‹ Les reines de l'émigration: Anne de Caumont La Force, comtesse de BalbiChapitre 163 sur 206 · Inventaire de M-0 la marquise de Mesnard du 24 mai · texte numérisé non relu

Inventaire de M-0 la marquise de Mesnard du 24 mai

à manger éclairée par deux fenêtres ouvrant sur la cour, communiquait avec un grand salon donnant sur la rue. Une bergère de soie verte, sept fauteuils, douze chaises et un canapé meublaient élégamment cette pièce où les consoles et la cheminée étaient ornées de potiches, de vases et de figurines en porcelaine de Chine, de Sèvres et de Saxe, derniers vestiges d'une splendeur passée. Les fenêtres étaient drapées de grands rideaux de mousseline ouvrée. Deux lampes carcel « avec leurs supports » et « un lustre en cristal à douze branches » éclairaient les fréquentes réceptions du soir, mais ce qui tenait la place principale dans l'ameublement c'étaient les tables de jeu, on en comptait cinq dans la salle à manger et deux dans le salon lui faisant suite.

Dans le boudoir la comtesse avait rangé ses souvenirs intimes, on y voyait deux miniatures de Louis XVIII 1 « Tune dans un cercle d'or, l'autre dans un cadre noir », et un portrait à l'huile de la comtesse de Provence; quelques portraits de

1. M"« de Balbi possédait également un fort beau portrait du roi Louis XV1I1 (tableau à l'huile non signé) et une très jolie miniature du roi, par Isabey. Elle donna l'un et l'autre au comte de Lancosme qui les légua à sa nièce la marquise de Coislin. Le portrait appartient actuellement au comte de Saint-Léon au château de Jeurs (Seine-et-Oise), et la miniature à sa belle-sœur la vicomtesse de la Mallerie, au château du Bois de la Motte, tous deux descendants des Coislin.

famille et un tableau représentant une scène de la Saint-Barthélemy, où l'ancêtre (laumont a échappé miraculeusement au massacre.

Tous les Caumont sont fiers de cette illustration familiale et chez chacun d'eux on retrouvera en belle place un tableau iden tique représentant la même scène.

Six chaises en bois de frêne recouvertes en tapisserie, deux petites bergères de toilette en bois d'érable, couvertes en toile de Perse, et un fauteuil calèche en bastienne à fleurs complétaient l'ameublement.

Le parquet était recouvert d'un tapis d'Aubusson, et un lustre de bronze pendait au plafond. Sur la cheminée une pendule de bronze également s'encadrait de deux candélabres à trois branches et de deux cornets du Japon. C'est là que se tenait de préférence, la maîtresse de la maison.

La chambre à coucher donnant sur la cour était fort simple, garnie d'un mobilier d'acajou à colonnes et les fenêtres drapées de grands rideaux de mousseline montés sur des flèches. Seule, une pendule en aibâtre surmontée d'une statuette Je Coustou avec des vases assorlis témoignait du goût que la maîtresse de la maison avait eu pour les belles choses, au temps où s'éparpillaient chez elle sur les consoles finement sculptées et

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les meubles de marquelterie et de laque, les plus belles porcelaines de Sèvres et les plus éclatantes verreries de Venise.

Un cabinet de toilette — où se retrouvait encore une table à jeu, — la chambre de Mme de Lordat, une lingerie et des chambres de domestiques complétaient l'installation

C'est dans cette maison qu'après avoir habité un instant sur la place d'Armes, Mme de Balbi allait vivre ses derniers jours, toujours alerte et ingambe, malgré les années, l'imagination vive et la répartie prompte. La marquise de Lordat ne Pavait pas quittée et continuait à l'entourer des soins les plus affectueux, aussi la comtesse, dans ses lettres, lorsqu'il s'agit d'elle et de sa nièce ne parle jamais que « des inséparables ».

Bien rares sont aujourd'hui les contemporains qui peuvent se vanter d'avoir connu l'ancienne favorite du comte de Provence, et je ne saurais trop me féliciter d'avoir eu la rare bonne fortune de recueillir de la bouche même de MUe de Bressoles, ses souvenirs de jeunesse sur Mme de Balbi, après la Révolution de 1830 :

« J'étais trop jeune à cette époque, m'a-t-elle

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