Le burgau est la plus belle espère de nacre de perle
LA CO.MTESSK DE KALBI.
fille de Gironde, une petite boîte d'or ronde; à ma fille Laforce (M1,e de la Force», ma grosse montre à répétition ; à ma fille Mesnard, la montre que je porte à mon cou; à mon fils Caumont (comte de Caumont), mon souvenir (?) voulant qu'il reste dans ma famille; à ma belle-fille Caumont (comtesse de Caumont), ma garniture de cheminée; à mon gendre Chabrillan mes quatre casseroles d'argent; à ma fille Chabrillan le reste de mon argenterie et mon mince mobilier avec tout ce qui se trouvera dans mon appartement le jour de ma mort... » 1
Puis après avoir laissé mille francs aux indigents, cinq cents francs aux « pauvres honteux » et quatre cents francs pour dire des messes, elle pense à ses deux femmes de chambre, et ajoute encore un codicille pour léguer à sa fille Balbi « les deux bustes des princes ».
Mais les désirs de la marquise de Caumont ne devaient guère se réaliser car des difficultés s'élevaient presque aussitôt entre Mmc de Balbi et son frère Caumont. Forte d'une stipulation de ses père et mère s'engageant à ne faire à son préjudice aucun avantage à leurs autres enfants elle prétendait contraindre son frère à rapporter les libéralités qu'il avait reçues de ses parents au mépris de cette clause.
1. Testament de la marquise de Caumont-La Force née Gallard de Brnssac de Béarn, mère de M"e de Balbi.
De son coté. M. de Caumont répliquait que ses parents avaient eu le droit de faire, en sa faveur, les stipulations et avantages qu'il en avait recueillis.
De longues lettres s'échangèrent entre eux avec d'interminables rapports transmis parles hommes d'affaires. Mme de Balbi riposte à tous les arguments avec une verve cinglante et M. de Caumont a affaire à trop forte partie pour avoir le dessus. C'est en vain qu'il allègue que son inexpérience au moment de son mariage l'a empêché de rien connaître des conditions de son contrat1.
» Je ne sais si tu te rappelles l'époque de mon mariage ma chère amie, quant à moi, j'ai toujours su que c'était à ton obligeance et à ton amitié que j'en avais l'obligation, car le marquis de Jaucourt, qui se trouvait ami commun de M. de Lamoignon et de toi avait servi d'intermédiaire dans tous les arrangements qui ont été conclus. Pour moi j'avais quinze ou seize ans et je puis te répondre que je suis la personne qui m'en suis le moins mêlé; tout ce qui a été décidé pour la contexture du contrat m'a été inconnu et je crois que la première fois que je l'ai lu, a été depuis mon retour. »
1. Lettre du 7 juillet 1827 du comte de Caumont ù M"* de Balbi.
Mais M,nc de ftalbi ne se paie pas de pareille monnaie.
« Je m'empresse1, mon frère, de répondre à votre lettre et de vous assurer que si j'avais pu m'imaginer que de contribuer à votre mariage eût pu nuire à mes intérêts, je ne m'en serais jamais mêlée; à cette époque je n'avais pas plus que vous envie de lire ou de rédiger des contrats de mariage..., mais le mien a été passé longtemps avant le vôtre et si vous y portez atteinte, vous attaquerez les volontés de ma mère; vous dites que vous n'en avez aucune connaissance, vous me permettez de n'en rien croire...
Vous êtes bien bon, mon frère, de vous ressouvenir des preuves d'amitié que j'ai pu vous donner, croyez que je n'ai pas oublié non plus celles que j'ai reçues de vous, aussi est-ce au nom de cette amitié que je vous demande de terminer à l'amiable nos débats. »
Quant au malheureux intermédiaire, le notaire Clairet, elle l'admoneste de telle sorte qu'il refuse de se mêler davantage à la discussion : « Madame la Comtesse, lui écrit-il, il m'est trop déplaisant de recevoir des reproches que je ne mérite pas
1. Réplique de la comtesse de Ballu a» comte de Caumont du 11 juillet 1*27.
pour que je veuille continuer à m'occuper de vos débats avec M. de Gaumont. »
Pourtant malgré le diapason où s'est élevée la discussion, les choses finissent par s'arranger et le désir de la paix amène; les parties à se rapprocher. M,no de Balbi renonce à toute revendication moyennant quoi, son frère lui verse la somme de quinze mille francs et prend à sa charge tous les frais de la procédure déjà entamée.
Cependant les règnes se succèdent, Charles X remplace Louis XVIII, puis c'est le trône des Bourbons renversé à nouveau, c'est la révolution de Juillet et l'avènement de Louis-Philippe. Mme de Balbi assiste à tous ces bouleversements qui la passionnent, elle se désole, s'enthousiasme ou s'indigne tour à tour.
Sa correspondance a des allusions à tous les grands événements, elle écrivait à la duchesse de Dino, à propos de l'attentat de Fieschi1 :
« Madame, quel affreux événement ! où en serionsnous s'il avait réussi, vous avez sûrement partagé notre stupeur. Je suis à Paris depuis quelques jours, j'ai vu M. de Talleyrand qui se porte à merveille, il a fait bien lestement son voyage, pouvons-nous espérer que vous viendrez bientôt
l. Archhes du château de Vie-sur-Aisne.
le rejoindre, et lui ramener cette charmante Pauline. La cérémonie des obsèques de toutes ces victimes a été magnifique, j'ai été voir passer le cortège chez la vicomtesse de Laval 2. Jamais la garde nationale n'a été si nombreuse il y en avait de tous les environs, môme de Lonjumeau. Enfin l'archevêque a été chez le Roi; son discours n'est pas à la hauteur de son esprit, je n'ai pas osé en parler à M. de Talleyrand mais je le risque avec vous, madame la Duchesse. Je conçois que dans la position qu'il veut se donner depuis cinq ans c'était embarrassant, le moment était bien choisi pour revenir mais il fallait alors que ce fût franchement.
Donnez-nous de vos nouvelles, embrassez pour nous Pauline. Vous connaissez le tendre attachement que les inséparables vous ont voué.
» Comtesse de Balbi, née Caumont-La Force : « Paris, ce 8 août 1835. »
Mme de Balbi, il n'est pas besoin de le dire, ne fréquentait pas la nouvelle Cour, la monarchie de Juillet connaissait son hostilité et lui tenait rigueur en refusant de rétablir, contrairement à l'opinion
1. Pauline Hortense d'Albert de Luynes, vicomtesse île Laval, née en 1774, morte en 1858.
trop souvent exprimée, la pension dont elle avait joui sous les deux règnes précédents. Cependant malgré son peu de sympathie pour Louis- Philippe, on raconte qu'ayant vu dans le parc de Versailles où le roi s'était rendu avec la famille royale, des dames lui tourner ostensiblement le dos au moment de son passage, elle déclara « que c'était inconvenant », blâmant ouvertement de pareils procédés et déclarant « qu'on devait avoir, quelle qu'elle pût être, le respect de la royauté. »
L'âge n'avait pas diminué l'intérêt passionné qu'elle prenait à la politique et elle suivait d'un œil averti la marche des événements.
« On dit M. le Comte (sic), écrit-elle de Paris, le 6 septembre 1831 au marquis d'Aragon, pair de France, que nous ne vous verrons pas cette année. Si c'est votre santé qui vous empêche de venir à Paris, je n'ai rien à dire, mais dans ce moment toute autre raison n'aurait pas d'excuses. Jamais la Chambre des pairs n'a eu plus besoin d'une bonne tête et vous savez tout Le prix que j'attache à la vôtre... »
« Nous sommes assez bien ici, écrit-elle encore de Paris, le même jour, tout y est tranquille; on commence à s'apercevoir que l'hérédité de la Pairie est une chose nécessaire, c'est un peu tard, dites-moi si cela gagne en province. Cette pauvre
Pologne est à la merci du vainqueur; si les derniers malheurs que Ton nous a annoncés sont vrais ce sera une vilaine page dans leur histoire... 1 »
11 est curieux de recueillir son appréciation sur les ministres de Charles X qui venaient de subir le procès de Vincennes.
Elle écrivait le 20 octobre 1836' au vicomte de Caux2 :
« M. de Peyronnet a passé ici il y a deux jours, léger comme une plume et enchanté de sa liberté, semblant fort peu en peine de ce que fera M. de Polignac. Si M. le duc tient à rester en prison toute sa vie pour ne pas reconnaître le Gouvernement de fait c'est héroïque, mais s'il cède à des moyens termes, c'est sot, et digne de lui par conséquent. » 3
En dépit de l'âge M™' de Balbi demeure avec beaucoup de raison la femme au caractère entier qui ignore les compromissions, mais elle est restée aussi sans pitié. Les Polignac, il ne convient
1. Communication du marquis de Lordat. Lettre au marquis d'Aragon, pair de France, à Alby (Tara).
2. Louis-Victor, \ieomte de Caux do Blanquetôt,né en 1775, mort en Fils d'un lieutenant-général et déjà au service avant la Révolution, il fit les campagnes de l'armée du Rhin, lut nommé colonel par Napoléon et maréchal de camp par Louis XVIII.