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MODE D'ACTION DU RÉGULATEUR

§ 1. — Généralités.

Après avoir décrit divers types de régulateurs à force centrifuge, nous devons maintenant voir de quelle manière les déplacements du manchon sont utilisés pour contenir dans des limites convenables la vitesse de régime de la machine. L'action peut s'exercer soit sur une valve interposée entre la chaudière et la distribution (régulateurs par étranglement), soit sur la distribution elle-même (régulateurs de détente). Remarquons que la valve d'étranglement peut être placée sur la boîte de distribution sans qu'on ait pour cela à vrai dire un régulateur de détente ; il convient de réserver ce nom aux appareils dont la fonction consiste à intercepter périodiquement et complètement, à chaque coup de piston, pendant un temps plus ou moins long, le passage de vapeur. En d'autres termes, le régulateur par étranglement agit en diminuant la pression motrice, tandis que le régulateur de détente agit par réduction des durées d'admission.

A première vue, l'emploi de la détente variable semble devoir être beaucoup plus avantageux que celui de la valve d'étranglement : la chute de pression produite par cette dernière suppose en effet l'intervention d'une résistance qui consomme nécessairement une certaine quantité de travail. Cependant, on doit faire attention que ce travail se transforme en chaleur dont une bonne partie est employée à surchauffer la vapeur et par conséquent à diminuer la condensation dans le cylindre ; au contraire, les détentes excessives exagèrent les condensations dues à l'influence des parois. Il ne faut donc pas se hâter de conclure à l'infériorité économique de la valve. Une discussion intéressante a été soulevée sur ce sujet en avril 1895, à Londres, devant Y Institution of mechanichal engineers et nous croyons devoir en donner ici un bref résumé.

D'après M. Sankey, les diagrammes d'indicateurs fournis par les machines à détente variable ont meilleure apparence que ceux des machines réglées par une valve ; mais cela tient à ce qu'ils ne mettent pas en évidence la condensation initiale. En effet, s'ils renseignent sur le poids de vapeur présent à chaque instant dans le cylindre, ifs laissent ignorer le poids d'eau. Quand on mesure la consommation d'eau, on est amené à conclure que la dépense réelle de vapeur par cheval indiqué est à peu près la même dans les deux cas. Ceci suppose toutefois que la machine à détente fixe travaille dans le voisinage du maximum de charge : on conçoit sans peine que, pour les charges légères, la chute de pression due à l'étranglement produise une perte de travail trop grande pour être suffisamment compensée par la surchauffe.

Pour serrer la question de plus près, M. Sankey a recours à une représentation

graphique. Considérons avec lui une machine déterminée, marchant à une vitesse donnée, et portons en abscisse la pression moyenne de marche (c'est-à-dire l'ordonnée moyenne de l'indicateur) et en ordonnée la consommation d'eau pendant une heure. La pression moyenne est proportionnelle au travail indiqué; par conséquent, le rapport entre l'ordonnée et l'abscisse, c'est-à-dire le coefficient angulaire de la droite allant de l'origine des coordonnées au point obtenu, mesure, à un facteur constant près, la consommation d'eau par cheval. Dans le cas d'une machine à détente fixe, le diagramme est sensiblement reetiligne : tel est du moins le résultat d'expériences faites en 1893 sur des machines Wîllans, La droite obtenue présente une ordonnée à l'origine et un coefficient angulaire positifs. En admettant que cette loi soit générale, on voit immédiatement que la consommation d'eau pur cheval diminue constamment à mesure que la charge de la machine va en augmentant. Pour une machine à détente variable, les choses se passent autrement. Le diagramme présente une courbure prononcée (lig. 74) et, en lui menant une tangente par l'origine des coordonnées, on obtient un point de contact P correspondant à l'allure

la plus économique. Si maintenant Ton conçoit que, sur la même figure, on représente à la fois la courbe de consommation dans la détente variable et la droite de consommation dans la détente fixe, ces deux lignes se coupent en un point A correspondant à l'ordonnée moyenne Aa. Pour les pressions de marche inférieures à cette limite, la détente variable est plus économique que la détente fixe. Pour les pressions supérieuies, l'avantage appartient au contraire à la détente fixe.

D'autre part, la vitesse moyenne de marche doit entrer en ligne de compte pour la préférence à donner à l'un ou l'autre des modes de réglage : dans le cas des machines lentes, jusqu'à 150 tours par minute, les obturateurs genre Corliss fournissent une excellente solution de la détente variable. Pour les vitesses supérieures, on est obligé d'abandonner les déclics, et alors les régulateurs de détente demandent généralement trop de puissance.

M. Allen a fait, pendant deux ans, pour le compte du gouvernement anglais, des essais sur des machines de 60 chevaux marchant à 300 tours. Chaque essai durait une semaine. Il n'a observé, au point de vue de l'économie, aucune différence entre les résultats des régulateurs h délente fixe ou à détente variable. M. Joy confirme cette manière de voir en faisant remarquer que, sûr les locomotives, certains mécaniciens règlent la marche par la coulisse, d'autres par la valve d'admission, et que les consommations de charbon sont les mêmes dans les deux cas.

M. Kohinson estime que l'apparente supériorité des machines à détente variable tient, pour une bonne part, à leur meilleure construction. D'après M. Saxon, les valves d'étranglement à tiroir peuvent soutenir la comparaison avec n'importe quel système de détente variable.

En somme, les praticiens anglais semblent portés à considérer le régulateur par étranglement comme aussi avantageux, dans la plupart des cas, que le régulateur de détente. C'est seulement quand la charge de la machine est sujette à osciller fréquemment dans de très grandes 1 imites qu'il peut y avoir un avantage économique à faire varier automatiquement la détente pour éviter les étranglements exagérés. Ces conclusions sont d'accord avec celles qui ressortent des expériences faites jadis en Alsace par Hirn.

A un autre point de vue, on doit se demander lequel des deux modes de réglage se prèle le mieux à l'établissement d'une vitesse de régime sensiblement constante. Cette

question ne pourra être abordée que dans la seconde partie, quand nous étudierons la dynamique du régulateur.

Nous supposerons jusqu'à nouvel ordre que le régulateur agit sur une valve d'étranglement.

La liaison entre le manchon et la valve est continue ou discontinue, cest-à-dire que tantôt tout déplacement du manchon entraîne un déplacement correspondant de la valve, tantôt, au contraire, les choses sont disposées de telle façon que la valve reste insensible aussi longtemps que les déplacements du manchon ne dépassent pas certaines limites. Le premier cas est celui de Y action directe, ainsi nommé parce que la position de la valve est en relation déterminée et directe avec celle du manchon. Le second cas est celui de Y action indirecte. Quand on a recours à cette dernière solution, on s'arrange généralement de manière que le manchon, en atteignant Tune des extrémités de sa course, embraye un mécanisme auxiliaire par le moyen duquel la puissance motrice met la valve en mouvement sans exiger du régulateur un effort supplémentaire. On peut alors, avec un régulateur de dimensions modérées, manœuvrer des appareils de réglage présentant une grande résistance, comme cela a lieu notamment pour les vannes de machines hydrauliques. Dans ces conditions, la grandeur du. déplacement de la valve est indépendante de celle du déplacement du manchon : elle est déterminée uniquement par le temps pendant lequel fonctionne l'embrayage. La régularisation indirecte, ainsi comprise, est très puissante, mais nécessairement assez lente. En outre, elle expose à des oscillations, dites à longue période, que nous étudierons ultérieurement. Dans certains régulateurs indirects, la puissance est fournie directement par la force centrifuge du régulateur ou bien encore elle est demandée à la fois à cette force centrifuge et au moteur.

Une solution mixte se rencontre dans les compensateurs : le manchon agit directement sur la valve par une transmission cinématique ; mais, en même temps, son déplacement, dès qu'il atteint une certaine limite, met en jeu un embrayage qui modifie progressivement la liaison pour ramener les boules à leur position primitive. La régularisation se fait par conséquent en deux phases : dans la première, qui est très courte, le fonctionnement est celui des régulateurs ordinaires à action directe ; dans la seconde, qui peut durer plus ou moins longtemps, l'action devient véritablement indirecte.

Les servomoteurs possèdent une énergie comparable à celle de l'action indirecte empruntée au moteur, et ils conservent en même temps toute la rapidité de l'action directe. Ils sont constitués de telle façon que chaque déplacement du manchon détermine un déplacement correspondant de la valve, la force nécessaire pour la manœuvre étant fournie par la vapeur. Ces appareils rentrent donc dans la catégorie des régulateurs directs en ce sens que la position de la valve est fonction de celle du manchon ; ils se rapprochent, d'autre part, des régulateurs indirects par l'absence de liaison cinématique entre les deux organes.

Nous nous occuperons d'abord des régulateurs directs proprement dits.

§ 2. — Forme de la valve.

Ainsi que l'a fait remarquer M. Marié (Annales des Mines, 1878), une valve fixe, placée sur le tuyau qui va de la chaudière au cylindre, et disposée de manière à produire un étranglement permanent, constitue déjà par elle-même, et indépendamment de toute intervention du régulateur ou du mécanicien, un appareil capable de limiter les variations de la vitesse. Cette valve crée en effet une perte de charge d'autant plus grande que la machine tend à consommer un plus grand volume de vapeur, et il en résulte que la machine, quand elle s'accélère, reçoit la vapeur à une pression de plus en plus réduite.

La valve joue donc le rôle d'un véritable régulateur de destruction ; son effet s'ajoute à celui des diverses résistances passives qui croissent également avec la vitesse, et Ton s'explique ainsi que certaines locomobiles par exemple présentent une marche assez régulière malgré l'état défectueux des régulateurs employés : au fond, ceux-ci ne jouent qu'un rôle nul ou négligeable. Mais il va sans dire que la régularisation par perte de charge permanente et excessive constitue, au point de vue économique, une mauvaise solution.

La valve primitive de Watt était un papillon, c'est-à-dire une plaque placée dans le conduit de vapeur et susceptible de tourner autour d'un axe transversal. Cette disposition qui est très simple, mais qui a l'inconvénient de donner difficilement une obturation complète, est encore assez employée aujourd'hui. Tredgold, dans son Traité des machines à vapeur, proposait de fixer les conditions d'installation de telle façon que la valve se ferme entièrement quand la vitesse de la machine dépasse le vingtième de sa valeur moyenne, et que cette valve soit au contraire complètement ouverte quand la machine atteint sa vitesse moyenne « sans quoi, disait-il, la vapeur serait toujours gênée dans son passage, excepté quand la machine aurait à vaincre une résistance extraordinaire ». Mais Poncelet a fait remarquer qu'une semblable disposition aurait l'inconvénient do produire une diminution de force motrice précisément à l'instant où surviendrait un ralentissement de la vitesse, ce qui est absurde. Il faut donc, sans avoir égard à l'inconvénient des étranglements (compensé d'ailleurs par la surchauffe), donner à la valve, pour le cas de la vitesse moyenne, une position intermédiaire entre celle de pleine admission et celle de fermeture complète.

Si la valve, dans sa position de fermeture, était perpendiculaire à l'axe du cylindre, il faudrait une rotation trop grande pour obtenir une ouverture sensible. On lui donne donc un contour tel qu'elle obture le tuyau en formant avec l'axe un angle de 50 à 60 degrés; on admet que l'ouverture en grand est atteinte quand le même angle est réduit à une dizaine de degrés, la perte de charge devenant alors insignifiante.

M. Marié (Annales des mines, 1887), conseille d'établir la valve de telle manière, qu'au maximum d'ouverture et à la vitesse maxima du piston de la machine, la vapeur atteigne, à son passage par la valve, la vitesse de 100 mètres par seconde; il estime que,

\ dans ces conditions, la perte de charge ne réduit que de r^ la puissance de la machine.

Il faut éviter que la valve, dans la position de fermeture, ne tende à demeurer collée sur son siège. Pour cela, une précaution est indispensable. Soit AB (fig. 75) la face qui reçoit la pression de la vapeur. Si l'axe de rotation passe en C, au milieu de AB, la valve est équilibrée, mais s'il passait plus bas, en C, la résultante de pression tendrait à faire tourner la valve autour de C, dans le sens de la fermeture, et l'action du régulateur se trouverait en partie paralysée. On facilite encore l'ouverture en donnant un coup de lime sur le biseau A.

Il est bon d'observer que, si le régulateur ne dépassait jamais son but, la valve ne se fermerait jamais complètement : car, même pour une machine marchant à vide, les résistances passives consomment une quantité notable de travail, de telle sorte qu'il n'existe pas d'état de régime compatible avec l'arrêt total de vapeur. Mais, pour assurer la marche à vide, un jeu imperceptible est suffisant, et, dès lors, il est utile, au point de vue de la sécurité, que la fermeture complète puisse se produire dès que, pour une raison ou pour une autre, la machine tend à s'emballer : dans le cas par exemple où la transmission de la machine à l'atelier est faite par une courroie qui vienne à tomber ou à se briser. L'emballement d'une machine peut avoir, entre autres conséquences, celle d'amener une

Fig.

rupture de volant, et Ton ne saurait prendre trop de précautions pour éviter de pareils dangers.

Le manchon doit donc, en principe, pouvoir s'élever jusqu'à ce que la fermeture de la valve, l'empêche d'aller plus loin, et il est inutile de mettre une bague d'arrêt. Si l'on en met une, il faut du moins veiller à ce quelle n'arrête pas le manchon dune manière intempestive. Il faut aussi prendre garde aux dérangements qui pourraient se produire par suite de défaut d'entretien. M. Thareau a signalé en 1891, à la Société des ingénieurs civils, un accident survenu dans une usine simplement parce qu'on avait laissé du cambouis s'accumuler sur la tige du régulateur : le manchon, ne pouvant plus parcourir toute sa course, laissa la machine s'emballer, et la poulie de commande se brisa par la force centrifuge.

Dans le même ordre d'idées, on doit veiller à ce que la transmission du manchon à la valve ne s'approche pas d'une position où il y aurait des points morts et faire attention à ne pas trop serrer le presse-étoupes.

Pour obtenir une action suffisamment prompte, il est utile de placer la valve aussi près que possible de la boîte de distribution, sans quoi le réservoir de vapeur interposé entre la distribution et la valve retarderait l'effet des déplacements de cette dernière.

La valve se fait généralement en bronze et l'axe en acier, d'un diamètre aussi faible que possible, afin de réduire les frottements. Le trou par lequel l'axe sort du tuyau de vapeur doit être rendu étanche soit par un presse-étoupes, soit en munissant l'axe d'un épaulement conique qui s'appuie sur un siège en bronze. La seconde disposition est la meilleure, car on doit toujours craindre que les mécaniciens ne serrent les boulons du presseétoupes au point de compromettre le jeu du régulateur.

On a cherché à perfectionner la forme du papillon de Watt, tout en conservant son principe, qui consiste dans l'emploi d'une pièce mobile autour d'un axe transversal au conduit de vapeur. C'est ainsi que le régulateur Schaefferet Budenberg, précédemment décrit, commande par l'intermédiaire de tringles articulées une valve cylindrique (fig. 76) dont le pourtour porte quatre orifices rectangulaires. Cette valve pivote à frottement doux à l'intérieur d'un cylindre fixe, concentrique, percé lui-même de quatre fenêtres rectangulaires. Les déplacements angulaires de la valve amènent les orifices mobiles en coïncidence plus ou moins complète avec les fenêtres fixes, et offrent ainsi à la vapeur un passage plus ou moins libre. Le cylindre fixe, installé transversalement à la chambre de vapeur, est muni extérieurement d'un volant de manœuvre qui sert à le faire pénétrer plus ou moins profondément dans la chambre. Cette opération permet de régler la longueur utile des orifices de la valve, de telle façon que pour une même position de celle-ci, et par conséquent pour une même allure de la machine, le travail utile soit plus ou moins considérable. Cette disposition peut rendre surtout des services dans le cas assez fréquent où le travail résistant varie notablement suivant les heures de la journée.

La maison Cochrane construit une valve cylindrique percée sur son pourtour de deux fenêtres obliques figurant grossièrement un V. Un cylindre fixe, concentrique, porte deux fenêtre» analogues. La valve, en tournant sous l'action du régulateur, démasque plus ou moins les fenêtres fixes.

La valve cylindrique de Bailen (iig. 77) est placée dans une sorte d'épanouissement de la conduite, en forme de cœur. Un écran iixe, placé au milieu de cet épanouissement, forme une partie du logement de la valve.

L'obturateur Brouhot (fig. 78) est constitué par une enveloppe conique en bronze B, dans laquelle tourne à frottement doux une tige conique C, également en bronze. La vapeur arrive par le conduit A, 'traverse quatre lumières triangulaires pratiquées dans l'enveloppe B, puis quatre lumières rectangulaires offertes par la tige G, et, parvenue ainsi au noyau central de la tige, gagne la boîte à tiroir. La tige C est sous l'action d'un levier manœuvré par le régulateur. Grâce à sa forme conique, elle peut être constamment appliquée contre son enveloppe par un ressort D. C'est là un avantage sérieux sur les valves cylindriques, auxquelles la moindre usure fait perdre leur étanchéité.

Une disposition assez employée consiste à faire agir le manchon sur une pièce mobile par glissement, a la manière d'un tiroir de distribution. Dans le système Devoissand (iig. 79) breveté en Amérique en \ 894, cette pièce C est une sorte de volet percé de rainures et mobile entre deux plaques fixes D, également perforées en u. Un très petit mouvement de la plaque suffît pour faire passer de l'ouverture en grand à la fermeture complète. Le régulateur lui-même présente une forme originale : les boules sont remplacées par deux disques portant des masses pesantes

Fie 77. — Valve Bailen.

Fig. 78. — Obturateur Brouhot.

m sur une partie de leur contour. La force centrifuge, en écartant ces masses de Taxe du régulateur, fait tourner les disques autour de leurs centres, et ceux-ci, par l'intermédiaire de doigts saillants, communiquent au manchon un mouvement de haut en bas, à peu près comme une roue d'engrenage déplace une crémaillère. Les disques ont en outre pour objet de mettre en jeu la résistance de l'air, et d'éviter par là tout mouvement de recul dans les engrenages de transmission, en cas de variation de vitesse.

M. Minel [Régularisation des moteurs des machines électriques) indique la forme des valves des régulateurs appliqués aux moteurs qui servent à l'éclairage du Borda et du Neptune. Sur le Borda le régulateur, construit par la maison Bréguet, appartient au type à lame flexible d'acier. La valve présente une série d'ouvertures rectangulaires ayant chacune une largeur de 10 millimètres dans le sens du déplacement. Un dispositif spécial permet de faire varier, en marche, la largeur de la valve par rapport à son déplacement

Sur le Neptune, le régulateur, installé par la maison Sautter et Harlé, est pourvu d'un ressort à boudin ; la valve est cylindrique et présente trois ouvertures identiques disposées de telle façon que la largeur du passage croisse avec le déplacement. La figure 80 montre, en vraie grandeur, le développement de Tune de ces ouvertures.

La loi qui relie la section totale offerte à la vapeur avec la position de la valve a une très grande influence sur le fonctionnement du régulateur. Nous reviendrons sur cette question quand il s'agira d'étudier lafcorrélation entre le régulateur et la machine.

Fie. 70. — Obturateur Devoissand.

Les valves glissantes ont l'inconvénient de ne pouvoir être rendues étanches qu'en exerçant une pression et par conséquent un frottement, assez notable. Pour faciliter les déplacements de la valve et augmenter par suite la sensibilité, Raffard a eu l'idée d'utiliser le principe des mouvements louvoyants, indiqué par M. Haton de la Goupillière. On sait en quoi consiste ce principe. Quand un corps glisse au contact cTun autre, la résistance tangentielle opposée au mouvement a une grandeur parfaitement déterminée, égale au produit de la pression normale par le coefficient de frottement. Supposons, pour simplifier l'explication, qu'il y ait un seul point de contact, et que ce point, sous l'action d'une certaine force motrice, décrive une trajectoire rectiligne avec une vitesse constante V. Introduisons maintenant une nouvelle force qui imprime au point de contact, perpendicu-

lairement à sa trajectoire primitive, une vitesse v. La direction du mouvement résultant fera avec la vitesse v un angle a, ayant pour tangente ^ et, si R désigne la résistance au glissement, la composante de cette résistance, dans le sens du déplacement latéral, sera

R sin a, c'est-à-dire R

En rendant V très grand par rapport à v, on peut faire

en sorte que cette composante ait une valeur aussi faible qu'on le désire.

Dans l'appareil Raffard (fig. 81), la valve est une lanterne cylindrique enveloppée par un cylindre fixe. La lanterne et son enveloppe sont percées de trous qui, dans la position moyenne, se correspondent exactement. La lanterne est reliée au manchon du régulateur qui lui imprime, à la manière ordinaire, des mouvements de va-et- vient. Mais, en même temps, elle reçoit directement du moteur, par l'intermédiaire d une corde passant par une poulie DD, un mouvement de rotation rapide. D'après ce que nous venons de dire,

Coupe a a

Fig. 81. — Obturateur Raffard.

Fig. 82. — Tiroir Marié.

on conçoit que ce mouvement de rotation diminue dans une forte mesure les efforts exercés par le manchon.

M. Marié [Annales des mines, 1887) a proposé l'emploi d'un appareil qu'il appelle soupape èi stabilité variable, mais qui constitue plutôt un tiroir qu'une soupape (fig. 82). D'après M. Marié, le frottement de l'appareil en question n'est pas le dixième de celui d'une valve équivalente, ce qui permet de réduire beaucoup la puissance du régulateur à boules. L'organe essentiel est un cylindre mobile creux, percé de quatre fenêtres A pour l'entrée de la vapeur et de quatre fenêtres B et G pour la sortie. Le manchon du régulateur commande les déplacements de ce cylindre par l'intermédiaire du levier H. La vapeur arrive au cylindre par deux orifices (non visibles sur la figure) communiquant avec les espaces fixes D E ; elle est conduite du cylindre au moteur par les orifices F, G. On a ainsi un équilibrage parfait. Le cylindre présente un petit épaulement mn (d'une fraction de millimètre) destiné à donner la stabilité nécessaire, stabilité qui va en croissant à mesure que le cylindre approche de la fermeture complète.

Régulateur Mac Farlane

Le régulateur Mac Farlane (fig. 83) est directement attaché au tiroir et entièrement plongé dans la vapeur : disposition qui, comme nous l'avons déjà remarqué précédemment en parlant du régulateur Lawrence à lames flexibles, a le grand avantage de supprimer le frottement des presse-étoupes, mais, par contre, rend la visite et le graissage un peu plus difficiles. Il se compose de deux masses hémisphériques S, S', portées par deux tiges libres de tourner autour des pivots E. Le mouvement de rotation est communiqué du dehors, par une poulie X, à la tige I, qui porte des oreilles à l'extrémité desquelles se trouvent les pivots E. Les bras D, calés à peu près à angle droit sur les tiges portant les boules, déplacent le manchon F en comprimant un ressort à boudin H, logé dans un renflement de la tige I. Le manchon F, qui tourne avec le régulateur, agit

Fig. 83. — Régulateur Mac Farlane.

à son tour sur une pièce G, qui peut glisser mais non tourner. La pièce G porte le tiroir cylindrique NC.

Cet appareil présente une autre particularité intéressante destinée à éviter l'emballement de la machine en cas de rupture ou de chute de la courroie qui actionne le régulateur. On remarque que les orifices L et M, par lesquels la vapeur est amenée au tiroir ne sont pas absolument fixes : ils sont percés dans un boisseau porté par la tige Q t , munie d'un volant à main Q, qui permet de la faire avancer ou reculer. La tête K de ce boisseau forme en même temps valve d'arrêt pour l'arrivée de vapeur qui se fait par la tubulure B 1 . Pour mettre en marche, on fait avancer le boisseau de droite à gauche de manière à démasquer le passage K. La vapeur, arrivant alors par les orifices L et M, traverse le tiroir et passe de là dans la tubulure B s qui mène à la machine. A mesure que le régulateur s'accélère, on continue à faire avancer le boisseau, de manière à suivre le déplacement du tiroir, et Ton arrête la manœuvre quand K est suffisamment ouvert. Les choses étant dans cet état, si le régulateur cesse de tourner, le tiroir est brusquement poussé à fond de

Lkcornu. — Régulateurs des machines à vapeur. 6

course à droite, et, dans cette position, il obture les orifices L, M, de sorte que la machine s'arrête : pour remettre en marche il faut ramener le boisseau à son point de départ, et recommencer la manœuvre ci-dessus indiquée.

Ce dispositif paraît très simple et très sûr.

Les soupapes proprement dites sont également employées pour la régularisation par étranglement. Elles ont l'inconvénient que, dans le voisinage de leurs sièges, se produisent des perturbations défavorables. En revanche, elles sont susceptibles de procurer, sans frottement, une fermeture bien complète. On a soin de faire ces soupapes à double siège, de telle façon que la vapeur, agissant sur ces deux sièges suivant deux directions opposées, laisse la soupape sensiblement en équilibre dans toutes ses positions. Nous citerons la soupape rf 1 A uria (fig. 84) dont la disposition est assez curieuse. Le régulateur comporte

Fig. 84. — Régulateur cTAuria.

Fig. 85. — Régulateur Pilet.

une seule boule B, suspendue par deux étriers A au tube T. La vapeur entre dans ce tube par l'orifice P, et traverse ensuite une boîte cylindrique horizontale E, pour de là, gagner le moteur par l'orifice D. Dans la boîte E se meut une soupape à deux sièges, figurée à part, en dessous, et cette soupape est accrochée aux étriers A. Tout le système reçoit un mouvement de rotation par la tige K. On voit que le régulateur d'Auria, comme celui de Mac Farlane, est tout entier plongé dans la vapeur, et qu'il n'y a aucun intermédiaire entre le régulateur et la soupape. Cet appareil a été essayé avec succès par le Franklin Instituée.

Le régulateur Pilet (de Maestricht) présente une sorte de combinaison de valve oscillante avec deux soupapes (fig. 85).

Certains régulateurs Proell (fig. 86) agissent directement au centre d'une soupape à double siège, qui sert en même temps de robinet d'arrêt ; à cet effet, un volant V, manœuvré à la main, permet de pousser un levier L qui vient caler la soupape dans la position de fermeture.

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