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2. Correspondance de Meivv-Ar-renteau e\ de Marie-Thérèse, lettre du 15 juillet 1780.
prévenir la duchesse de Lesparre, Madame nomma une survivancière ;ï sa place et choisit une comtesse de Balbi, qui, pour des causes fâcheuses et peu décentes, venait de se séparer de son mari.
» Une nomination de survivance contre le gré de la personne qui est dans l'activité d'une charge étant regardée ici comme un des plus grands dégoûts que Ton puisse éprouver, la duchesse de Lesparre n'hésita pas à donner sa démission surle-champ. La famille de Noailles et leur nombreux parti éclatèrent en plaintes et mirent tout en mouvement pour porter la Reine à donner quelques marques d'improbation contre un fait qui était dénoncé comme un affront, tandis que Madame, de son côté, n'oubliait rien pour obtenir de la Reine qu'elle parût approuver ce qui venait de se passer.
Mais Sa Majesté ne se laissa induire à aucun de ces deux désirs contraires et elle met une si juste mesure dans ses moindres ré|>onses que personne ne peut en tirer le moindre avantage. »
Le lendemain, l'ambassadeur complétait son récit par les lignes suivantes :
« La retraite de la duchesse de Lesparre et le don de sa charge fait à Mme de Balbi a prolongé les tracasseries à Versailles jusqu'à ce jour; le Roi a marqué du mécontentement à cette occasion,
DAME DATOURS
Madame s'en est tellement aperçue qu'elle n'a pas, selon l'usage, présenté au Roi sa nouvelle dame d'honneur qui a été traitée très froidement par le monarque lorsqu'elle est venue prendre les grandes entrées, qui sont une prérogative de sa place; cela s'est passé un peu moins sévèrement chez la Heine, mais cependant d'une manière assez sérieuse pour que l'on pût remarquer que la Reine n'approuvait pas le changement dont il s'agit.
v On prétend que le Roi doit avoir tenu quelques propos à Monsieur sur le caractère changeant et peu sincère de Madame. Les familles qui ont à s'en plaindre débitent cette anecdote très ouvertement. Je n'ai pu en démontrer la réalité. »
Les choses n'allaient pas tarder à se gâter davantage.
Mmt de Lesparre était une femme d'esprit, ambitieuse et voulante, que cette blessure d'amourpropre avait exaspérée. Non seulement elle n'avait pu réussir à barrer la route à Mm0 de Balbi et l'empêcher d'obtenir la survivance qu'elle ambitionnait, mais ses efforts, au contraire, n'avaient fait que hâter son triomphe. Sa démission, en effet, dont elle n'avait voulu faire qu'une menace, avait été acceptée sans discussion par Madame, et c'était elle-même qui avait dû céder la place à sa rivale. Elle avait détruit, de ses propres mains,
LA COMTESSE l»E IJALIU.
sa puissance et sa fortune, et ce nouvel échec avait porté son irritation à son comble; aussi avait-elle juré la perte de son ennemie. La famille de Noaiiles était puissante et nombreuse, elle n'avait pas manqué de prendre ombrage, et M""* de Lesparre avait trouvé dans les siens, nous l'avons vu, de fervents alliés. Aussi la prudente neutralité de la Reine leur avait causé la colère la plus vive, et peut-être l'altitude des Noaiiles dans l'affaire du collier futelle la conséquence naturelle de cet événement.
Les ambitions étaient si grandes et si nombreuses que la Cour ne pouvait faire un choix sans créer des mécontentements qui ne [pardonnaient pas!
Un autre incident, peut -être entièrement étranger, pourtant, àcette aventure, fut interprété comme un blâme adressé indirectement à M1110 de Balbi. Fille de la gouvernante des enfants du comte d'Artois, celle-ci semblait devoir compter sur la protection du prince et de sa femme qui « passive en tout », comme à l'ordinaire, s'était rangée dans le parti de sa sœur de Provence ; grande fut donc la stupéfaction générale lorsque la marquise de Caumont se vit, au mois d'octobre suivant, dépouiller de sa charge auprès du duc d'Angoulème. Un usage immuable voulait qu'à la Cour de France les princes restassent dans les mains des femmes jusqu'à l'âge de sept ans; or le duc d'Angoulème
DAME D'ATODRS
n'avait que cinq ans à peine, et, malgré son jeune âge, le comte d'Artois venait brusquement de se décider à confier son éducation au duc de Serent en le retirant à Mmc de Caumont.
Il n'en fallait pas tant pourvoir dans cette détermination inattendue du comte d'Artois une preuve clairement manifestée du mécontentement que lui avait causé la conduite de Mœe de Balbi et de Mu,e de Caumont vis-à-vis de laduchessedeLesparre.
Telle fut du moins la façon dont le public jugea l'événement. On raconte que la vindicative duchesse, avant échoué vis-à-vis de la Reine, avait dirigé ses batteries de ce côté et que, ardente à la lutte et inlassable dans ses efforts, elle avait intrigué de telle sorte qu'elle était parvenue à gagner le comte d'Artois à sa cause en sacrifiant à sa rancune la gouvernante du duc d'Angoulème.
Quelques mois plus tard, si l'on s'en rapporte à la correspondance secrète du 7 décembre 1780' un nouvel incident vint encore donner créance à ces malveillantes suppositions :
« Nous avons dans la maison de Madame une nouvelle révolution qui prouve combien son ser-
1. Cotrespondance secrète inédite sur Louis XVI, Marie- AntoiNeUe, ht Cour et la ville de 1777 à t7fti, publiée d'après les manuscrits de la Bibliothèque Impériale de Saint-Pétersbourg, par M. de Lescure. 2 vol. in-8»; Pion Paris, 1866.
vice est peu goûté. La comtesse de Hautefort1, née, comtesse de Bavière, a donné sa démission de sa place de dame pour accompagner. Elle prétendait à celle de dame d'honneur et la préférence donnée sur elle à la comtesse de Balbi lui avait depuis longtemps inspiré la résolution de la quitter. Sa santé et celle de sa mère viennent de lui en fournir le prétexte. »
Le discrédit qui frappait Mmr de Balbi n'épargnait pas la comtesse de Provence dont la conduite était sévèrement jugée.
Le refus d'admettre M,ue de Laval au nombre de ses dames allait être contre elle l'occasion de nouvelles critiques.
Écoutons Kagena'ck :
« Mme de Laval, dont le nom est celui d'une des plus anciennes familles du royaume, s'est présentée pour être reçue dame pour accompagner Madame. Cette place lui avait été comme promise. Elle n'a pu l'obtenir parce qu'elle est la • iî I le de Boulogne, ancien trésorier de l'extraordinaire des guerres et parconséquent n'est pas de
2. Marii'-Caioline-Amolie-Josèpho-Françoise-Xaviére de Bavière, comtesse de Hc-henfels, dame de Villacerf, près de Trojes en Champagne, grande d'Espagne de première « lasse, née le 2 décembre 1 7M. morte le 10 mai 1820. Mariée le 3 février 1761 à Armand- Charles-Kmmanin'l d'Hautefort, comte, puis marquis d'Hautefort, né le 26 janvier 1741, mort le 27 novembre 18(15, lils d'Emmanuel Dieudonné d'Hautelort et de Françoise d'Hareourt.
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qualité. M. de Laval, son beau-père, premier gentilhomme de Monsieur, a donné sa démission. Toute la famille Montmorency jette les hauts cris. En effet, il est peu de nos meilleures familles qui ne soit un peu souillée par le sang impur mais doré de nos financiers »
« ... Madame, qui a pris pour dame d'atours la comtesse de Balbi, a refusé Mme de Laval il y a six mois parce qu'elle passe pour coquette », disait-il encore quelque temps après en revenant sur cette affaire 2.
Non seulement Joséphine de Savoie avait été accusée de partialité et d'imprévoyance, mais d'autres bruits d'une nature plus délicate, et, hâtons-nous de le dire, aucunement justifiés, avaient couru sur les motifs de la faveur de Mme de Balbi. A ce moment, en effet, les sentiments quelle commençait à inspirer au comte de Provence n'étaient point encore connus du public, et Madame, seule, avait encouru toutes les responsabilités. Et, sans doute, c'est à ce môme sujet que faisait allusion le comte de Provence lorsqu'il témoignait son mécontentement des « sottes plaisanteries » faites par la duchesse de Lesparre sur les « complaisances » de Madame pour sa nouvelle dame d'honneur.