Mémorial de Sainte-Hélène, tome III, page
2. Correspondance officielle de .Ya/>o/éon, tome XII F. page 71, IMon, in-8n.
3. «Mme Augeard, disait un rapport de police du 5 août 18M, est descendue chez son parent M. d'Aubusson, chambellan de l'Impératrice, elle mange et loge chez lui depuis son arrivée à Paris, le 12 juin. Elle a été reçue même par l'Impératrice. Elle est lille de M. Sesslés, elle a été dame de compagnie de Mme de Polastron, elle est liée avec la maison Coigny à Londres et y voit des personnes
Le K> août, M"" de Balbi était à la campagne, l'ordre de départ ne la touche pas, mais le lendemain il lui parvient. Sachant ce que peut coûter la moindre résistance, la comtesse se soumet: le 18 août elle part pour la terre de Laigle, appartenant à son frère.
Que s'était-il passé? Une chose grave: M,n" de iïalbi, dont l'amnistie ne pouvait prétendre à faire disparaître le caractère frondeur, était accusée d'avoir tenu des propos peut-être séditieux, voire même calomnieux à l'égard de l'Empereur. C'est du moins ce qu'affirmait un rapport de police.
Ce qu'il y a de vrai, c'est qu'à la suite d'un déjeuner, on s'était égayé aux dépens de la Cour impériale et c'est ce que Bonaparte ne pardonnait guère ; mais la comtesse s'en défendait avec énergie dans une lettre qu'avant de quitter Paris elle adressait à Fouché.
Voici cette lettre :
« Monsieur,
» L'ordre de m'éloigner de Paris m'a été
de la société du comte d'Artois. On ignore les causes de son voyage.
On Ta fait appeler au ministère de la Police. Elle prétend être venue recouvrer des créances. Elle est la femme d'Augeard, secrétaire des commandements de la Heine. Son mari est rentré en France depuis quelques années et habite la Bretagne. » (Archives nationales, F-, 3753.
signifié hier à midi, j'y obéis dans l'instant même, et je me rends à Chanday dans une terre de mon frère. Mais qu'il me soit permis, en donnant cette preuve de ma prompte obéissance, de vous prier d'accueillir avec la justice obligeante dont tant de gens ont éprouvé les effets, quelques détails que j'ose espérer que votre Excellence daignera mettre sous les yeux de l'Empereur, lorsque vous croirez le moment favorable.
» Rentrée en France il y a quatre ans, c'est le ministre de te Police générale même que j'ose défier de produire un rapport qui ne prouve pas la circonspection scrupuleuse de ma conduite et de mes discours longtemps avant ma rentrée; et mes discours et ma conduite en Angleterre ont pu prouver que je n'avais qufun seul désir au monde, celui de retrouver ma patrie et ma famille.
» Quoiqu'à peine au-dessus du besoin, je n'ai pas cessé de m'estimer bien heureuse de me retrouver en France. Ce sentiment me donnait l'assurance que je n'étais pas indigne de la protection du gouvernement et cependant j'ai te malheur d'encourir son mécontentement parce que, m'a-t-on dit, j'avais donné à déjeuner à une femme qui n'est absolument que ma connaissance, qui m'a été amenée par M. d'Aubussun, chambellan de Sa Majesté l'Impératrice, à une femme dont toutes
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les relations dans ce pays-ri semblaient devoir me servir de sauvegarde. Vous savez aussi bien que moi qu'elles étaient les cinq ou six personnes qui composaient ce déjeuner, la plupart vous est personnellement connu. Rien de plus insignifiant que ce qui a été dit à ce malheureux déjeuner dont vous connaissez tous les détails.
» C'est donc avec confiance que je supplie Voire Excellence, au moment où les triomphes presque fabuleux de l'Empereur seront célébrés à Paris par des fêtes qui attestent si bien et sa gloire et sa modération, de se ressouvenir qu'il existe en exil une femme qui n'a aucune espèce de reproche à se faire. Puis-je espérer que vous me permettrez dans ce moment-là de vous prier de faire parvenir aux pieds de Sa Majesté les témoignages de mon innocence et l'hommage de mon respectueux dévouement1.
» J'ai l'honneur d'être,
» Monsieur,
» votre très humble et très obéissante servante. » Balbi, née Caimont-La Force » A Paris, ce mardi 19 août 1S«h;. »
1. Arch. nat., F7, 0478, Affaires politiques, Police générale.
LA KKNTHKK EN FltANCE
Le mémo jour, elle écrivait à M. Desmarets 1 :
« Je pars dans l'instant, Monsieur, pour me rendre à Chanday2 à unelieuede l'Aigle, département de l'Orne... Si, dans ce que j'ai eu l'honneur de vous dire, vous avez reconnu le langage de la vérité, soyez assez bon pour nrappnyer de cette conviction auprès du ministre. La justice que je sollicite me deviendra plus prétieuse (sic) encore en la devant à votre intérêt... »
Tous ces frais d'éloquence devaient être dépensés en pure perte.
Dix-huit mois plus tard, Mme de Balbi avait vu la duchesse de Chevreuse3, belle-tille de la duchesse de Luynes, son amie la plus chère,
1. Pierre-Marie Desmarests, chevalier de la Légion d'honneur, né à Compile en 1764, mort à Paris le 4 avril lsfc>. Employé au service des vivres en 1795. appelé par Fouehé en 1799 à la direction de la sûreté. Il occupa ce môme poste jusqu'au mois d'avril 1814 où il rentra dans la vie privée.
2. Le château et la terre de Chanday, vendus par M. de Caumont- La Force à SI. Maze, ont été achetés en 1864 par .M. Firmin Didot. Il ne reste de l'ancien château que la partie nord, toute la façade sud a été remaniée par les derniers propriétaires. Le souvenir du séjour de M-' de Balbi y a complètement disparu.
:i. Elle s'éteip;nit à Lyon en 1813. Dame du palais de l'Impératrice exilée à 40 lieues de Paris en 1808. Après avoir habité successivement Rouen, Tours et Caen, elle vint mourir à Lyon. Elle était déjà lors de son départ pour l'exil atteinte de Ja poitrine et cette vie nomade jointe au regret d'être séparée desien* vint abréger ses jours.
frappée de la même manière et la disgrâce de celte dernière avait eu pour cause ses railleries et ses sarcasmes contre la cour de Napoléon. L'hôtel de Luvnes passait pour être un foyer d'intrigues royalistes, et si Mme de Chevreuse, sur les instances de Tallevrand, avait accepté une place de dame du palais de Joséphine, à son retour d'émigration, elle n'en avait pas moins gardé son franc-parler. Contre de telles licences, Napoléon se montrait intraitable : « Je ne suis pas faite pour être geôlière », avait-elle répondu avec sang- froid à la dame d'honneur qui la prévenait qu'elle était désignée pour être de service auprès de la reine Maria Luiza à son arrivée en France lors des affaires d'Espagne en 1808 Vingt-quatre heures après, elle était exilée à quarante lieues de Paris, comme Mmc de Balbi, et toutes les démarches pour fléchir le ressentiment de Napoléon demeurèrent inutiles2.
Cet ordre de départ était d'autant plus pénible à Anne de Caumont que sa sœur, M,ne de Lordat, venait de lui annoncer le mariage de sa fille, MUe Joséphine de Lordat, avec le comte d'Hautpoul.
1. Maria-Luiza, femme de Charles IV, roi d'Espagne, mère do Ferdinand Vil.