‹ Les regrets de Joachim du Bellay, AngevinChapitre 17 sur 21 · CLXX VII · texte numérisé non relu

CLXX VII

Si la vertu, qui est de nature immortelle, Comme immortelles sont les semences des cieulx, Ainsi qu'à noxz esprits, se monstroit à nos yeux, Et noz sens hébétez estoient capables delle,

Non ceulx-là seulement qui l’imaginent telle, Et ceulx ausquelz le vice est un monstre odieux, Mais on verroit encor les mesmes vicieux Épris de sa beauté, des beautex la plus belle.

Ores sous la faveur de vor graces prisées, jouit du repoz des beaux champs Elysées, Et si n’a volunté den sortir jamais hors.

Donques, de l’eau d’oubly ne l’abbreuvez, Madame, De peur qu’en la beuvant nouveau désir l’enflamme De retourner encor dans l'enfer de son corps.

Non pource qu un grand Roy ait esté vostre père, Non pour vostre degré, et royale haulteur, | Chacun de vostre nom veult estre le chanteur,

Ny pource qu’un grand Roy soit ores vostre frère.

La nature, qui est de tous commune mère,

Vous fit naistre (Madame) aveques ce grand heur, Et ce qui accompagne une telle grandeur,

Ce sont souvent des dons de fortune prospère.

Ce qui vous fait ainsi admirer d’un chascun, C’est ce qui est tout vostre, et qu'avec vous commun N'ont tous ceulx-là qui ont couronnes sur leurs testes :

Ceste grace, et doulceur, et ce je ne scay quoy, Que quand vous ne seriez fille, ny sœur de Roy, Si vous jugeroit-on estre ce que vous estes.

Voyant l'ambition, l’envie, et Lavarice, La rancune, l'orgueil, le désir aveuglé, Dont cet aage de fer de vices tout rouglé A violé l'honneur de l'antique justice:

Voyant d’une autre part la fraude, la malice, Le proceꝝ immortel, le droit mal conseillé :

Et voyant au milieu du vice déreiglé

Ceste royale fleur, qui ne tient rien du vice :

Il me semble (Dorat) voir au ciel revolez Des antiques vertuz les escadrons ailex, N'ayans rien délaissé de leur saison dorée

Pour réduire le monde à son premier printemps, Fors ceste Marguerite, honneur de nostre temps, Qui comme l'espérance, est seule demeurée.

De quelque autre subject, que j'escrive, Jodelle, Je sens mon cœur transi d’une morne froideur, Et ne sens plus en moy ceste divine ardeur, Qui t'enflamme l'esprit de sa vive estincelle.

Seulement quand je veulx toucher le loz de celle Qui est de nostre siècle et la perle, et la fleur, Je sens revivre en moy ceste antique chaleur,

Et mon esprit lassé prendre force nouvelle.

je suis tout changé, et si ne scay comment, me on voit se changer la vierge en un moment, procher du Dieu qui telle la fait estre.

vient cela, Jodelle? il vient, comme je croy, tubject, qui produit naïvement en moy ue par art contraint les autres y font naistre.

sard, j ay veu l’orgueil des Colosses antiques, théätres en rond ouvers de tous costex, columnes, les arcz, les haults temples voultez, 28 sommets pointus de carrez obélisques.

ven des Empereurs les grandsthermes publiques, ven leurs monuments que le temps a donteꝛ,

ven leurs beaux palais que l’herbe a surmontez es vieux murs Romains les pouldreuses reliques.

„Jay veu tout cela que Rome a de nouveau, are, d' excellent, de superbe, et de beau:

s je n'y ay point veu encores si grand” chose

ceste Marguerite, où semble que les cieux, + effacer l'honneur de tous les siècles vieux, eurs plus beaux présens ont l'excellence enclose.

Je ne suis pas de ceulx qui robent la louange, Fraudant indignement les hommes de valeur,

Ou qui changeant le noir à la blanche couleur Sçavent, comme l’on dit, faire d’un diable un ange.

Je ne fay point valoir, comme un trésor estrange, Ce que vantent si hault nor marcadants d'honneur,

Et sine cherche point que quelque grand seigneur Me baille pour des vers des biens en contr’eschange.

Ce que je quiers {Gournay) de ceste sœur de Rohs, Que j honnore, révère, admire comme toy, C'est que de la louer sa bonté me dispense,

Puis qu’elle est de mes vers le plus louable object :

Car en louant (Gournay) si louable subject,

Le lo que je m'acquiers, m'est trop grand’ récom- | ‘[pense.

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