CLXXXIII
Morel, quand quelquefois je perds le temps à lire Ce que font aujourd hu no⁊ trafiqueurs d hionneurs, Je ry de voir ainsi desguiser ces Seigneurs, Desquel (comme lon dit) il font comme de cire.
Et qui pourroit, bons dieux ! se contenir de rire Voyant un corbeau peint de diverses couleurs, Un pourceau couronné de roses et de fleurs,
Ou le pourtrait dun asne accordant une lyre?
La louange, à qui n’a rien de louable en soy, Ne sert que de le faire à tous monstrer au doy, Mais elle est le loyer de cil qui la mérite.
C’est ce qui fait (Morel) que si mal voluntiers Je diz ceulx, dont le nom fait rougir les papiers, Et que j ay si fréquent celuy de Marguerite.
CLXXXIIII.
Celuy qui de plus près attaint la Déité,
Et qui au ciel (Bouju) vole de plus haulte aile, C'est celuy qui suivant la vertu immortelle, Se sent moins du fardeau de nostre humanité.
Celuy qui n’a des Dieux si grand félicité, Ladmire toutefois comme une chose belle, Honnore ceulx qui l’ont, se monstre amoureux delle, Il a le second ranc, ce semble, mérité.
Comme au premier je tends d’aile trop foible et basse, Ainsi je pense avoir au second quelque place : Et comment puis-je mieux le second mériter,
Qu’en louant ceste fleur, dont le vol admirable, Pour gaigner du premier le lieu plus honnorable Ne laisse rien icy qui la puisse imiter ?