XXXIII
Que feray-je, Morel? dy moy, si tu l'entends, Feray-je encore icy plus longue demeurance, Ou si i'iray reveoir les campaignes de France, Quand les neiges fondront au soleil du printemps ?
Si je demeure icy, hélas, je perds mon temps A me repaistre en vain d'une longue espérance, Et si je veulx ailleurs fonder mon asseurance. Je fraude mon labeur du loyer que j'attens.
Mais fault-il vivre ainsi d'une espérance vaine ? Mais faultil perdre ainsi bien trois ans de ma peine ? Je ne bougeray donc. Non, non, je m'en iray.
Je demourray pourtant, si tu me le conseilles.
Hélas (mon cher Morel) dy moy que je feray,
Car je tiens, comme on dit, le loup par les oreilles.