CHAPITRE XI
Mmc de Balbi à Bruxelles. — Un souper d'émigrés. — Archambaud de Périgord. — Don Juan. — Phèdre et Hippoly te. — Les ventres artificiels. — Les jumeaux de Rotterdam. — Récit de d'Avaray.
— Scandale européen. — Indignation de d'Avaray. — Ses con hdences aux familiers de Monsieur. — Lettre de M"' de Balbi.
— FVAvaray ouvre les yeux du comte de Provence. — a Ne m'accablez pas! » — L'opinion de M. de Jaucourt. — Les inquiétudes de d'Avaray. — Disgraciée! — Lettre de congé. — Réponse de M"" de Balbi. — Ses légèretés probables. — Un rôle peu sympathique. — Scrupules qu'il eût dû avoir. — Son honnêteté indiscutable. — Sa bonne foi surprise. — Pas de jumeaux! — Lettres du bourgmestre de Rotterdam. — Rien aux naissances, rien aux décès. — Encore une calomnie. — Jumeaux ou jumelles? — Quel est le père? — Une autre version de la d:sgnice. — La femme de César! — Lettre et réponse apocryphes.
— Chagrin du comte de Provence. — Une liaison de quinze année*. — Oubli de l'infidèle. — Recrudescence d'afTection pour d'Avaray. — Les griefs de la comtesse de Provence. — Lettre de Monsieur à Madame. — L'amitié et l'amour. — M»«de Balbi s'installe à Londres. — Ses félicitations au nouveau roi.
— Les 125 louis du duc de (ïlocester. — La vengeance de d'Avaray.
C'est à Vérone qu'allait se consommer la disgrâce de M*"c de Balbi.
Dans ses mémoires inédits, dont M. Ernest Daudet nous a donné quelques curieux extraits le comte d'Avaray a raconté longuement les péripéties de cette rupture dont il avait été l'instrument et il semble qu'il ait eu conscience du peu de sympathie qu'éveillerait son rôle tant il ajoute à son récit d'explications et de commentaires!
La comtesse, nous l'avons vu, s'était installée à Bruxelles dès l'année précédente, au milieu d'une société charmante, où la tristesse des temps n'avait pas proscrit toute gaîté. Le?) décembre 1793, lord Malmesbury, dont nous venons de lire une lettre, la rencontra à un souper chez lord Elgin où se trouvaient également Mmei de Matignon, de Caumont, de Richelieu, de Montmorency et le comte île Mercy-Argenteau.
L'opinion qu'il porte sur ce dernier est curieuse : « Il voudrait paraître franc et ouvert, mais je doute, ajoute-t-il, que cela soit son caractère. Il m'a parlé de la pourriture (sic) de la vieille cour...2 »
C'est dans ce monde encore brillant, toujours léger, qu'elle avait rencontré un jeune gentil-
1. Autour d'un muriut/e princier. Jtecuc des Deux Mondes, 15 novembre 1904.
2. Diarics and correspondance of IheEarl of Malmesbury edited by his Grandson, London R. Beutley 1844.
homme réputé pour ses succès et qui hrillait également par son charme et par sa naissance, c'était le comte Archambaud de Périgord1, fils du chevalier de Périgord et frère cadet du futur prince de Bénévent, ancien évèque d'Autun.
J'ai raconté précédemment l'aventure romanesque dont ce brillant don Juan aurait été le héros avec la duchesse de Guiche et comment on l'avait surpris un matin, à l'aube, escaladant la fenêtre de son appartement au château de Versailles. Cette bruyante aventure succédant à bien d'autres avait longtemps défrayé la chronique scandaleuse2. Le comte Archambaud de Périgord avait commandé en second le régiment de Monsieur avant la Révolution, ce n'était donc pas un inconnu pour Mme de Balbi qui l'avait retrouvé à Bruxelles dès la fin de 1792, et leurs anciennes relations les avaient rapprochés d'une façon presque quotidienne. Aussi avait-on promptement jasé de l'intimité qui s'était établie entre eux.
« Nouvel Hippolyte d'une nouvelle Phèdre de quarante ans », à en croire d'Avaray, celui-ci avait été l'objet d'une passion violente de la part de
1. Archambaud-Joseph, comte puis duc de Talleyrand-Périgord, né en 1762, mort en 1832.