‹ Les regrets, avec une introd., des notes et un indexChapitre 9 sur 32 · XXXIV · texte numérisé non relu

XXXIV

Comme le marinier, que le cruel orage A long temps agité dessus la haulte mer, Ayant finablement à force de ramer Garanty son vaisseau du danger du naufrage.

Regarde sur le port, sans plus craindre la rage Des vagues ny des vents, les ondes escumer: Et quelqu'autre bien loing, au danger d'abysmer, En vain tendre les mains vers le front du rivage:

Ainsi (mon cher Morel) sur le port arresté

Tu regardes la mer, et vois en seureté

De mille tourbillons son onde renversée: i}^)

Tu la vois jusqu'au ciel s'eslever bien souvent. Et vois ton Dubellay, à la mercy du vent, Assis au gouvernail dans une nef percée.

' = y--^- XXXV / ni^uï'-f*-'*^

\ La nef qui longuement a voyagé (Dillier) •^ i. Dedans le sein du port à la fin on la serre: (-") 1; ç^\ Et le bœuf qui long temps a renversé la terre, j* Le bouvier à la fin lui oste le collier:

Le vieil cheval se voit à la fin deslier

Pour ne perdre l'haleine, ou quelque honte acquerra:

Et pour se reposer du travail de la guerre.

Se retire à la fin le vieillard chevalier.

Mais moy, qui jusqu'ici n'ay prouvé que la peine, La peine et le malheur d'une espérance vaine, ^ La douleur, le soucy, les regrets, les ennuys.

Je vieillis peu à peu sur l'onde Ausonienne,

Et si n'espère point, quelque bien qui m'advienne.

De sortir jamais hors des travaux où je suis.

XXXVI ' ^a^UAf^

Depuis que j'ay laissé..inon^^^ur^ séjour^ Pour venir où le Tibre aux iRts tortuz ondoyé, {-^) Le ciel a veu trois fois par son oblique voye Recommencer son cours la grand'lampe du jour.

Mais j'ay si grand désir de me voir de retour,

Que ces trois ans me sont plus qu'un siège de Troye,

Tant me tarde (Morel) que Paris je revoye,

Et tant le ciel pour moy fait lentement son tour.

Il fait son tour si lent, et me semble si morne,

Si morne, et si pesant, que le froid Capricorne

Ne m'accoursit les jours, ny le Cancre les nuicts. (")

Voilà (mon cher Morel) combien le temps me dure Loing de France et de toy, et comment la nature Fait toute chose longue aveques mes ennuis.

XXXVII ù^l^^^e d(j. )l<ry<V

C'estoit ores, ç'estoit qu'à moy je devois vivre, Sans vouloir estre plus, que cela que se suis. Et qu'heureux je devois de ce peu que je puis, Vivre content du bien de la plume, et du livre.

Mais il n'a pieu aux Dieux me permettre de suivre Ma jeune liberté, ny faire que depuis Je vesquisse aussi franc de travaux et d'ennuis. Comme d'ambition j'estois franc et délivre.

Il ne leur a pas pieu qu'en ma vieille saison

Je sceusse quel bien c'est de vivre en sa maison,

De vivre entre les siens sans crainte et sans envie:

Il leur a pieu (hélas) qu'à ce bord estranger Je veisse ma franchise en prison se changer, -vi-y. Et la fleur de mes ans en l'hyver de ma vie.

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