‹ Les reines de l'émigration: Anne de Caumont La Force, comtesse de BalbiChapitre 186 sur 206 · pluviôse an V (23 janvier · texte numérisé non relu

pluviôse an V (23 janvier

3. Mémoire concernant la curatelle de M. de Balbi. Communication de M. Ressant.

LKS AVENTURES d'àHMAND DE BALBI.

à l'unanimité après un nouvel examen du malade qu'on laissera M. de Balbi dans le même hospice où lui-même avoue être fort bien, entouré des mêmes domestiques. Enfin après avoir fixé la pension d'Armand de Balbi à 3.600 livres, on consent à payer les 9.000 francs de dettes qu'il a contractées depuis son séjour à Paris et on lui remet 1.200 francs pour ses frais de voyage à la condition expresse qu'il va immédiatement quitter la France et retourner à Gênes.

Mais on a beau lui remettre son passe- port, il laisse partir M. de Canclaux 1 nommé ambassadeur à Naplesavec lequel il devait se mettre en route et invoque perpétuellement des prétextes de santé pour retarder toujours son départ.

Au mois de brumaire an VI (octobre 1797), il ) f ;

se décide pourtant à quitter Paris, mais c'est pour se rendre à Strasbourg avec le chef des guides de l'armée d'Allemagne2. Il y arrive à la fin du même mois de brumaire et s'y fait incorporer aussitôt la formation du régiment.

En même temps, malgré sa demande, malgré

1. Camille, comte de Canclaux, né en 17'i0, mort en 1NI7, commandant en chef de l'armée de l'Ouest, chargé de la défense de Nantes contre l'armée des Vendéens. Ambassadeur à Naples de la République française.

2. Acte de notoriété de l'administration centrale du II- arrondissement de Paris.

l.\ COMTESSE DE BALM

les démarches de son conseil de curatelle, la réapposition des scellés et le renouvellement du séquestre sur ses biens sont demandés. Ils sont ordonnés le 25 frimaire an VI (15 décembre 1797).

Le corps des guides de l'armée d'Allemagne étant incorporé dans le 8e régiment de chasseurs, Armand de Balbi y entre en qualité de maréchal des logis, de là il passe au 1 Ie de la môme arme le G fructidor an VII (23 août 1798). Mais il n'y reste pas longtemps, il en est tiré pour faire le service de guide auprès du maréchal Brune à l'armée d'Italie d'où il est renvoyé, à la suite de blessures, par devant le conseil pour obtenir un congé absolu 1.

Un congé de réforme lui est, en effet, accordé le G pluviôse an VII (25 janvier 1799) et le certificat du conseil d'administration constatant son zèle et son courage, déclare que ses blessures ont été reçues en combattant « les ennemis de la liberté ». Le conseil de curatelle renouvelle alors ses instances, mais en vain.

Six mois plus tard, le 14 messidor an VII (Ier juillet 1799), Balbi reprend du service et entre dans un détachement stationné à Versailles : le 2G fructi-

1. Archives administratives du Ministère de la guerre. Dossiers personnels.

LES AVK.NTinKS HAH.MAM» HK BALBI . 463

dor (12 septembre), les officiers du régiment lui délivrent un certificat « relatant ses excellents services qui lui méritent l'estime de ses chefs et l'amitié de ses camarades » quand se produisit un brusque coup de théâtre.

Le lendemain même du jour où il a reçu cette flatteuse preuve d'estime, il est arrêté à Compiègne par ordre du général commandant la 27e division militaire et du ministre de la Guerre.

Dans la nuit du 26 fructidor an VII, un homme de confiance du général de la 27e division militaire est arrivé porteur de trois lettres adressées Tune à l'adjudant -général Saint-Ange, l'autre au citoyen Fournier, commandant le 1 2e escadron de hussards, et la dernière au commandant de gendarmerie. Elles ordonnent l'arrestation et l'extradition à Paris du nommé Balbi, maréchal des logis au 12e hussards. « Ce Balbi, dit le rapport2, est le fils de la femme de ce nom, devenue célèbre par son commerce scandaleux avec le roi de Mittau, et le ministre de la guerre paraît attacher de l'importance à son arrestation. »

Sur l'ordre du citoyen Fournier le jeune homme

2. Archives nationales, Hit* 79. Rapport du commissaire du pouvoir exécutif près l'administration municipale du canton de l'onipiègne au citoyen ministre de la police générale, 27 fructidor an VII.

est conduit sur-le-champ à la maison d'arrêt, mais dans l'impossibilité «le trouver une voiture pour hâter son départ, on décide qu'il y passera la nuit.

La nouvelle de son arrestation s'étant répandue, ses camarades viennent le voir, ils apportent de l'eau-de-vie, on invite le geôlier et sa femme à boire. Ceux-ci acceptent. La réunion est bruyante et joyeuse. Quand les jeunes gens se retirent, Balbi les accompagne, ainsi que le geôlier, jusqua la porte. Mais arrivé là, les hussards saisissent Balbi, « assez fluet de sa personne », repoussent le geôlier et font évader leur ami. Aussitôt, grand tumulte, le concierge, assez maltraité, ameute la ville. On arrête quatre hussards, le cinquième, un fourrier, M. des Anges, a disparu avec le prisonnier.

Tous, dit le rapport de police, sont « des Messieurs, des muscadins » dont on pourra « tirer des lumières sur Balbi », ils vont être conduits à Paris.

Le concierge a été traduit devant le juge de paix avec « un verbal de son délit »; « sa cupidité » a causé l'aventure, car il a voulu débiter des denrées trop cher et profiter du désir des jeunes gens de fêter leur ami !

l.Arch. nation. Affaires politiques, police générale.

LES AVENTURES d'aRMAXD DE BALBI. 46o

« Voilà exactement les faits, citoyen ministre, disait le commissaire, en terminant son rapport, s'il naît des accidents marquants je vous en informerai, au surplus nous ignorons tous de quoi est prévenu Balbi. »

Il est à présumer que le jeune Armand avait été mis en état d'arrestation à la suite d'une dénonciation datée du 25 fructidor an VII et adressée au citoyen Pâques, inspecteur général près le ministre de la police. Cette lettre signalait un restaurant situé rue Croix-des- Petits Champs, presque au coin de la rue Coquillière, comme recevant des émigrés qui y dînaient dans une salle du deuxième étage.

La table était joyeuse, M. de la Bretonnière en faisait les honneurs avec belle humeur. Il était l'ancien rédacteur du journal V Argus et on le regardait, à la police, comme dangereux « pour sa langue et ses pamphlets ». Armand de Balbi figure autour de cette table où il « débite hautement déclare le dénonciateur que c'est le parti de Monsieur qui a fait couper la tête à Louis XVI, d'intelligence avec le duc d'Orléans. Il en résulte, suivant son opinion, que ces deux partis se gênaient. Ce M. de Balbi, ajoute le rapport, a demeuré longtemps rue du Sentier, chez le citoyen Fokdon, banquier se disant Hollandais, mais fils d'un chirurgien de Lille, en Flandre. »

Une telle dénonciation suffisait à motiver l'arrestation 1 .

Quelques jours auparavant une autre dénonciation contre Balbi, « nommé on ne sait comment maréchal des logis au 12e régiment de hussards, ayant des relations très intimes avec les émigrés, les chefs de chouans, les embaucheurs », avait été adressée au ministère de la police générale de la République ! « Ce ci -devant comte, disait le rapport2, que Ton dit être fds du prétendant a déjà été dénoncé plusieurs fois. »

Aussi bien au ministère de la guerre qu'à l'hôtel Soubise, les archives sont muettes sur la fin de cette curieuse aventure qui reste un peu mystérieuse. Cependant le Gouvernement ne devait pas cesser de s'occuper d'Armand de Balbi et l'on trouve mention çà et là de son nom dans les bulletins de police.

Après s'être caché pendant quelque temps, Balbi revint pourtant à Paris puisque le 15 messidor an VIII (i juillet 1800) il obtenait du second arrondissement municipal de Paris un certificat portant « qu'il a été domicilié en cette ville rue de la Loi3, depuis le 27 fructidor an IV jusqu'à bru-

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