Marie-Uotilde de France, née en 1759, morte en
ni à dépenser son activité ni à employer ses brillantes facultés ne saurait longtemps la retenir. Au bout de quelques mois, elle saisit le premier prétexte pour s'éloigner en promettant de revenir et, au mois de septembre 1792, nous la retrouvons à Luxembourg, d'où elle écrit à Monsieur la lettre suivante ':
«< Luxembourg, ce 8 septembre 1702. midi (sans timbre).
» Bien m'en a pris de venir à Luxembourg, sans cela j'aurais été d'une belle inquiétude toute la journée. Ces dames, sans en dire mot, sont arrivées ici ce matin. Le courrier avait ordre de les attendre; ainsi mes lettres seraient restées à se promener dans la ville.
» D'honneur, je me glorifie de mon inspiration, je m'en suis si bien trouvée que je crois devoir m'y tenir. Si je trouve une chambre logeable, je ne retourne pas à Trêves. M. Dourches prétend qu'il repart dans l'instant, il aura mon petit billet de préférence au courrier. N'oubliez pas, cher frère, que vous devez m'envoyer dire sur le champ si Thion ville se rend, sans cela le courrier de M. le comte d'Artois pourra de toute manière
1. Correspondance originale des Emigrés ou les Emigrés peints" par eux-mêmes, Paris, Buisson, 1793 'authenticité certifiée des pièces, par le Comité de sûreté générale de la Convention.
me remettre vos lettres. Si ces clames restent ici, fort bien, si elles retournent à Trêves, c'est toujours son chemin de passer à Luxembourg, il s'y arrêtera bien un instant. Je demeure « Au duc do Lorraine », Grande Rue.
» Je vous embrasse, mon ami, de tout mon cœur, je voudrais en vérité faire de même à votre prince de Waldeck. »
Les défaites des alliés vont bientôt forcer les frères de Louis XVI à quitter Coblentz et les États rhénans; au mois de novembre 1792, le comte de Provence est à Namur où il reste trois mois, et, à la fin de janvier, il est arrivé à Hamm-sur- Lippe en AVestphalie où le roi de Prusse Ta autorisé à séjourner. C'est là qu'il va être réduit à fixer sa demeure en compagnie du comte d'Artois pendant près d'une année entière.
Mais Mn,cde Balbi qui, à plusieurs reprises, est venue près dcMonsieur pendant son séjouràNamur, n'est pas tentée de le suivre dans cette misérable bourgade où les princes ne vont avoir pour palais qu'une pauvre maison de bois, à peine suffisante pour les préserver du froid et des intempéries d'une saison rigoureuse, dans un climat glacial.
Dans les derniers mois de Tannée elle est à Ablon, près de la frontière belge, avec sa sœur de
Mesnard 1 et son frère de La Force, puis elle s'installe à Bruxelles où se sont réfugiés les émigrés venus de Goblentz et les restes de cette société brillante dont elle a été la reine. La nouvelle de la mort de Louis XVI vient terrifier ce monde lé^er et imprévoyant et mettre fin aux quelques réunions où Ton essaie d'oublier les inquiétudes de l'heure présente et les angoisses que réserve l'avenir.
Aussitôt que lui parvient l'annonce de la fin tragique de son malheureux frère, Monsieur s'empresse, dans une déclaration adressée au peuple français, de proclamer l'avènement de son neveu Louis XVII et de prendre le titre de régent.
M",e de Balbi est demeurée à Bruxelles, mais son éloignement ne l'empêche pas de suivre avec attention les événements politiques. Xous n'en voulons pour preuve que la lettre suivante que lui adressait à la fin de l'année 17ÎI3, lord Malmesbury2. Le lord savait tout l'empire qu'elle exerçait sur le Régent et espérait que le crédit d'une femme aimée serait assez puissant pour le détourner du projet qu'il venait de former et qu'il s'apprêtait à mettre à exécution.
1. Souvenirs du baron de Mesnard, p. ±2, tome I. Paris, de Porter, 2 vol. in -8°.
2. James Harris, premier comte de Malmesbury, diplomate, né en 1740, décédé en 1820.
Malmesbury ne croyait pas au succès de L'expédition de Toulon projetée par le prince et ne s'en cachait pas à Mn,e de Balbi, dans la lettre qu'il lui adressait de Berlin, où il s'était arrêté pour conférer avec le duc d'York, commandant de l'armée anglaise opérant dans les Pays-Bas.
« Berlin, 7 décembre IT'.W,
» Le peu de moments que j'ai passé avec vous à Bruxelles, Madame la comtesse, ne m'a laissé que le regret de n'avoir pu vous voir pendant plus longtemps ; y suppléer par des lettres est une manière bien |>eu satisfaisante, mille choses se disent mutuellement, qui prennent une autre forme dès qu'elles se trouvent placées dans une lettre, quand même, comme celle-ci, elle ne sera pas exposée à l'inspection des maîtres de postes. J'ai regretté surtout d'avoir passé si superficiellement sur ce que vous m'avez dit du voyage éventuel de Monsieur à Toulon. Je ne sais pas à présent comment rattraper cette occasion, sans avoir l'air de faire l'officieux ou bien le ministre. Cependant, je ne suis motivé que par un attachement aussi zélé que sincère et respectueux pour Monsieur; ce qui, joint à une connaissance légère,
mais assez certaine, des affaires du moment, me fait désirer et m'engage même à hazarder de vous exprimer ce désir, que Monsieur n'entreprenne pas le voyage qu'on Fa invité à faire.
» Il est difficile, mais très dillicile, qu'il en résulte gloire ou avantage pour lui ou pour sa cause, et son éloignement de ce côté-ci de l'Europe, dans les circonstances actuelles, peut avoir des inconvénients réels pour l'un et pour l'autre. Je suis sûr, madame la comtesse, que votre esprit pénétrant les saisit d'abord; si vous les envisagez comme moi, votre opinion sera conforme à la mienne, et votre opinion, comme de raison, peut beaucoup. Elle sera, selon moi, employée bien heureusement si elle sert à déterminer Monsieur à revenir dans ces parages : à moins que les affaires ne prennent une tournure bien heureuse, il ne peut rien à Toulon. Et si ceci arrive, comme j'aime à le croire, un Régent de France fera cent fois plus d'effet de ce côté-ci qu'enfermé dans une place assiégée où sa présence ne fera que redoubler les efforts des assiégeants. Leur surcroit d'acharnement contre la ville peut même occasionner une sédition et, s'il y a des malveillants parmi les habitants, ils peuvent dégoûter les autres et, avec un tel otage entre les mains, les persuader à marchander un accomodement. Il n'est pas besoin
de vous mettre sous les yeux tout ce qui résulterait d'affreux si Monsieur se trouvait au pouvoir des Patriotes. Je sais la juste déférence qui est due à la cour de Madrid, je sais qu'elle a agi, depuis la guerre, avec toute la loyauté possible, mais peut-être n'a-t-elle pas calculé les inconvénients que je viens de citer et je les crois si réels, que je ne doute nullement que s'ils étaient représentés en Espagne, elle ne voudrait plus que Monsieur entreprit de se jeter dans Toulon.
» Je suis si accoutumé de vous parler avec toute la confiance possible, Madame la comtesse, que je ne crains pas de penser haut avec vous, sur que de teile manière que vous envisagiez mes sentimens, vous n'en ferez jamais un mauvais usage. »
Depuis le mois de septembre [1793, en efl'et, Lyon se défendait héroïquement contre les troupes de la Convention et Monsieur « depuis trop longtemps dans l'inaction pour ne pas désirer en sortir1 » s'était décidé à s'y rendre, espérant, sur le conseil du Ministère espagnol « y trouver un établissement solide ».
Son plan était de. s'embarquer à Gênes pour gagner Toulon qui se trouvait occupé par les