‹ Les reines de l'émigration: Anne de Caumont La Force, comtesse de BalbiChapitre 67 sur 206 · Voir également lilly, Mémoire*, tome 11, page · texte numérisé non relu

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des salons où le monde, sans lui être hostile, lui témoignait une certaine froideur.

» Je m'étais mise en visite, écrit-elle le 9 juin 1784, j'allais d'abord chez la princesse de Chimay, dame du palais de la Reine. J'y trouvais un essaim de jolies femmes charmantes ; son salon ressemblait à une belle volière dorée où gazouillaient les plus jolis oiseaux du monde. Mmc la marquise de Laroche-Lambert, née Fitz-James, a une voix délicieuse et un goût exquis : elle chante souvent avec la Reine. Une autre personne était là aussi, qui soulevait bien des discussions, que les uns voyaient, les autres ne voyaient pas, et pour la défense et pour l'attaque de laquelle on s'échauffait. Quelqu'un me dit tout bas qu'elle n'était point de l'intimité de Mmo de Chimay, ce qu'il y a de sùr, c'est qu'elle était là et qu'elle n'y semblait pas gênée.

»... Mn,e de Balbi s'est séparée de son mari après un esclandre que je préfère ne pas raconter.

» Cela fit beaucoup de bruit dans le monde, de 1778 à 1780, et elle a toujours passé depuis pour être en grande faveur auprès de Monsieur.

» Ce n'est pas une femme politique, c'est une femme agréable; sans être jolie, elle est pleine de grâces et d'agrément, mais surtout de frivolité ! Sa gaieté est intarissable, aussi sa société

est-elle recherchée avidement. Elle est aimée de beaucoup de gens qui ne savent pas pourquoi, c'est certainement pour cette gaieté même. On la cite partout pour son élégance et son bon goût. Sa maison est ornée d'une multitude de petites merveilles, c'est un modèle du genre babioles si fort à la mode sous le feu roi ; on ne se lasserait pas de les regarder du matin au soir l. »

Mais il est d'autres mémoires de l'époque où Mmc de Balbi est jugée avec plus d'indulgence.

Un autre contemporain, Dutems, écrit dans ses Mémoires (Tun voyageur :

« M,ne de Balbi était belle et avait de l'esprit, des grâces, de l'amabilité. Je n'ai jamais trouvé de conversation plus animée que la sienne, ni plus intéressante. Elle avait beaucoup lu, mais, malheureusement pour elle, sa lecture avait été celle des esprits forts du siècle. »

La Galerie de* Dames françaises'1, curieuse publication éditée à Londres et attribuée à Rivarol 3, donne un portrait de MI,U" de Balbi.

1 . Mémoires de la baronne d'Obtrkirsch. Paris, Charpentier 1853, 2 volumes, pages 93 à 9G.

2. La Galerie des Dames françaises, pour servir de suite à la Galerie des Etats généraux, par le même auteur. Londres 1790. Lescure dans Rivarol et la Société française donne les clefs des personnages qui y figurent.

3. Quelques-uns l'attribuent à Champcenetz ou à Sénac deMeillan.

Elle y est désignée sous le nom d'Àxiane et l'opinion émise sur son compte est des plus flatteuses; citons-en quelques courts extraits :

AxiANE.

« Il faut un certain mérite pour conserver longtemps une conquête que vingt rivales sont toujours prêtes à enlever. Ceux qui en feraient honneur à l'habitude, à la confiance, ne feraient que renforcer mon opinion, car le talent de se rendre nécessaire en suppose bien d'autres.

» Il est des rôles si difficiles à jouer que c'est déjà faire du bien que de ne pas faire de mal, et pourtant, la calomnie qui ne respecte rien, n'a pas dérogé à sa marche en faveur d'Axiane... Elle est femme, c'est-à-dire qu'elle en a les goûts, les faiblesses, l'agrément, la grâce, la beauté... Elle aime à parer sa personne, à orner sa solitude. Tout est soigné chez elle, c'est plutôt un temple où vit une divinité qu'une retraite où vit une veuve consolée! »

Mais, après cette louangeuse apologie dont l'auteur, dans son ouvrage, ne "se montre pas prodigue, il fait le procès de la passion pour le jeu de Mme de Balbi.

Et il ne sera pas le seul : « Je n'ai jamais

connu personne aimant le jeu comme Mme de Balbi, écrira la duchesse d'Abrantès dans ses Salons de Paris 1 ».

« Le fond des joueuses se compose toujours de la duchesse de Luyneset de la comtesse de Balbi... La duchesse de Luynes et Mmc de Balbi étaient, comme de raison, à leur poste à côlé du tapis vert » dira le maréchal de Castellane2.

Et la baronne d'Oberkirsch s'exprime sur son compte de façon identique.

« Mme de Balbi a un grand défaut qui influe beaucoup sur son humeur et même sur sa beauté : elle est joueuse. Elle y met une passion, une furie dont rien ne peut donner l'idée. Monsieur s'amuse beaucoup de ce qu'il appelle ses bacchanales. Lorsqu'elle perd, il lui tient tête et réellement lui seul ose le faire. »

C'est justifier la conclusion de l'auteur de la Galerie des Dames françaises :

« Axiane serait heureuse, dit-il, si ses goûts remplissaient son âme. Trop puérils pour la satisfaire, elle les perd de vue pour le jeu qu'elle adore, qui la tue, que tout l'invite à abjurer,

1 . Histoire des Salons de Pans, tableaux et portraits (tu grand momie, par la duchesse iTAbrantès. Paris, Garnier <> volumes.

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