‹ Les reines de l'émigration: Anne de Caumont La Force, comtesse de BalbiChapitre 130 sur 206 · Archives Nationales, F · texte numérisé non relu

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LA COMTKSSE l>K ll.VI.IU.

tron, maîtresse connue du comte d'Artois. Un habitué de celte société a confié que, dans tous les repas particuliers, le premier toast était toujours porté à la santé du Roi et le dernier à la mort du Premier Consul. »

Sous la crudité du langage des hommes de police, on devine aisément et l'inquiétude et le désir de montrer un grand zèle en faisant des récits la plupart du temps fantaisistes.

Une anecdote racontée par un contemporain 1 nous donne la preuve tout au moins que Mme de Balbi n'avait jamais donné dans de pareilles exagérations. Un soir que, dans son salon, au milieu d'une réunion nombreuse, on parlait du général Bonaparte et de la campagne d'Égypte, tout en discutant sur le coup d'État du 18 brumaire et la solidité du gouvernement consulaire, un nouveau débarqué arrivé de France le jour même rapportait les nouvelles les plus récentes. Il racontait que le général Bonaparte était malade et jaune à faire plaisir et que ses jours étaient comptés désormais. Puis, joignant le geste à la parole, il leva on verre en disant : « A la mort du Premier Consul ». Mais Mme de Balbi s'empressa de

1. Mémorial de Sainte-Hélène, èdil. Garnier, tome III, pages 83-84.

protester: « Fil l'horreur, s écria- t-elle avec vivacité, boire à la mort d'un homme ! Tenez, voici qui vaudra mieux : à la santé du Roi! »

Cependant, Mmp de Bal bi après avoir la it sa déclaration ne semble plus décidée à se mettre en route, elle hésite à quitter Londres, où elle est si fêtée, pour rentrer à Paris où elle ignore l'accueil qui l'attend. Pour se donner le temps de la réflexion, elle ajourne son départ et sollicite une prolongation qu'elle fait transmettre au gouvernement de la légation française à Londres 1 « attendu, dit-elle, que le dérangement de sa santé la met dans l'impossibilité de voyager dans ce moment. »

Le délai lui est accordé et ce n'est que le 20 vendémiaire an XI qu'elle débarque à Calais 2, où le citoyen Menjaud, commissaire général, lui , délivre un passeport pour Livry, en Seine-et-Oise, pour elle et pour sa femme de chambre Madeleine Desbas, « Française née à Lyon ».

Le 4 brumaire an XI (4 novembre 1802) un bulletin de police annonce son arrivée à Paris, chez Mu,e Dillon; elle descend 11, rue Pigalle (division du Montblanc),et le conseiller d'État, préfet de police, lui accorde autorisation d'y fixer sa résidence.

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