CHAPITRE VI
Le Jeu de Madame. — Portrait de Joséphine de Savoie. — Ses rapports avec son mari. — Désillusion de ce dernier. — Caractère de la Princesse. — Défaut de culture de son esprit. — Espérance de grossesse. — Bonne entente du ménage. — Marie- Antoinette et Madame. — Montreuil. — Nature de son affection pour sa dame d'atours. — Peu de fondements de cette accusalion. — Ce qu'en dit Contades. — Madame jalouse de Monsieur.
— Amant et maîtresse. — Dangereux exemples. — Les Émigrés.
— Leur courage. — Leurs sentiments. — Les oiseaux de la volière. — Faites vite et partez ! — Le règne de la femme. — L'impuissance de Louis XVIII. — Inanité de cette invention.
— Le procès-verbal d'autopsie. — Une séduisante aïeule. — Ressemblance de M,u de La Force avec M"" de Balbi. — Fidèle amie. — Serviabilité d'Anne de Caumont. — Pluie de faveurs.
— L'hôtel de la rue Madame. — Son emplacement exact. — Sa description. — Nouvelle installation au Luxembourg. — Un nouveau Trianon. — Incendie du mobilier. — Injustice de la duchesse d'Abrantès. — L'appartement du duc d'Orléans. — Le pavillon de Satory.
A toutes les époques de sa vie, jusqu'au dernier jour de son existence qui fut longue et accidentée, Anne de Caumont conservera pour le jeu la même
passion irrésistible et sans doute c'est à son contact que la comtesse de Provence prendra elle aussi pendant quelque temps le goût des cartes et des jeux de hasard, car en 1780 on la voit perdre jusqu'à 50,000 écus1.
Madame subit en eff et de plus en plus l'influence de sa dame d'atours.
Joséphine-Louise de Savoie était alors âgée de trente ans, et dix années s'étaient écoulées depuis qu'elle avait épousé le comte de Provence dont elle était l'aînée de deux ans. La princesse n'était pas jolie et ni l'élégance de la taille ni le charme des manières ne venaient compenser son manque de beauté. De beaux yeux bruns pourtant éclairant son visage dénotaient qu'elle n'était dépourvue ni d'intelligence ni de volonté; mais un défaut complet de coquetterie, un manque absolu de désir de plaire lui enlevaient une grande partie de ses avantages et annihilaient le charme qu'elle aurait pu avoir.
Les rapports avec Monsieur qui, au début du mariage, avaient semblé des plus tendres avaient dégénéré peu à peu en une indifférence presque complète. Son humeur un peu fantasque avait vite découragé le comte de Provence, et comme