‹ Les reines de l'émigration: Anne de Caumont La Force, comtesse de BalbiChapitre 34 sur 206 · LES CAUMONT-LA FORCE · texte numérisé non relu

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sait découvrir le mobile ou le but de mille intrigues et elle dut se former de bonne heure, sur toutes choses, une opinion personnelle. Le contact perpétuel avec des inférieurs, gouvernantes, professeurs ou intendants, forcément empressés à lui plaire ou à céder à ses caprices, sa situation d aînée vis-à-vis de ses sœurs et de ses frères, tout cela avait développé dès ses jeunes années les tendances déjà marquées de son caractère autoritaire et hautain et elle se trouvait déjà mûrie par une rare expérience à un âge qui est celui de Tinsouciance et du plaisir.

L'orgueil que la jeune fille tirait du sang de ses ancêtres paternels, dont nous avons vu les illustres origines, n'avait nulle raison de s'amoindrir de celui de ses aïeux maternels.

Les Galard apparaissent dans l'histoire avec Garcie-Armand Galard, baron de Goualard, vivant en 1062 et petit-fils lui-même du premier vicomte de Lomàgne, descendant de Garcie-Sanchez, dit le Courbé, duc héréditaire de Gascogne. D'aucun côté, on le voit, le sang bleu ne manquait à couler dans les veines de la future favorite. Aussi, se montra- t-elle de bonne heure très fière de son illustre origine, et le besoin de domination que MUe de Caumont éprouva dès ses premiers pas dans le monde s'explique par la haute idée qu'elle

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avait de sa raee, de ses parents, de ses alliances et de sa supériorité sociale.

Les fonctions de ses parents auprès des deux princes, frères de Louis XVI, l'avaient conduite à la Cour à un âge où les enfants, d'ordinaire, n'y étaient j>oint admis. Ses goûts et ses aspirations allaient l'y attirer et l'y retenir, et la rendre familière dans la maison des princesses bien avanl le moment d'une présentation régulière.

Le piquant de sa physionomie, la mobilité de ses traits, l'animation de son visage et sa grâce mutine, joints à la tournure la plus leste et la plus élégante, auraient suffi à la faire remarquer si le charme de son esprit primesautier et de son entrain intarissable n'était venu s'ajouter encore à ces précieux avantages physiques. Elle amusait par ses réparties, elle étonnait par l'originalité de ses remarques, elle charmait par la vivacité de ses propos. Les grâces de l'adolescence avaient succédé aux gentillesses de l'enfance, et une transformation complète venait de se produire : la petite fille d'autrefois était devenue une séduisante jeune fdle, à la taille ondoyante, à la bouche vermeille et au visage éblouissant de fraîcheur et d'éclat.

La comtesse de Provence, une des premières, avait été attirée par la délicieuse, espièglerie qui pétillait dans son regard et conquise par sa gaieté

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printanière; aussi, la jeune Anne n'avait pas eu de peine à captiver bientôt d'une façon complète, les bonnes grâces de la princesse, entièrement sous le charme de ses aimables et séduisantes qualités.

Après lui avoir donné les marques de l'affection la plus vive et de la faveur la plus marquée, Madame témoigna bientôt le désir de l'attacher à sa personne. Malheureusement, aucune vacance n'existait dans la maison de Joséphine-Louise de Savoie; les dix charges de dames pour accompagner étaient pourvues de titulaires et le personnel était trop nombreux pour pouvoir songer à l'augmenter. Mais Anne de Caumont, qui ne connaissait guère d'obstacles à ses fantaisies, n'était pas femme à reculer devant les difficultés : elle avait su se rendre indispensable à la princesse et ne se mit point en peine des obstacles dont il lui faudrait triompher pour atteindre le but qu'elle s'était proposé.

M. de Caumont était mort le 21 janvier 1773, à Versailles et, aussi bien comme garde du corps de Louis XV que comme premier gentilhomme du comte de Provence, il avait toujours donné les preuves du plus complet dévouement. Il sembla tout naturel que sa fille bénéliciât de son bon renom et de ses services. Grâce aux instances de Madame, grâce aussi à l'aimable complaisance de

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Monsieur, la cause de la jeune favorite fut plaidée avec tant de chaleur auprès de Marie-Antoinette et de Louis XVI qu'on obtint en sa faveur une pension de 5,000 livres, en attendant l'heure impatiemment attendue où une vacance permettrait à la comtesse de Provence de la compter au nombre de ses dames.

Une jeune fille si bien partagée sous le rapport de la naissance, de la beauté, de la faveur et de la fortune ne pouvait manquer de prétendants, ils se présentèrent en grand nombre.

Ce fut M. de Balbi qui triompha de tant de compétiteurs empressés. Sa famille était illustre, sa fortune considérable et les heureux débuts sa carrière militaire semblaient lui prédire un brillant avenir. Il demanda sa main et fut agréé.

François-Marie-Armand Balbi, comte de Balbi, des marquis de Provera, noble génois, comte et marquis du Saint-Empire, baron de Saint-Lambert, colonel en second au régiment de Bourbon infanterie, était né à Paris le 4 février 17,>2. Petit-fils d'un doge de Gênes, fils d'un oflicier général français qui avait reçu ses lettres de naturalisation en I7*>0, il était, au moment de son mariage, Agé de vingt-quatre ans.

Sa famille, entre toutes, était illustre à Gènes, où une rue porte encore son nom.

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