‹ Les reines de l'émigration: Anne de Caumont La Force, comtesse de BalbiChapitre 40 sur 206 · LES CAUMONT-I.A FORCE · texte numérisé non relu

LES CAUMONT-I.A FORCE

la succession de son père, auxquels viennent s'ajouter des capitaux existant àGènes se montant à 62,33o livres 19 deniers et représentant 2, 189 livres 6 deniers de rente. Il possède encore des acquêts particuliers, des biens immeubles situés à Gènes, une somme de 180,000 livres donnée par sa mère, née de Verzure, en avancement d'hoirie, enfin « le prix de la charge dont il était revêtu dans la «gendarmerie » et qui monte à 80,000 livres.

La totalité de sa fortune se monte en capital à peu près à 200,000 livres et son revenu, y compris une pension du Roi, s'élève à environ 17,000 livres.

Quelque brillante que fut la situation des Caumont-la Force, il s'en fallait de beaucoup que la dot de la fiancée fut aussi considérable. Le jeune âge de ses frères et de ses sœurs avait empêché le partage régulier des biens provenant de la succession de son père et la fortune était restée jusque-là indivise entre la veuve et ses enfants.

L'apport de M1,e de Caumont, « demeurant avec sa mère au château de Versailles, est de 100,000 livres dont les intérêts seront payés sur le pied du denier vingt à compter du jour des épousailles. »

Sa mère la gratifie, en même temps, d'un trousseau de 10,000 livres « en linge et hardes à l'u- « sage de ladite dame*».

En outre, par le môme acte, » Mu,e la marquisede Caumont s'oblige à nourrir et loger, à Versailles, elle et son mari lorsqu'ils y viendront et tant que ladite dame y sera sans qu'ils soient tenus de lui payer aucune pension. »

Toutes les précautions sont prises en effet pour que les jeunes époux n'aient ni les soucis ni les charges d'un ménage.

L'oncle maternel du mari, le sieur Nicolas de Verzure, « écuyer- conseil 1er du Roi, maison et couronne de France et de ses finances », noble génois, demeurant à Paris, rue Saint-Denis, paroisse Saint- Laurent, s'est volontairement obligé « à nourrir chez lui et à loger ledit seigneur et ladite demoiselle et une femme de chambre, et ce, pendant sa vie, à compter du jour de la célébration du mariage, sans qu'ils soient tenus de payer aucune pension, dont il les décharge, ou de leur servir 2,000 livres par an dans le cas où ledit logement et la nourriture cesseraient d'avoir lieu ».

Puis viennent les avantages que le mari fait galamment à sa femme.

« Pour l'amitié » (sic)qxiele futur a dit porter à la demoiselle, future épouse, et dont il désire lui donner des preuves, il lui a fait don d'une rente annuelle et viagère de 9,000 francs. »

Le mari s'engage en outre à payer une pension

LES «AUMONT-I.A FORGK

annuelle de 6,000 livres à sa femme qui sera chargée « de son entretien personnel, de son jeu et des autres petites dépenses qui lui seront personnelles. »

Le contrat contient encore la promesse formelle que la comtesse de Provence a fait à sa protégée d'une place dans sa maison et qui figure parmi les apports de la fiancée.

Madame, épouse de Monsieur, frère de Sa Majesté, ayant permis qu'on annoncerait dans le présent contrat la grâce qu'elle avait la bonté d'accorder à la demoiselle future épouse, de la place d'une dame pour accompagner, avec assurance que si, dans deux ans accomplis au jour de la célébration du mariage, la demoiselle future épouse n'en est pas nantie, elle en fasse les fonctions à cette époque comme surnuméraire, ladite demoiselle future épouse, usant de ta permission que Madame lui a donnée, fait mention de cette grâce en établissant le présent contrat.

Ladite demoiselle déclare qu'elle jouit d'une pension de o,000 livres, laquelle pension Sa Majesté a bien voulu lui accorder, en attendant qu'elle ait la place de dame pour accompagner Madame et jusqu'au moment où elle entrera en jouissance des appointements de ladite place.

Lesdites conditions traitées et arrêtées de l'agrément des princes et M11" de Caumont se mariant sous l'autorité de sa mère avec les biens et droits qui lui appartiennent en qualité d'héritière en partie de son père.

l-A COMTESSK l>E BALBI.

La signature du contrat avait eu lieu le 28 avril 1770, le mariage fut célébré le 0 mai suivant, en l'église Xotre-Dame-de- Versailles : levêque du Puy, cousin de la mariée, officiait. Six jours après, la nouvelle comtesse de Balbi était présentée à la Cour par la princesse de Monaco qui devait plus tard épouser le prince de Condé à qui elle avait inspiré une passion très vive.

Les peuples heureux n'ont pas d'histoire et c'est ce qui fait sans doute que nous n'avons aucuns détails sur les faits et gestes du jeune ménage Balbi durant les premiers mois de leur union. Sans doute, profitant des facilités qui leur avaient été données par leur contrat de mariage, les deux époux partageaient, leur temps entre Paris et Versailles. Ils habitaient quelques mois

I. Mario-Catherine de Brignole, princesse de Monaco, d'illustre famille génoise, mariée à Honoré-Camille-Léonor Grimaldi. duc de Valentinois, prince de Monaco.

Admirée et courtisée à Versailles, longtemps irréprochable, elle se révolta contre son mari, jaloux et brutal, qui voulait la forcer à rentrer dans ses états, lui laissant enîendre qu'ils pourraient à son gré se transformer en prison. Elle demanda alors au parlement un arrêt de >éparation qu'elle obtint. Ce fut à ce moment qu'on la \it s'iittacher au prince de Condé qu'elle avait éloigné jusque-là. En 1789, elle le suivit en émigration et, de\enue veux*' en 1795, elle l'épousa avec l'assentiment du Roi, peu après la mort du duc d'Enghien.

Le 23 mai 1771. le prince de Monaco avait remis à Louis XV un mémoire contre sa femme demandant qu'il lui fût fait défense de paraître à la Cour. Le Roi reçut le mémoire, le mit dans sa poche sans rien dire et tourna le dos.

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rue Saint-Denis dans l'hôlel de l'oncle Verzure qui s'était engagé volontairement à les loger et les nourrir en les défrayant de toute dépense, et, lorsque M. « le Balbi n'était pas à Toulouse où son régiment tenait garnison ils passaient le reste de Tannée à Versailles chez M""' de Caumont qui leur y donnait, comme c'était convenu, le vivre et le couvert, sans qu'ils fussent tenus à la pension, même la plus minime. Rien ne permet de supposer que ces premiers temps ne se soient pas écoulés sans nuages. Dégagés de tous soucis matériels, puisqu'ils jouissaient à eux deux d'un revenu de 40,000 à BOjOOO livres, ce qui représente une grosse somme pour l'époque, ils se trouvaient en même temps n'avoir à supporter aucune charge, ni aucun train de maison à soutenir. Le brevet de colonel en second, qu'il avait trouvé dans la corbeille de noces, était venu satisfaire les ambitions militaires du mari, et la faveur marquée de la comtesse de Provence permettait à la jeune femme d'envisager le plus brillant avenir. Elle vivait dans l'intimité de la princesse, passant de longues heures auprès d'elle, et faisant en réalité presque déjà partie de sa maison où une place

I . Le comte de Rafoodanges était colonel commandant de Bourbon- Intanterie, le comte de Balbi, colonel en second et le marquis de Bostaing, lieutenant-colonel.

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officielle lui était assurée à la prochaine vacance.

En 1 770, au moment du mariage de Mme de Balbi, cette maison de Madame était établie sur un pied <le luxe et magnificence qui j>ouvait presque rivaliser avec celle de Marie-Antoinette, et qui n'avait jamais eu aucun précédent. Outre les huit aumôniers, les trois écuyers, les deux maîtres d'hôtel, le grand maître de la garde-robe, les deux secrétaires des commandements, les secrétaires ordinaires, le trésorier, l'intendant, le contrôleur général, etc., il y avait une dame d'honneur, la duchesse de La Vauguyon; une dame d'atours, la duchesse de Lesparre, et dix dames pour accompagner, c'étaient :

La comtesse du Borne.

La marquise de Pons.

La comtesse fie Beaumont,

La comtesse d'Hautefort,

La marquise rie IW.cn.

La comtesse de La Tour d'Auvergne,

La comtesse de Saint-Simon,

La vicomtesse de Narnonne-Pelel.

La duchesse de Caylus,

La comtesse de Rastignac, surnuméraire.

L'année suivante, Minc de Balbi sera inscrite en cette qualité sur l'almanacl) royal.

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