PRÉFACE XXXIX
de rencontrer, je n'en ai connu qu'un seul qui l'admirât ; c'était le comte Badeni, ancien président du conseil des ministres cisleithan, au plus fort de sa lutte contre les pangermanistes. Il en estimait surtout les sévérités, beaucoup plus apparentes que réelles, menaçantes sur le papier, mais, dans la pratique, telum imhelle sine ictu. Il nous retournait le mot fameux : « La liberté comme en Autriche ! » en disant, le plus sérieusement du monde : a L'ordre parlementaire comme en France ! » Et c'était un éloge, mais qui n'allait pas bien loin. Notre règle législative, ou, si l'on veut, notre pratique est défectueuse sur plus d'un point. Relevons-en deux parmi les plus saillants. La Chambre française pousse jusqu'à Tabus et jusqu'à l'absurde le sans-gêne avec lequel elle traite son ordre du jour : chaque soir elle passe une demi-heure à le fixer pour la séance suivante, et, quand il est fixé, elle met comme un malin plaisir à le renverser, de telle sorte qu'il est à peu près impossible de savoir, en arrivant, sur quoi Ton discutera, et par conséquent de se tenir prêt. Ensuite, elle joue vraiment trop des « projets de résolution », qui ont le double inconvénient de n'être pas prévus, de n'être pas nommés^ de n'être pas connus dans le règlement, et ce qui est pis, dépourvus qu'ils sont de toute sanction, et vides de toute force, d'abaisser au nMe d'un Conseil général qui ne peut qu'émettre des vœux une Assemblée souveraine qui peut faire des lois. Voilà deux déformations, deux déviations de notre mécanique, et ce ne sont pas les seules, il