‹ Les reines de l'émigration: Anne de Caumont La Force, comtesse de BalbiChapitre 77 sur 206 · Mémoires du maréchal Marmont, duc de Ragust · texte numérisé non relu

Mémoires du maréchal Marmont, duc de Ragust

3. Souvenirs du lieutenant général vicomte de Reiset, publiés par son petit-fils, le vicomte de Reiset. 3 vol. in-8°, Paris, Calmann Lévy. Tome III, page 542.

ses renseignements du médecin chargé de faire l'autopsie (le Louis XVIII en 1824, le docteur Portai, et surtout le procès-verbal d'autopsie luimême revêtu de toutes les preuves d'authenticité désirables.

Le marquis de Hochemore a raconté que Portai, durant l'opération, fit tout haut la remarque devant l'assistance que le Roi pouvait parfaitement avoir des enfants

Enfin, d'après le rapport des trois médecins MM. Portai2, Alibert3 et Dupuytren 4 chargés de l'embaumement du souverain, il demeure prouvé

1. Mémoires secrets du XIX" siècle, par le vicomte de Beaumont- Vassy,page 363. Paris, Sartorius, 1875.

2. Antoine baron Portai, né à GaiUac (Tarn) en 1742, mort à Paris en 1832, célèbre médecin, auteur de nombreux ouvrages estimés.

Patronné à ses débuts par le cardinal de Bernis il était, avant la Révolution, attacbé à la personne de Monsieur qui en fit son premier médecin à son retour en France. Il exerça la môme charge auprès du roi Charles X. Il reçut le titre de baron et celui de commandeur de la Légion d'honneur.

3. Jean-Louis baron Alibert, né à Villcfranche en 1766, mort à Paris en 1837, médecin de l'hôpital Saint-Louis, professeur à la Facullé de médecine, médecin ordinaire du roi Louis XVIII à la Restauration.

4. Guillaume Dupuytren, célèbre chirurgien né en 1777, à Pierre- Buiïière en Limousin^ mort à Paris en 1835, chirurgien en chef de rilôtel-Dieu. Appelé auprès du duc de Berry, le 13 lévrier 1820 et dont les soins qu'il donna au prince soulevèrent de nombreuses critiques. Louis XVIII Pavait nommé seulement médecin consultant, Oiarles X lui donna le titre de premier chirurgien. Il fut créé baron par Louis XVIII. Il est l'auteur de nombreux ouvrages de médecine, de chirurgie et de thérapeuthique.

que la nature avait traité le comte de Provence avec parcimonie, mais que sa conformation était absolument normale et régulière sans que rien puisse venir justifier cette réputation d'impuissance 1 !

Malgré la malignité des propos, malgré la froideur de certains accueils, M,nc de Balbi continue à se montrer partout portant haut la tète, et à fréquenter avec une superbe indifférence, les salons à la mode. Elle n'y est d'ailleurs jamais isolée; jalousée par les uns, détestée par les autres, redoutée de tout le monde en raison de la vivacité de son langage, elle n'en est pas moins recherchée plus que personne; adulée par les hommes, elle est également entourée par les femmes, tant on est attiré malgré soi par son esprit d'enfer, ses piquantes réparties et son entrain inlassable. D'ailleurs soit inconscience, soit dédain, elle semble indifférente aux sentiments qu'on lui témoigne et parait ne même pas remarquer la sourde hostilité ou la prudente réserve qu'affectent à son égard beaucoup des femmes de la Cour. Elle est jeune, elle est belle, elle se sent soutenue par la faveur d'un prince qui, après le roi, est le premier personnage du royaume et elle

I. Histoire de l'ouverture et de V embaumement du corps de Louis XV///, par Ribbes. Paris, Plassan, 1834.

est assurée de l'appui d'une princesse qui l'appelle son amie!

Elle n'en demande pas davantage et jouit largement de tous les plaisirs qu'elle a à sa portée, car elle est sîire de ses forces.

Toujours en mouvement elle ne cesse de se produire, intriguant, causant, jouant, jouant surtout, avide de toutes les satisfactions, elle goûte largement la joie de vivre, le bonheur de s'abandonner à tous ses caprices et de réaliser tous ses désirs.

Parmi les belles aïeules de Mme de Balbi, il en est une dont le nom est connu entre toutes, c'est Charlotte-Rose de Caumont-La Force1, petite-fille du premier maréchal, qui charma la cour du grand roi par son esprit et par sa grâce et l'étonna en même temps par ses aventures et ses malheurs.

Dans le portrait 2 que possède son arrière-petitneveu, Mu* de La Force apparaît en déesse souriante, assise sur les nuées, entourée d'une ronde d'amours; sa beauté comme ses talents sont demeurés célèbres et elle-même a pris soin, dans

I. Charlott«'-Roso de Caumont-La Force née en 1650, près d'Albi, morte en 1724, petite-fille du maréchal Jacques Kompar de Caumont-La Foire, contemporain de Henri IV. Elle a laissé des poésies »-t de nombreux romans historiques: Histoire secrète de Marie de llourgoane; les Fées: Contes des Contes; Manjuerite de Btntrgofjne. Kl le avait été damo d'honneur de la duchesse de Guise.

i. Ce portrait appartient au duc de La Force actuel.

l'un de ces ouvrages, de nous tracer au moral son propre portrait. C'e>t ce portrait dont je voudrais citer quelques passages car il peut s'appliquer d'une façon singulièrement exacte à Mmft de Balbi.

Par une curieuse coïncidence, M,,e de La Force en nous parlant de ses qualités et de ses défauts, de ses sentiments et de ses goûts, semble nous dépeindre fidèlement celle qui cent ans plus tard devait être sa petite-nièce 1 :

« Je suis née indépendante et hautaine, aimant la gloire jusqu'à l'excès. C'est aussi de ce caractère que j'ai pris une fermelé qui m'a empêchée de me laisser abattre par les malheurs; la grandeur de mon courage me fait vaincre tout ce que je crois mal et opposer une résolution au-dessus de mon sexe contre les attaques les plus outrageuses de la fortune.

» J'ai tx^aucoup d'équité, je ne comprends ni le ressentiment des injures ni la vengeance qu'on en peut tirer. Le malheur de mon ennemi triomphe de toute ma colère et dans cet état il n'y a pas d'office qu'il ne reçût de ma générosité, aussi je puis craindre la médisance, mais je n'appréhende pas la juste censure...

1. Les jeux d'esprit ou Ut jnvinenude- de lu princesse de Cwiti à Eu, par M"e de La Force, publié par le marquis de la Grange, Aubry, Paris, 1862.

164 LÀ C05ITKSSE 1>K BALBI.

» Je suis prompte, et quelques fois trop occupée de mes malheurs, je montre une méchante humeur à ceux qui m'approchent. Elle ne va point jusqu'à traverser leur plaisir, elle ne fait qu'empoisonner celui que peut prendre une créature vive, gaie, qui n'était faite que pour les plaisirs et pour la joie.

» Je sais aussi malgré toute la philosophie dont je viens de me louer, que deux passions ont trop d'empire sur mon âme, c'est la tendresse et l'ambition, l'une l'emporte infiniment sur l'autre, je la laisse à deviner.

» J'aime fort la magnificence et quand je consulte mon cœur, je crois que j'avais été formée pour être reine, tant je trouve que celles qui ont été élevées à ce rang suprême devaient avoir mes sentiments.

» J'ai le cœur fort tendre, je sais et je sens tout ce qu'il faut sentir pour bien aimer. Jamais peut-être personne n'eut l'àme si passionnée. La persécution, l'exil, la misère, la mort, l'infidélité même ne me feraient pas manquer à ceux à qui j'aurais donné mon ami lié.

» J'ai de l'esprit dans le tête-à-tête ou avec peu de gens, je me laisse voir tout entière et, comme je bannis la contrainte, ma conversation est comme on la veut, profitable si on me met sur de bons sujets, et agréable si l'on est gai.

» Mon esprit est fort libertin et, quand je suis sans contrainte, et que j'ai l'imagination échauffée je dis volontiers ce qu'on veut et ce qui me paraît propre à réjouir ce que j'aime, pourvu qu'il y ait de l'esprit; l'esprit est une des choses que j'aime le mieux, je trouve que tout le monde en a, mais il y en a peu qui me revienne. »

Ne semble-t-il pas que Mme de Balbi se retrouve tout entière dans ce portrait où n'existe qu'une unique lacune, la mention de sa passion pour le jeu î

A un siècle de distance, les deux mêmes natures renaissent avec les mêmes ombres et les mêmes rayonnements.

Mais si la séduisante aïeule a connu, cent ans auparavant, au temps du grand siècle, les mêmes égarements et les mêmes faiblesses que son arrière-petite-nièce, celle-ci n'est pas une exception dans ce monde brillant et léger du xviii0 siècle. Dans ce temps où il est si difficile d'allier ensemble la vertu et la beauté, la plupart des divinités qui l'entourent sont aussi frivoles, aussi légères et aussi charmantes! Cependant il est un point par lequel elle se distingue de beaucoup d'autres, c'est par la fidélité de ses sentiments pour ses parents et pour ses amis, et par son ardeur à

obliger tous ceux qui lui tiennent par le cœur ou par le sang. Tous vont mettre son crédit à contribution et elle ne va pas cesser de leur faire obtenir sans se lasser les grâces et les faveurs qu'ils sollicitent. Un de ses premiers soins est de faire venir à la Cour sa sœur préférée, Mme de Lordat1 :

« Mn,e de Balbi, dii Louis XVIII dans ses Mémoires2, amena chez la comtesse de Provence la marquise de Lordat, sa sœur, qui venait d'être présentée. Nous la trouvâmes froide, réservée et aussi peu avenante que sa sœur était aimable et gracieuse; du reste, elle possédait des vertus plus essentielles et fut attachée à Madame Elisabeth en qualité de dame pour accompagner. Le mari de la marquise était le chef d'une des plus illustres maisons du Midi et, de plus, baron des États de Languedoc, ce qui équivalait dans cette contrée à la pairie. »

En 1790, elle fera entrer, comme dame surnuméraire de la comtesse de Provence, son autre sœur, la comtesse de Mesnard3.

Les Chabrillan reçoivent également de nom-

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