CHAPITRE XV
L'ancien hôtel Lamoignon. — La chasse à la bécasse. — La maison de la rue de l'Orangerie, à Versailles. — Description intérieure. — Le mobilier. — Derniers vestiges de splendeurs. — Souvenirs intimes. — Les contemporains de Mme de Balbi. — Le récit de M,le de Bressolles. — Le salon de l'ancienne favorite.
— Sa manière d'accueillir ses hôtes. — Le preslige qu'elle avait conservé. — M— de Chabrillan. — La passion du jeu. — Anne de Balbi devant le tapis vert. — Son portrait peu flatté par la duchesse d'Abrantès. — Son portrait par le lieutenant général de Reiset. — Modes d'autrefois. — Une aimable octogénaire.
— De beaux yeux et de l'esprit. — L'art de la causerie. — Le désir de plaire. — La princesse Belgiojozo. — Un empoisonnement. — Réflexions mélancoliques. — >!■• de Balbi et le duc de Broglie. — Familiarités de grande dame. — Ironie malicieuse. — Zèbre de Montmorency. — Blacasse. — Zèle royaliste. — Obligeance et charité. — M. et M-e de Fongy. — Sollicitations à M. de Feuchères. — Le marquis d'Aragon. — La duchesse de Polignac. — Les talents d'un tapissier. — Toujours des créanciers. — Le secrétaire du prince de Leuchtenberg. — Réclamations à M-e de Lordat. — Les pensions de Louis XVIII et de Charles X. — Elles sont supprimées par Louis- Philippe. — Regard en arrière. — Situation de fortune précaire. — Mort de la marquise de Caumont. — Son testament.
. — Un nouveau codicille. — Un frère et une sœur. — Echange de lettres. — Retraite du notaire. — Transaction finale. — L'attentat de Fieschi. — « Quel affreux événement! » — M»' de
Balbi et Louis-Philippe. — Le respect de la royauté. — Coup d'œil sur la politique. — L'hérédité de la pairie. — M. de Peyronnet. — Nouvelles de la cour et de la ville. — M»* de Castelnau. — La plus grande menteuse. — M"" de Lordat et son frère. — M-' de Balbi et M. Thiers.
M'm de Balbi en rentrant à Paris après dix ans d'absence, descendit d'abord à l'hôtel de Caumont- La Force, 105, rue de Grenelle habité par son frère.
L'immeuble, somptueux et vaste, était entouré d'un jardin immense aux proportions de parc qui s'étendait jusqu'à la rue de Varenne. On a peine à se figurer aujourd'hui ce que pouvait être une semblable résidence dont les jardins donnaient à ce point l'illusion de la campagne, que le duc actuel se rappelle encore, m'a-t-il dit, avoir vu son père y tirer des bécasses.
C'était l'ancien hôtel Lamoignon venu par héritage dans la famille de La Force. La maison subsiste encore en partie après l'hôtel des postes, mais le jardin a disparu pour faire place à la cité Martignac. Cette belle demeure était d'assez vaste dimensions pour que M"" de Balbi put facilement trouver à s'y loger atec son frère, mais elle était,
1. Actuellement le 122 au coin de la cité Martignac. Une partie des terrains de l'hôtel a servi à l'agrandissement du Ministère de la Guerre.
LA RENTRKK A VEHSAILLKS. 407
nous lavons vu, d'humeur un peu fantasque et indépendante, elle se décida bientôt à aller habiter chez sa sœur la marquise de Chabrillan dont l'hôtel était situé au n° 67 de la rue de l'Université.
Mmc de Mesnard sa seconde sœur qui, à la Restauration avait quitté l'Angleterre pour rentrer en France y avait également un appartement pour lequel elle payait un loyer de 1.630 francs1.
Ces deux installations n'étaient que provisoires, Anne de Caumont-La Force était attirée par Versailles où s'était écoulée sa jeunesse et ce fut rue de l'Orangerie à deux pas du théâtre de ses anciens triomphes qu'elle se résolut à fixer ses pénates. L'habitation qu'elle choisit était située au n° 15 de la rue de l'Orangerie à quelques pas de la fastueuse maison de plaisance que lui avait donnée jadis le comte de Provence empressé à lui plaire et dont la tourmente révolutionnaire n'avait pas laissé pierre sur pierre. Elle conservait seulement à l'hôtel Chabrillan un pied-à-terre de quelques pièces.
La maison de la rue de l'Orangerie était confortable sans être luxueuse; les cuisines et les offices occupaient le rez-de-chaussée, au premier la salle