L'INTERDICTION
Inquiétudes des parents de M. de Balbi. — Mesures de précautions prises contre lui. — M. Lenoir de Mézières. — Réunion d'un conseil de famille. — Le lieutenant civil du Châlelet. — Procès verbal d'audition du malade. — L'interrogatoire. — Départ pour l'Italie. — Séjour à Gènes. — Dettes de M. de Balbi. — Ses scrupules. — Ses étranges lettres à ses parents et à ses amis. — Ouvrage à brûler. — La Franc -maçonnerie. — Le gâteau des rois. — Visite au fripier. — Le sort d'une canne et d'un chapeau. — Lettre à M. de Ségur. — Une bête dangereuse. — La crainte des chiens enragés. — Privation de messe. — Des compagnons inconnus. — Déclarations du valet de chambre Boilleau. — Hallucinations et apparitions. — La peur du diable. — Vocation forcée. — Frère minime ou capucin. — Menaces de mort. — Certificat des médecins. — Démence inguérissable. — Lettre aux musiciens de la gendarmerie. — Procuration de M" de Balbi. — L'interdiction. — L'internement de M. de Balbi à l'hospice de Senlis. — ■ Les démarches d'Armand de Balbi. — Mort du comte de Balbi.
. Dès son arrivée à Paris, la famille de M. de Balbi s'était émue, à juste titre, de ses excentricités et s'était empressée de le faire surveiller par son ancien valet de chambre Girard qui, nous
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! avons vu, s'était refusé à le suivre clans son voyage. Ce fut par lui qu'elle fut mise au courant de ses extravagances. En même temps, on apprenait la manière déplorable dont il s'était comporté à Brie, en son château de Vaudois 1 et une multitude de lettres écrites par lui à tort et à travers, à une foule de personnages, ne pouvaient laisser aucun doute sur son état mental. Son agitation devenait dangereuse, ses dilapidations d'argent prenaient des proportions inquiétantes et il avait déjà passé à des tiers, pour toucher ses revenus, plusieurs procurations qui pouvaient le mener à la ruine. Il était grand lemps d'agir; on l'installa avec des gens sûrs chargés de veiller sur ses dépenses et sur sa personne, dans une maison de la rue du Hocher, « près de la petite Pologne », et l'on s'occupa de le faire interdire.
Ce fut son grand oncle maternel, Louis-Samuel Lenoir, écuyer, seigneur de Mézières, ancien conseiller secrétaire du Roi, payeur de rentes à l'Hôtel de Ville qui prit l'initiative de cette mesure et, le 15 février 1781, il adressait dans ce sens une requête au lieutenant civil du Châtelet.
1. Le château de Yaudoi*, situé près de Brie-Comte Hubert, était indivis rntre lui et sa tante la marquise de Tracy, née Yerzure, et faisait partie du domaine laissé par l'aïeul maternel de Mme de Ualbi, Nicolas-Bona>cnture de Yerzure.
l'interdiction
En même temps, il convoquait les plus proches parents du malade « afin de recueillir leur avis sur ce qu'il convenait de faire pour la sûreté et conservation de la personne et des biens du corn te de Balbi, époux de la dame Anne-Jacobé de Gaumont-La Force, encore mineure, ex positive que, depuis quelque temps, ledit comte de Balbi lui paraissait dans une aliénation d'esprit qui se manifestait par des discours et emportements convulsifs. »
Ces parents appelés à faire partie du conseil de famille sont au nombre de sept. Ce sont :
1. — Louis-François, marquis de Sahran, brigadier des armées du Koi, demeurant à Paris, en son hôtel rue d'Anjou, au Marais, cousin maternel.
2. — Antoine-Louis-Claude Destut, comte de Tracy, mestre de camp en second du régiment de Royal - Cavalerie, demeurant à Paris, en son hôtel, rue de Bourbon, cousin germain maternel.
3. — Alexandre-Guillaume de (îalard de Béarn, comte de Brassac, colonel commandant du régiment de Béarn et premier écuyer de Madame Victoire de France, demeurant à Paris, en son hôtel, rue de la Planche, cousin maternel de Mine la comtesse de Balbi.
4. — Louis-Marie, marquis d'Estourmel, brigadier des armées du roi, mestre de camp en second du régiment de Conti-Dragons, demeurant à Paris, en sou hôtel, rue des Saint-Pères, paroisse Saint-Sulpice, « bel -oncle
maternel de la comtesse de Balbi, à cause de M"" Pinliberte - Renée de Galard-Béarn de Brassac, son