‹ Les reines de l'émigration: Anne de Caumont La Force, comtesse de BalbiChapitre 150 sur 206 · Considérants de l'arrêt de la tour de Toulouse · texte numérisé non relu

Considérants de l'arrêt de la tour de Toulouse

l'kxii. a montai dan. 38$

Aussi de promptes mesures préservatrices semblèrent-elles nécessaires à sa famille. Douze jours à |>eine s'étaient écoulés depuis le décès lorsque, d'un commun accord, les deux frères et la sœur de M. de Lordat s'adressèrenl au président du tribunal civil de Toulouse pour demander à ce qu'il fui .doté d'un conseil judiciaire

Ils altirmaient que leur frère était incapable de surveiller ses intérêts et citaient de nombreux faits à l'appui de leurs dires. Ses infirmités intellectuelles s'étaient aggravées, sa dévotion entre autres, était devenue maladive et avait tourné à la raonomanie religieuse. Poursuivi par l'idée singulière qu'il devait expier les erreurs de quelques-uns de ses ancêtres qui avaient embrassé jadis la cause des Albigeois, il était hanté par cette perpétuelle préoccupation et ne quittait plus les églises. Dès six heures du matin, chaque jour, il se rendait à la cathédrale Saint-Ktienne où il restait jusqu'à midi; sitôt son déjeuner terminé il y retournait à nouveau et n'en sortait qu'au moment où le sacristain venait fermer les portes.

A peine entendait-il sonner une messe qu'il quittait brusquement celle qui était commencée

1. Demande au président du tribunal civil de Toulouse du 10 janvier 182(>.

pour aller assister à la nouvelle, et de cette façon, il n'entendait jamais une messe tout entière. A l'élévation, il se prosternait sur sa chaise avec tant de précipitation qu'il lui arrivait souvent de rouler sur le pavé du temple. Enfin, la veille des grandes fêtes, il se faisait revêtir par son domestique de son plus bel habit et passait la nuit ainsi tout habillé sur son lit.

Il ne s'en tenait malheureusement pas toujours à cette innocente manie, ses costumes étaient trop souvent insuffisants, car il avait perdu le sentiment des plus vulgaires convenances et on le voyait se présenter dans des tenues qui faisaient scandale.

En même temps, son esprit s'obscurcissait de plus en plus, il devenait incapable de lier ensemble deux idées raisonnables et déraisonnait à tel point, que, après plusieurs années de mariage, il s'était imaginé qu'il allait accoucher!

La requête énumérait bien d'autres faits sur lesquels nous n'insisterons pas; non seulement l'infortuné Lordat fut jugé incapable, mais lorsque vingt-quatre ans plus tard il mourut à Toulouse le 9 juillet 1850, le tribunal se basant sur sa nullité intellectuelle llagrante, annula les testaments qu'il avait laissés et ordonna le partage de sa fortune entre ses héritiers naturels.

l'exil a montauban

Pendant toute la durée de l'Empire, Mme de Balbi partagea son temps entre Toulouse et Montauban où la causerie et le jeu étaient ses distractions favorites. Chaque jour on se réunissait chez elle lorsqu'elle ne se rendait pas chez quelques-uns de ses 'amis. Son amour pour les cartes et les jeux de hasard a fait dire à quelques historiens1 qu'elle avait à Montauban, durant son exil, installé une maison de jeu qu'elle tenait en personne. Une pareille accusation se détruit d'elle-même et aucun esprit impartial ne pourra jamais croire que l'ancienne reine de Coblentz, en face de l'hôtel môme de son frère, se soit établie * tenancière d'un tripot2. Malgré les ruines causées par les confiscations iniques du Gouvernement

1. Turquan. Les favorites de Louis XVIII, page 154, et Souvenirs de Montgaillard.

2. Voici ce que m'a écrit à ce sujet M. Edouard Forestié, le très distingué secrétaire de la Société archéologique de Tarn-et- Garonne. « Vouloir prétendre comme on l'a écrit, que Mme de Balbi a tenu une maison de jeu est pure calomnie. A la Restauration comme sous l'Empire on avait repris la coutume des réceptions journalières dans lesquelles on faisait de la musique, on jouait et on chantait des chansons souvent politiques. Quelquefois même on dansait pendant que les tables de jeu se dressaient. Cela a duré jusqu'en 1830, époque où la politique a commencé à jeter la division au sein de la société de Montauban. Si l'on a joué chez M"« de Balbi, si même on y a perdu ou gagné gros, tout cela n'a rien de surprenant, si l'on songe aux grosses fortunes qu'il y avait alors à Montaubai ; tout s'est toujours passé de la fa<;on la plus normale et rien absolument n'a transpiré au point de vue de la moralité de ces jeux... Voilà ce que j'ai recueilli dans mes souvenirs et dans les notes de mon père... »

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révolutionnaire, la famille de Cau mont-La Force, les Lordat et les Gironde avaient conservé une situation prépondérante que la perte de leur fortune n'avait pu leur enlever, M™" de Balbi soutenue par son frère et par ses sœurs, entourée du prestige de son ancienne puissance, comme dans toutes les villes où elle avait passé, comme dans toutes les capitales où elle avait brillé, continua à donner le ton et à grouper toute l'aristocratie autour délie; M. de Las-Cases qui l'avait connue au temps de sa puissance prétend qu'il la retrouva à Montauban « avalant sa langue d'ennui ». Peut-être la province lui sembla-t-elle un peu terne, après les cours où elle avait tenu la première place, mais l'activité de son esprit lui offrait trop de ressources pour qu'il soit vraisemblable qu'elle se soit jamais laissée aller au découragement.

La chronique ne chômait pas du reste à Montauban et l'arrivée de Paméla, son enlèvement et ses aventures défrayèrent de longs mois les conversations.

Quels furent les rapports de M""' de Balbi et de la belle amie du duc de La Force, c'est ce qu'aucun contemporain n'a pu nous apprendre? Sans doute elle ne put résister au plaisir d'exercer sa verve sur les goûts bucoliques de la nouvelle

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arrivée dont les journées se passaient dans le parc du duc de La Force, dans les plus étranges divertissements. Costumée en bergère, vêtue de soie et de satin, portant à la main une galante houlette chargée de fleurs et de satin, Paméla faisait paître un coquet troupeau de moutons à la floconneuse toison, pomponnés de rubans, enguirlandés de roses. C'est dans ce costume mythologique que « milady » comme on l'appelait dans la ville recevait ses visites. Le jardin de l'hôtel de La Force, àMontauban, ne se prêtait guère à ces étranges bergerades et le duc avait installé sa belle dans une élégante villa du nom de Chambord 1 située dans un autre quartier de la ville.

On connaît les singulières aventures de cette fille adoptive de Mmo de Genlis arrivée un beau jour d'Angleterre comme un enfant abandonné, née de parents inconnus, achetée par le chevalier de Grave à une mère qui mourait de faim2. Les mauvaises langues pourtant nommaient tout haut le père et la mère : c'était le fruit, disait-on, de la liaison du duc d'Orléans et de Mmc de Genlis.

1. Le château de Chambord est aujourd'hui occupé par lecomto Klie de Vesins.

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