Histoire tics Emigrés, Fornuron
4. Le palais existe encore et est actuellement la résidencu du commandant général.
2t)4 LA COMTESSE DE BALBI.
d'Arias1, Vaudreuil, Flachslanden et Jaucourt. Quant à Mm< Balbi, que ses fonctions retiennent près de Madame, elle a son appartement au Leyen- Hof 2, elle mène grand train, tient table ouverte pour ses amis, et son salon, où parait chaque soir le comte de Provence, continue à être le centre de tout ce que Coblentz compte de plus distingué et de plus élégant. C'est en vain que Mmc de Polastron, qui ne quitte pas le comte d'Artois, réunit autour d'elle les nombreux partisans de son prince dont l'exubérance un peu imprévoyante compte tant d'adeptes, c'est en vain que la princesse de Monaco, dont les charmes ont subjugué le prince de Coudé, tente de former un salon rival.
M"M de Monaco, née Catherine de Brignole, mariée à quinze ans au prince Honoré III de Monaco a du promptement se séparer de lui à la suite de ses scandaleuses aventures. C'est une Italienne aux blonds cheveux, à la taille imposante, qui joint une grande finesse à un charme incontestable de conversation et de manières. « On ne pouvait, a dit Goethe en parlant d'elle,
1. Mnrie-Hilaire de Conzié, évêque d'Arras, né en 1";12, mort en 180?, l'un dos conseillers les plus écoutés du comte d'Artois.
2. Tagebasch des Kurfiirstlichen Obéra fmarschalls Grafen Boos vjn Waldeck.
LA REINE DE COBLENTZ 2ti'>
rien voir de plus gracieux que cette blonde vive, fine et charmante. » Elle est encore fort belle, quoique à cette époque sa liaison avec le prince de Condé date de plus de vingt ans, et son attachement est tel, qu'à l'exemple de M"'c de Polastron pour le comte d'Artois, elle n'a pas hésité à sacrifier sa fortune et ses bijoux pour subvenir aux dépenses qu'occasionne au prince l'entretien de ses troupes, car les fournisseurs de l'armée se montrent exigeants et ce n'est qu'à grand peine qu'on obtient d'eux quelque crédit. Mais c'est surtoutsur les émigrés qui font partie des corps soumis au commandement du prince de Condé que s'exerce son influence; et la princesse qui, plus tard, épousera comme, on sait, son fidèle ami, s'emploie avec un infatigable zèle, à seconder les efforts généreux du général en chef de l'armée des émigrés, dont les princes n'accueillent pas toujours favorablement les demandes.
Quant à M"10 de Polastron, tout entière à son amour, elle est dans de perpétuelles alarmes causées par les projets d'expéditions, toujours en suspens, du comte d'Artois.
Chacune des trois femmes, on le voit, apporte dans la mêlée des passions et des intérêts différents et si les deux dernières sont à peu près uniquement occupées de leur amour, elles se
LA CHMTKSSK |>K lïALUI.
trouvent pourlant unies dans une certaine hostilité contre M"1* de Balbi dont le tempérament allier, dominateur, est de nature à les inquiéter. Mais des trois « divinités », comme on les appelle couramment à Coblentz, elle est la seule qui règne véritablement et son règne est effectif dans la politique comme dans le cœur de son protecteur. Kl le n'a ni les inquiétudes de la première, ni les soucis de la seconde, elle sait que l'état de santé de Monsieur ne lui permet pas de demander aux armes la réalisation de ses projets et elle n'a jamais pour ainsi dire aucune sollicitation à faire!
Ce sont des avan tages qu'el le n'a garde de négliger.
Assurée de son influence sur le prince, à toute heure elle a la preuve que sa seule volonté t'ait loi en toutes choses; aussi s'associe-t-elle étroitement a ses desseins, elle étudie avec lui soigneusement toutes les aflaires et élabore chaque jour de nouveaux plans. Rien ne se fait en dehors d'elle et Monsieur, qui admire sans réserve son esprit autant que sa beauté, a dans son jugement une confiance aveugle.
La favorite du comte de Provence est toute puissante, elle est la vraie souveraine de Coblentz, la Reine de l'Émigration.
Cette influence prépondérante lui vaut bien des jalousies et même des inimitiés, elle se sait com-
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battue, jalousée, dénigrée, mais aucune marque d'hostilité ne se produit devant elle et bien au contraire chacun s'efforce de briguer sa laveur1!
Son influence, du reste, nous l'avons dit, ne s'exerce pas de façon fâcheuse et Contactes, dans ses mémoires, a fait bonne justice des reproches qui lui ont été adressés.
« Est-ce à elle, dit- il, qu'ont été dues certaines faveurs qui ont fait crier? Est-ce elle qui a fail obtenir un régiment propriétaire au vieux marquis de Polignac? M. dWutichamp 2, très en froid avec elle, a-t-il obtenu la gendarmerie par son moyen ? Est -ce elle qui a fait chamarrer d'épaulettes les compagnies rouges dont elle ne connaissait pas un individu? Parmi les personnes de la société même, les faveurs n'ont d'ailleurs point été exagérées. Serait-ce celle de d'Avarav? Ce qu il a fait pour Monsieur valait ce que Monsieur a fait pour lui. Serait-ce celle de Hautefort à qui Monsieur a donné la survivance de premier gentilhomme de sa chambre '? En vérité, il n'y a