Mémoires de Castellane
mais qui maîtrise son âme avec un despotisme contre lequel échouent même l'intérêt et la vanité. »
Comme nous l'avons vu, en effet, dans un précédent volume, on jouait avec fureur à Versailles et l'exemple partait de trop haut pour qu'il pût être facile de mettre un frein à cette passion dévorante. La Reine avait un goût immodéré pour le jeu, et les sages remontrances de Louis XVI n'avaient pas réussi à mettre un frein à cette malheureuse passion. Malgré ses défenses expresses, on jouait, au pharaon chez elle ou chez Mn,c de Guéménée *; le comte d'Artois comptait parmi les parieurs les plus forcenés et tous les princes et les grands seigneurs l'imitaient à Penvi.
Le salon de la marquise de Dresneuc était, avec celui de Mm0 de Montesson, femme morganatique du duc d'Orléans, 2 un de ceux où la partie était
1. La princesse de Rohan-Guéménée était gouvernante des enfants de France, ce fut la duchesse de Polignac qui lui succéda.
2. Charlotte-Jeanne Béraud de La Haye du Riou, marquise de Montesson, née en 1737 à Paris, où elle mourut le G lévrier 1806.
Issue d'une bonne famille de Bretagne, elle était restée veuve à \ trente-deux ans en 1769 du marquis de Montesson, qui comptait un nombre considérable d'années de plus qu'elle. Son mariage secret avec le duc d'Orléans eut lieu en 1773 et bientôt les fêtes et les représentations théâtrales qu'elle organisait sans relâche pour varier les plaisirs du prince devinrent justement célèbres. Devenue
la plus formidable. Elle recevait la société la plus élégante de Versailles et c'est là que se réunissaient « les belles duchesses et les jeunes évoques1 ». C'est là que se retrouvent MM. de Travanet, du Lau, de la Vaupalière, d'Etcheparre, de Saissevat8, le duc de Coigny3, le marquis de Conflans4, le marquis de Siïïery Les pertes souvent sont effrayantes. En une seule séance, le comte de Chabrillan, tout nouvellement marié à M"" d'Aiguillon, perd au trente-et-quarante 73,000 livres, et, le même soir, le duc de laïrémoïlleperd 156,000 livres chez M. de ltoisgelin. Aussi, voiton éclater parfois les incidents les plus pénibles et, au jeu même de la Heine, une scène des plus vives
veuve de ce second mariage morganatique en 1785, elle vécut au milieu d'un cercle d'amis, traversa heureusement la Révolution et retrouva sous Napoléon la plus grande considération et la plus haute faveur.
Klle était la tante de Mme de Genlis, dont sa mère était la soeur utérine.
Ses restes, réunis à ceux du due d'Orléans, furent inhumés dans l'église de Seineport, paroisse du château de Saint-Assise, près Melan.