‹ Les reines de l'émigration: Anne de Caumont La Force, comtesse de BalbiChapitre 176 sur 206 · Mémoires de la duchesse d'Abrantès, t. VI, p · texte numérisé non relu

Mémoires de la duchesse d'Abrantès, t. VI, p

perdre I Je frémis de voir désormais mon existence assurée sur ce genre de revenu!... En ce moment je vis d'économies, de privations, je suis obligée de rester constamment à Versailles éloignée de mes amis et de mes habitudes. Je n'ai même plus de chevaux, ce qui, à mon âge, est une grande privation ! Mon sort par la mort de M. de Balbi ne s'améliorera que de mille francs de rente et d'une somme de 10.000 francs. Quant à l'arriéré voyez s'il y a possibilité d'en avoir quelque chose. J'approuverai ce que vous ferez, vous voulez bien être mon ami, c'est à vous de décider ce qui est convenable. Songez que depuis ma rentrée en France, j'ai payé plus de 70.000 francs de dettes contractées avant la Révolution. Etant sortie de France fort précipitamment, le courant est resté en arrière, et lorsque je suis revenue d'émigration j'ai vécu jusqu'à ma radiation avec deux cents francs par mois que la curatelle de mon mari m'accordait encore par grâce!

» Au moment où j'ai été rayée de la liste des émigrés j'ai eu mon revenu, je me suis meublée; six semaines après j'étais exilée ne sachant plus que faire de mon logement, de mon mobilier. Mon exil a duré dix ans, et mes meubles ont été vendus pour rien. Lorsqu'à la Restauration je suis revenue à Paris, il a fallu recommencer à acheter un

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mobilier. Ge sont ces mêmes meubles que j'ai toujours mais ils sont en loques, c'est donc pour les faire recouvrir que je voudrais un peu d'argent comptant. Et puis, je vous avoue que je veux avoir toujours dans mon secrétaire quelques billets de mille francs en cas d'une troisième révolution, étant fort décidée à prendre la poste au plus vite pour éviter qu'on me coupe le cou I

» Pardonnez -moi, Monsieur, mon bavardage, je réclame votre indulgence pour ma longue épître. J'ai bien envie d'aller passer le mois de janvier à Paris, mais je ne sais où aller loger, les hôtels garnis sont d'un prix fou, aussi je crains bien d'être obligée de vous souhaiter de loin une bonne année.

» Mille et mille compliments et croyez à l'assurance des sentiments que les inséparables vous ont voués

» Comtesse de Balbi, née Caumont-La Force. $ Versailles, ce 13 décembre 1835. »

Depuis longtemps, en effet, Mme de Balbi n'avait plus de pied-à-terre à Paris; en 1821 on la voit bien figurer sur le carnet de la duchesse de Mont-

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