‹ Les reines de l'émigration: Anne de Caumont La Force, comtesse de BalbiChapitre 33 sur 206 · LES GAI) MONT-LA FORCE · texte numérisé non relu

LES GAI) MONT-LA FORCE

41. — Jacoiette-Henée, non mariée, née en 4766 au < hâteau de La Force, décédée à Montauban le 2 novembre 1830.

La terre de La Force était entrée dans la famille <le Caumont le 15 mars 1554 par suite du mariage de François de Caumont, seigneur de Castelnau, avec dame Philippe de Beaupoil, baronne de La Force, de Masdurant, d'Eymet et de Montboyer, veuve de François deVivonne, seigneur de La Châtaigneraie, tué en champ clos par Jarnac en 1547. Cette terre fut érigée en marquisat par Henri IV en 1609 et en duché-pairie par Louis XIII en 4637.

11 est même certain que le Béarnais y avait fait un long séjour en 1585, et avait présidé à la reconstruction du château.

Dirigée par l'architecte Boisson, cette réédifi- «ation coûta 484.000 livres, représentant 500.000 francs de notre monnaie. Dominant toute la plaine de la Dordogne, ce château était un des plus beaux •de la province de Guyenne. Nous avons dit que le premier maréchal de La Force était aux côtés de Henri IV lors du crime de Ravaillac : on conservait, au château, le poignard de l'assassin qui, enlevé à la Révolution, fut ensuite rendu à la famille.

Le château, qui contenait des tableaux de prix, dont plusieurs signés Van Dyck, des marbres, des tentures précieuses, fut démoli, pillé et livré

LA COMTKSSK UK DALItl .

aux flammes sur les ordres du conventionnel LakanaP. Les manuscrits, litres, brevels et parchemins furent brûlés au milieu de la cour d'honneur.. . Les tombeaux des seigneurs de La Force furent brisés et violés.

De ce château somptueux, pas une pierre ne resta debout, et c'est à peine si une dépression de terrain indique à l'heure actuelle le large fossé qui isolait le château lorsque le pont-levis était levé. Seules les écuries, connues sous le nom de recettes, subsistent encore, mais elle* se détériorent de jour en jour. Elles étaient les plus belles de France, après celles de Chantilly, et comprenaient deux parties : celles de l'Est pour les chevaux étrangers, celles de l'Ouest pour les chevaux de la maison ; leurs proportions étaient colossales. Iles somptueuses servitudes étaient séparées du château par un large espace gazon né et, derrière

1. Joseph Lakannl, né à Serres (Ariègej,en 1762, mort à Paris en 1845. D'abord destiné à l'état ecclésiastique, il professe chez les frères de la Doctrine chrétienne jusqu'à l'époque de la Révolution où il est nommé député à la Convention et où il vote la mort de Louis XVI.

Il est juste de reconnaître que Lakanal ne commit pas partout les mêmes déprédations qu'à la Force. Devenu membre du Comité de l'instruction publique, il contribua à la fondation de nombreuses écoles professionnelles. à l'organisation d'un institut national, et, au milieu des crises les plus orageuses il s'occupa constamment de protéger les lettres, les sciences et les arts.

Après la bataille de. Waterloo il se réfugia en Amérique et ne revint en France qu'après la révolution de 1830.

KRS C.UMONT-I.A FORCE.

elles, s'allongeait une allée de marronniers. C'était là que, fidèles à un antique usage, les villageois venaient à la fête de l'Assomption danser en présence des seigneurs lorsque la procession avait déployé toutes ses pompes pour se rendre aux reposoirs élevés par les châtelains à l'entrée de l'enceinte.

C'est dans cette somptueuse demeure que naquit, le 19 août 1 758, Anne-Jacobé de Caumont-La Force.

M. Nauroy, dans le journal Le Curieux, a publié, il y a quelques années, son acte de naissance extrait des registres de l'état civil de la paroisse de La Force en Périgord, où elle fut baptisée le lendemain.

Le vin};! août mil sept cent ciiujuanloliuil a été baptisée dans l'église de Laforce, Anne-Jacobé. iille naturelle et légitime du haut et puissant seigneur Messiiv Bertrand, marquis de Caumont et d'Adélaide-Luce Madeleine Galard de Brassac, marquise de Caumont, Dame son épouse; née le 11) dudit mois dans le château de Laforce; a été parrain Monseigneur Armand Nom par de Caumont, duc de Laforce, pair de France; et marraine Jacqueline de Caumont, Demoiselle, représentant Dame Jeanne de Maury, veuve de Messire Jean-François Caumont de Beauvilla, et ce, suivant sa procuration datée le trois dudit mois, du lieu de Saint-Porquier, diocèse de Montauban, présents Monsieur Pierre-Roque, avocat

et juge de la Force, et Monsieur Joseph- Abraham Demoy.

Ont signé au registre : Nompar de Caumont, père et duc de la Force, de Caumont marenne (sic), Chaumont- Quitry d'Amblimonl. Josèphe de Caumont, Ho<|ue et Demoy de Pommier, présent Lavergne prêtre et curé.

La marraine, on le voit, était la grand'mère paternelle de l'enfant et le parrain était son bisaïeul materneU Armand-Nonipar, duc de La Force, aïeul de sa mère et sous les auspices duquel avait eu lieu le mariage. Celui-ci adorait ses enfants d'adoption et il allait jusqu'à sa mort les garder auprès de lui. Six années s'écoulèrent, un fils, Armand, et deux filles, Catherine et Marie, étaient venues au monde depuis la naissance de l'aînée et, lorsque le vieux duc mourut dans son domaine, le 3 juillet 1764, presque centenaire, la marquise de Caumont, déjà mère de quatre enfants, était enceinte d'un cinquième. Ce fut après la naissançe d'Alexandre, né en décembre de la même année, que toute la famille quitta le château de la Force pour s'installer à Versailles avec le projet d'y passer désormais la plus grande partie de l'année.

Les Caumont n'avaient plus à Paris à cette époque aucune résidence. L'hôtel de la rue de t irenelle ne devait entrer dans la famille que lors du mariage de M11" de Lamoignon avec le comte Philibert de Caumont, et l'ancien hôtel patrimo-

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niai de La Force 1 situé au Marais, qui acquit sous la révolution uae si triste célébrité ne leurappartenait déjà plus. L'hôtel de la place Vendôme, situé au n° 8 ne fut habité par le doc Louis- Joseph qu'à la Restauration.

Anne de Caumont n'était âgée que de six à sept ans lorsqu'elle suivit ses parents à Versailles, les détails nous manquent totalement sur ces premières années de son enfance. Mais il est vraisemblable de supposer que sa vie dût être celle de tous les enfants des grandes familles de l'aristocratie à cette époque, confiés généralement à des subalternes chargés de diriger, presque sans aucun contrôle, leur éducation et leur instruction. Alla-t-ellev comme c'était l'usage le plus répandu, passer quelques années ou quelques mois, au moment de sa première communion, dans un des couvents à la mode, et séjourna-t-elle réellement au couvent de la Visitation avec Mmc de Flamarens et la duchesse de Luynes comme le raconte MH,e d'Abrantès % c'est ce qu'il est impossible dt>

t. L'hôtel de La Force, situé rue Pavée au Marais ir 22 et rue du Roi de Sicile, 2, était l'ancien hôtel de Roquelaure. 11 avait appartenu au comte de Saint- Paul puis au «unie de Bouthilier avant de passer entre les mains du duc de La Force. On y avait établi à la tin du règne de Louis XV le bureau des saisies réelles du vingtième «•t la ferme des cartes. Ce fut en 1780 qu'on décida d'y établir une prison destinée à remplacer le Fort-l'É^cque et te Petit-Chfltelet.

S. Mémoires de la ducltme d'Abrattiès, tome VI, page .V2.

16 LA CO.MTESSK l>K BALB1.

dire d'une façon certaine, niais, ce qui est probable, c'est qu'elle vécut peu <e la vie de ses parents, entre un père retenu au dehors par ses affaires ou ses plaisirs, et une nm re absorbée j>ar les préoccupations d'une famille déjà nombreuse, et dont la santé se trouvait éprouvée par des couches répétées presque chaque année depuis son mariage.

Encore fallait-il ajouter, pour M. de Gaumont, les devoirs de la rharge qu'il remplissait près du comte de Provence comme premier gentilhomme de sa chambre et les astreignantes fonctions de la place de gouvernante «les enfants du comte d'Artois que Mtue de Gaumont allait obtenir (juelques années plus lard. Les séjours à La Force ne devaient donc plus être que }>assagers et le château ne fut plus habité que durant quelques mois d'été ou à l'époque où la marquise y vint faire ses couches.

Si la jeune Anne regretta tout d abord la libre existence des champs et de la campagne, son intelligence précoce dut lui faire bientôt envisager avec joie ce changement si complet dans sa manière de vivre, car elle n'avait pas été longtemps à comprendre tous les avantages qu'elle pouvait en retirer. Son esprit délié s'intéressait à tout ce qu'elle voyait autour (Telle, sa perspicacité lui fai-

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