‹ Les reines de l'émigration: Anne de Caumont La Force, comtesse de BalbiChapitre 62 sur 206 · Lr Nôtre. Le l'et il- Luxembourg, le Monde moderne · texte numérisé non relu

Lr Nôtre. Le l'et il- Luxembourg, le Monde moderne

draper le lit et recouvrir les gondoles et l'ottomane, taffetas blanc encore aux rideaux des fenêtres du salon et du boudoir; toile de Jouy à sujets azurés dans le cabinet de toilette.

Les marbres eux-mêmes ont été soigneusement assortis aux couleurs favorites de la belle comtesse. Dans la chambre à coucher, le chambranle de la cheminée est en marbre « bleu veiné avec moulures et consoles cannelées », celle du boudoir est « en bleu Turquin », la salle à manger est dallée en carreaux de pierre de liais à pans, remplis de petits carreaux de marbre bleuâtre ». Des tablettes de marbre blanc servant à la desserte, une grande statue et des vases d'albâtre complètent la décoration 1 .

La caractéristique du mobilier est l'abondance des tables de jeu qui vous frappe dès l'abord; il y en a une, à jeu de dame, dans l'antichambre, et, dans la salle à manger, on en compte jusqu'à quatre : deux en drap vert pour le cavagnol, le wïsth ou le quinze, une aulre à loto et une autre encore à trictrac.

Comme nous l'avons dit, Mn,p de Balbi amène avec elle son jeune fils dont elle n'a pas voulu se

I. Archives nationales, R5 papiers des princes. Provence. Mémoires laits pour le service de .Monsieur, frère du roi, au palais du Luxembourg sous les ordres et conduite de Chalgrin, premier architecte, par Caubert, entrepreneur de maçonnerie, à Paris.

110 I.A COMTESSE DE BALB1.

séparer; et, bien qu'elle semble peu faite, nous le savons, pour ce rôle de jeune mère près d'un enfant en bas âge, elle le garde auprès d'elle et l'installe avec sa nourrice dans son appartement. Pour elle-même elle a un nombreux personnel, femme de chambre, maître d'hôtel, chef de cuisine et cocher, sans compter les sous-ordres.

Son installation au Luxembourg, du reste, ne lui fera pas abandonner son appartement de Versailles, celui-là même où elle a vécu avec son mari et qui a été le théâtre de la scène de violence qui a amené sa séparation. L'appartement, comme tous ceux dont on dispose au château, est dans des dimensions modestes et ne se compose que de trois pièces; elle y laisse les meubles qui le garnissent, fauteuils recouverts de satin blanc, meubles de marquelterie, tentures de damas bleu, et, n'ayant pas d'argent pour acheter ce qu'il-lui faut au Luxembourg, elle prend tout à crédit chez un tapissier.

En attendant que le conseil de famille ait statué sur sa position pécuniaire, elle contracte un emprunt et, sur la demande expresse de Madame, le comte de Provence lui verse la somme de 100,000 livres par ordonnance du 10 février 1781. Cette avance ne sera pas un cadeau. Quelques mois plus tard, lorsque le

MADAME DE lîAl.lîl FAVORITE. 111

conseil de famille, après l'interdiction de son mari, lui rendra la disposition de ses biens, elle se libérera vis-à-vis do Monsieur qui ne lui en servira plus que la rente à titre viager1.

Ces deux installations, du reste, ne tarderont pas à sembler insuffisantes à la favorite du comte de Provence lorsque sa puissance se sera affirmée davantage; nous la verrons obtenir, un peu plus tard, à Versailles, un appartement dans le château, de dimensions toutes différentes de l'ancien, et Monsieur lui fera construire un luxueux hôtel sur les jardins même du Luxembourg. Enfin, pour dernière fantaisie, elle voudra, comme la Heine, comme la comtesse de Provence et Madame Elisabeth, avoir sa petite maison à Versailles et le prince s'empresseiade satisfaire son caprice en lui faisant élever un délicieux asile à l'entrée des bois de Salory, près de la pièce d'eau des Suisses.

Ces diverses étapes marqueront les degrés de sa faveur qui va désormais s'affirmer chaque jour davantage.

Le comte de Provence, né en \T\o, était à ce moment âgé de vingt-six ans. Bien que légèrement alourdi par un embonpoint précoce, c'était un fort bel homme au front haut, aux yeux bleus,

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