‹ Les reines de l'émigration: Anne de Caumont La Force, comtesse de BalbiChapitre 119 sur 206 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

Rupture définitive. — M— de Balbi à Londres. — Accueil flatteur qu'elle y reçoit. — La correspondance du duc de Bourbon. — Fêtes et réunions. — Déjeuner chez la duchesse de Devonshire.

— Bal champêtre. — Un dîner improvisé par M"" de Balbi. — Le duc de Queensburv. — Un repas de gourmets. — Réveillon chez M"" de Belzunee. — Partie de whist. — Small-party. — Mme de Piennes et M. de Revend orIT. — Sermon mal accueilli.

— Verte réplique. — La folie des chapeaux «le paille. — M. de Puységur. — Souvenirs d'antan. — L'esprit français. — Courage et légèreté. — Carpe diem! — Eternelles rivales. — Un nouveau Coblentz. — La comtesse de Mesnard. — Son mariage. — Mort de son beau-pè.re. — Brillante conduite d'Antoine de Mesnard. — Sa mission prés de Barras. — Son arrestation. — Sa mort. — Les deux sœurs. — Joséphine de Mesnard et le Prince de Galles.

— Portrait de ce dernier. — Ses folies. — Sa séduction. — Sa liaison avec M"' Fitz Herbert. — Caroline de Brunswick. — Faiblesse de M"*' de Mesnard. — Chagrin que lui causent les infidélités de Georges IV. — Naissant e d'un lils. — Une lutte de générosité. — M"* de Choiseul-Beaupré.

La rupture était bien définitive et il parait certain qu'aucun rapprochement n'eut jamais lieu entre Louis XVIIT et celle qui, si longtemps, avait

régné sur son cœur. Une lettre de celui-ci, écrite de Blankenberghe, pendant l'été de 1796, à Madame Royale qui venait d'être échangée par le Directoire contre les prisonniers livrés par Dumouriez à l'Autriche, parle bien de Mme de Balbi, mais nous verrons que, depuis 1795 jusqu'à son retour en France, Mmode Balbi ne quitta pas l'Angleterre.

Dès son arrivée, elle avait été recherchée non seulement par les émigrés réfugiés à Londres où elle avait retrouvé un grand nombre de ses relations de Goblentz et de Versailles, mais aussi par toute la plus haute aristocratie anglaise. Au milieu de la colonie française qui s'était fondée toute frissonnante de ses terreurs de la veille, comme de ses illusions et de ses espérances, elle allait retrouver en partie, malgré les années écoulées, ses succès d'autrefois; bientôt elle aura un salon où l'on cause et où l'on joue, dont elle fera les honneurs avec sa grâce conquérante et son esprit endiablé.

Chez elle on briguera le plaisir d'être admis, chez soi on se disputera l'honneur de l'avoir parmi ses hôtes.

Sur la vie de M"10 de Balbi à Londres, nous possédons de très intéressants témoignages 1 que

1. Correspondance du dw de Bourbon et de la comtesse de Vaudreuil pendant rémigration publiée par Ed. de Barthélémy, Paris, <:hnravay, 1886.

LONDRES ET l 'ÉMIGRATION. 315

nous trouvons dans la correspondance si curieuse échangée entre le duc de Bourbon 1 et la comtesse de Vaudreuil-, en 1708 et 1799. Elle est instructive, et, en certains endroits se rattache directement à notre sujet.

D'après la description des réunions et des fêtes auxquelles se rend presque chaque jour Mme de Balbi, on verra que les scandales dont nous a

parlé d'Avaray n'avaient pas eu grand écho à Londres puisque toutes les portes s'y ouvraient toutes grandes devant elle et il est vraiment difficile de croire « qu'elle y faisait mince figure » comme Grille se plaît à le raconter. Voici le récit d'un déjeuner chez la duchesse de Devonshire3, fille du comte Spencer dont Reynold a immorta-

1. Louis-Henri -Joseph de Bourbon-Condé, duc de Bourbon, lils du prince de Condé et de Godefride de Rohan -Sou bise, né en 175G, mort tragiquement à Saint-Leu. en 1830.

2. Victoire-Joséphine de Higaud, fille du marquis de Vaudreuil et de la marquise, née Roquefort. Elle épousa en 1705 son cousin le <? Divin Vaudreuil », qui avait trente ans de plus qu'elle. Elle mourut en 1852. iVoir le premier tome des Reines de l'Émigration .)

3. Georgiana, duchesse de Devonshire, tille aînée de Jean, comte de Spencer, 1757-18(M>. Reine de la mode aussi bien par son intelligence que par sa beauté, elle réunissait dans son salon tous les hommes célèbres d'Angleterre. On a prétendu sans preu\es qu'elle avait été la maîtresse de George IV, après lady Melbourne, et que Fox avait vécu plusieurs années dans ses bonnes grâces. Le duc de Devonshire était un des plus grands seigneurs du royaume. Le château de Chatsvvorth qui appartient encore à la famille est situé dans le Derbyshire. C'est un des plus beaux de l'Angleterre. (Communication du major Hall."

lisé les traits, amie de Fox et de Scheridan, et qui, vivant dans l'intimité du prince de Galles, recevait chez elle la plus haute société de Londres.

« Le fameux déjeuner1 de la duchesse de Devonshire a eu lieu avant-hier avec toute la pompe et les mélanges que je vous ai annoncés dans ma dernière lettre. Le temps élait à souhait. J'ai mené Mmca de Serent2, de Bouillé3, de Belzuncc4, et M,,e de La Blache; il y avait en outre Mme de Fitz-James5, de Maillé6, MHe de Vigné, M«e. de Balbi? de Coigny7, des Boulais, Ml,c de PuisignieuxH, et, en anglaises, seulement lady

), Londres, septembre 1798.

2. Charlotte-Fernande de Choiseul-Esguilly, mariée à Armand- Sigïsmond-Félici té-Marie, comte de Serent, colonel d'infanterie, né en 1762, mort en 1796.

3. Robertine Walsch de Serent, mariée à Louis, marquis de Bouillé, lieutenant général, ancien aide de camp du roi de Suéde, morte en 1825.

4. Mllc de La Live d'Épinay, mariée en 1761 à Henri, \icomte de Belzunce, colonel du régiment de Béarn.

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