ses ports, l'entrepôt d'une partie du commerce du Pacifique, et que ses

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immenses forêts peuvent fournir un long aliment à un commerce de bois considérable, De plus, elle possède des mines de charboi: de terre. Vancouver n'exploite pas l'or de ses rochers et de ses cours d'eau, parce qu'il y est trop clair-semé pour payer les frais de l'extraction; mais cette île a dans la houille une autre source de profits qui, sur les bords du Pacifique, n'est guère moins précieuse. La consommation qui s'en fait sur le Grand-Océan atteint le chiffre énorme de 200,000 tonnes par an. San-Francisco seul en à importé en 1859 79,000 tonnes et 70,000 en 1860. Soixante-dix steumners environ sont annuellement employés à porter au railuy de Panama un chargement qui S'élève à environ 100,000 tonnes, Les côtes du Pacifique ne fournissent guère plus de 10 pour 100 de cette énorme consommation, et c'est le Chili presque seul qui apporte ce contingent. La question de la houille est une de celles qui ont le plus d'importance sur tout le littoral; souvent les feuilles californiennes célèbrent des découvertes de gîtes houillers à Mary'sviile, Stockton, sur le Sacramento et le San-Joaquin. Rien de sérieux cependant ne s’est encore produit à cet égard, ef il n'existe au nord du Pacifique d'exploitation vraiment importante qu'à la baie de Bellingham, dans la partie septentrionale de la Colombie américaine, Or des gisemens de houille considérables ont été récemment découverts dans toute la région inférieure de l'île Vancouver, de Nitinat à Nanaïmo, sur les deux côtes. L'exploitation en est facile, et déjà elle alimente les steamers de la colonie et ceux de la compagnie de la baie d'Hudson. Ce charbon est, à ce qu'il parait, sous le rapport de la qualité, assez semblable à celui que l'on extrait des mines de l'Angleterre. La compagnie de la baie a installé des machines, des travailleurs à Nanaïmo, qui est ainsi devenu subitement un centre actif d'industrie. Un assez grand nombre d'Indiens y sont employés. Dans le nord de l'ile, la houille à été signalée aussi à Koskeermo, près de Bearer’s harbour, le port des Castors. Sur le continent, on en a reconnu plusieurs lits dans le delta du Frazer, mais situés d’une façon défavorable pour l'exploitation ; il en existe aussi à l'entrée du canal Burrard, un peu au-dessus du fleuve, et enfin aux dernières limites septentrionales de la colonie, à Port-Essington, vers le 54° degré de latitude, en face de l'archipel de la Reine-Gharlotte. L'exportation du charbon de Vancouver a commencé en 1858; elle s’est élevée à 1,700 tonnes, et elle a été de 2,000 l’année suivante.

A cette richesse minérale de Vancouver, il faut ajouter les sources salées de cette ile: elles sont nombreuses. Nanaïmo en possède une qui donne un gallon d’eau par minute et une livre de sel par gallon. Ce n’est pas, il est vrai, la quantité fournie par les sources de l'Utah, qui donnent en sel le tiers de leur poids.

Aujourd'hui les routes qui conduisent de l'Europe dans le Pacifique, et surtout à la côte nord-ouest de l'Amérique, sont longues et dilliciles. Sept principales sont habituellement suivies : la premicre consiste à s'embarquer à Londres ou à Liverpool sur un bâtiment qui traverse l'Atlantique et double le cap Horn. Il ne faut, pour l'accomplir, guère moins de cinq mois. Vient ensuite le passage par Panama; un steamer conduit le voyageur de New-York à Aspinwall ; on sait qu'un chemin de fer livré en partie à la circulation en 1852 et terminé en 1855, avec des travaux et des frais considérables, traverse aujourd'hui l’isthme de Panama en quelques heures. De Panana, un trajet de quatorze jours mène à San-Francisco, d'où l’on eut gagner les points plus septentrionaux de la côte; les steamers américains accomplissent le passage de San-Francisco à Esquimalt, à Victoria de Vancouver, en quatre ou cinq jours. Une troisième route entre les deux Amériques conduit au nord de celle de Panama par le fleuve San-Juan et le lac de Nicaragua, où un service régulier et assez prompt a été organisé en attendant que les compagnies françaises ou américaines coupent, l'isthme à cet endroit, comme elles se le sont proposé,

Telles sont les routes maritimes. Il y en a quatre autres, dites terrestres, overland, coupant la partie septentrionale du continent anéricain dans sa grande largeur : d’abord la plus fréquentée de toutes, la grande voie de Saint-Louis et de Memphis, de El-Paso à San-Francisco. Le trajet est de vingt-deux jours, très régulier, bien organisé, avec deux,départs par semaine, durant la saison des voyages, Il coûte 20 livres, plus 5 livres pour les repas. Des stations militaires ont été établies tout le long de la route; chacune d'elles a une garnison de vingt-cinq hommes. La seconde route est celle de San-Antonio à San-Diego par El-Paso; elle est desservie par une malle hebdomadaire. La troisième route, monotone et peu fréquentée, consiste en un service mensuel par le Kansas et Stockton; la dernière va à San-Francisco de San-Joseph et de Placerville par la cité du Lac-Salé. C’est la route qui communique le plus directement avec l'Orégon et le territoire de Washington; elle est hebdomadaire, et a été suivie dans ces dernières années par un grand nombre d'émigrans qui se dirigeaient sur la Californie. À ces quatre grandes voies, qui mettent le Mississipi en communication avec la côte occidentale, le gouvernement des l'tats-Unis accorde des subsides annuels : à la première 600,000 livres, à la seconde 200,000, à la troisième 80,009, à la dernière 320,000.

A ces voies l'Angleterre a l'intention d'en ajouter une nouvelle pour relier ses colonies américaines de l'Atlantique à celles du Pacifique. Les brigades de la compagnie de la baie d'Hudson suivent

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un passage qui leur est particulier par les Rivière-Rouge et Sascatchewan, et franchissent en une passe dite Bol-de-Punch (Prnchbout-Puss) les Montagnes-Rocheuses: mais cette voie, praucable pour de hardis trappeurs, familiers avec les forèts et les déserts de ces régions, ne sauraient convenir à de simples voyageurs chargés de bagages. On en propose donc une nouvelle, plus méridionale, côtoyant les grands lacs du Canada et presque entière desservie par la vapeur. Il existe un chemin de fer anglais qui de Montréal remonte le Saint-Laurent, longe le lac Ontario en passant par Toronto, et aboutit à la pointe méridionale du lac Huron. De là, un autre chemin de fer, appartenant aux États-Unis, se dirige vers le lac Michigan, passe à Chicago, et arrive à Lacrosse sur le Mississipi. I s'agit d'établir la nouvelle route sur cette ligne, de la faire ensuite remonter vers la Rivière-Rouge, qui peut porter de petits s/eancrs jusqu'à Assiniboia, au midi du lac Winnipeg. De là, par une série de lacs et de rivières, on parvient sur une branche méridionale du Sascatchewan, et l'on franchit dans les Montagnes-Rocheuses la passe Vermillon. Il ne reste plus ensuite qu'à établir une route à wagons, longue de 400 milles, dans la direction de Hopetown, tête de la navigation du Frazer. Pour accomplir ce chemin, qui, en y joignant les trajets de Portland à Montreal et de Hopetown à Victoria, c'est-à-dire deux ports, l’un sur l'Atlantique, l'autre sur le Pacifique, n’embrasse pas moins de 3,178 milles, il ne faudrait, suivant l'estimation d’un des auteurs du système, qu'une durée de vingtcinq jours.

Le gouvernement anglais se déterminera-t-il à subventionner cette grande entreprise? Verra-t-on la vapeur étonner les Indiens jusque dans leurs derniers campemens, et porter des populations européennes dans ces régions si longtemps inabordables à l'homme blanc? Si ce projet se réalise, ce sera surtout au profit de la Colombie et de la côte nord-est du Pacifique. La colonie, que nous avons vue naissante et chétive encore, aura peut-être ses jours de grandeur et de prospérité; mais ce ne sera pas non plus sans de grands avantages pour l'Angleterre. Il y a quelques années, dans les premiers temps de la découverte de l'or, la foule qui se pressait dans les ports de la Grande-Bretagne, demandant aux régions lointaines les ressources de son existence, suivit un double courant. Des émigrans, les uns se tournèrent vers les régions de l'or: le sol privilégié du Victoria et les bords aurifères du Sacramento les attirèrent par milliers. On sait quelles dures épreuves les y attendaient : pour quelques favorisés du sort, combien ont misérablement péri, ou sont revenus épuisés et pauvres comme ils étaient partis! D'autres, mieux avisés, ou instruits par l’expérience, s’en allè-

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rent dans Adélaïde et dans la Nouvelle-Zélande demander à un sol fécond et bien arrosé les ressources plus durables et plus sûres qu'il accorde au travail persévérant et régulier de l’agriculteur. \insi s'est formée une classe de colons munis d'un capital qui s’élève quelquefois à 50 ou 60,000 francs: ils bâtissent des fermes, entretiennent de nombreux troupeaux, introduisent dans les pays fertiles où ils se sont fixés toutes les améliorations de la culture. La Colombie et Vancouver, bien que la première de ces colonies possède aussi des mines d'or, s'ouvrent à cette classe particulière de sages colons qui, mieux que les exploiteurs de mines et les spéculateurs de terrains, paraissent appelés à faire la force et la pros- | périté de la colonisation anglaise, et c'est dans cette voie surtout que l'Angleterre doit pousser ses émigrans. Les contrées tropicales semblent moins lui convenir que les régions plus sévères qui s'étendent, comme le Canada et la Colombie, vers le nord, La race anglosaxonne a éprouvé combien les régions du tropique étaient, même pour elle, pleines de péril; vers le nord au contraire, elle trouve une - source abondante et irréprochable de richesses dans la culture du sol, dans la conquête de pays longtemps incultes et sauvages. La vie y est plus calme, sans y manquer d'intérêt et de charme. Dans ces régions, la nature se plait aussi à déployer sa magnificence : ces vastes forêts de chênes et d’érables, ces sombres couronnes de sapins, avec leurs verdures au ton foncé et un peu triste, ont leur charme et leur grandeur. La terre, plus rebelle, rappelle à l'homme les devoirs sérieux de l'existence; mais, si elle lui rend plus rude l’'accomplissement de sa tâche, elle entretient sa vigueur. Là il ne s’est pas avili en substituant à son travail celui de l’esclave. Au souîle âpre et vivifiant des montagnes et de la mer, il ne s'endort Aa pas dans l'indolence où souvent les hommes des tropiques énervent ;

leurs facultés, et si la nature est moins facile, moins spontanée, si elle exige plus d'efforts, en revanche elle trouve devant elle des adversaires plus robustes et mieux préparés.

ALFRED JACORBS.

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