LE CHANT DE LA RACE
Nous sommes d'une vieille Race,
Aussi vieille que le soleil :
Quand nous chantions, les soirs sans lune,
Assis en rond autour d'un feu,
H nous semblait que la Grande lie
Rêvait tout haut par notre voix.
Nous sommes frères de la vague
Qui mêle aux nôtres ses troupeaux
A V ombre des palétuviers,
Et nous imitons sur le sable
Son éternel balancement
En dansant la main dans la main.
Nous sommes frères de V orage Dont le front est noir comme nous Et dont les poings portent la flamme, Nous aussi, lorsque nous tombons Sur les cases de V ennemi, Toute la plaine s'illumine.
Nous sommes frères de V étoile Qui tourne au-dessus de la mer, Elle a 9 jadis, guidé la Race Quand nos pirogues sont parties D'un autre rivage où des temples Brillent sous des forêts en fleurs.
Nous sommes frères du torrent Qui blanchit la montagne rouge Et notre sang bondit de même Entre les parois de nos cœurs Au temps où crèvent les nuages De la jeunesse et de V amour.
Nous sommes d'une vieille Race,
Aussi vieille que le soleil :
Quand nous chantions, les soirs sans lune,
Assis en rond autour d'un feu,
Il nous semblait que la Grande lie
Rêvait tout haut par notre voix.
A RONIKA
Toi dont les dents riaient toujours Comme la grenade entr * ouverte, Je t'ai laissée, ô Ronika, Avec nos morts et notre enfant \ Au pays cerné par les flots.
Lorsque tu suspendais tes bras Au cou de ton guerrier, tes seins, De leur pointe dure et tendue, Pénétraient comme une sagaie Dans son cœur enfiévré d'amour.
C'était l'heure où notre village S'assombrissait sous les figuiers, Où, sur le flanc de la colline, Une lune silencieuse Ouvrait la porte des tombeaux.
Enveloppés dans leurs lambas,
Nos ancêtres venaient à nous,
Leur souffle errait dans nos cheveux
Et, sur le lit de notre enfant,
Nous entendions comme un murmure ;
« Aimez-vous, disaient les Ancêtres, « Car nous ne pouvons, sous la lune, « Ramener le sang à nos cœurs « Qu'en nous penchant sur des berceaux « Où dort la graine de la Race, »