‹ Les reines de l'émigration: Anne de Caumont La Force, comtesse de BalbiChapitre 85 sur 206 · I. Journal de Hardi/, par Chassin · texte numérisé non relu

I. Journal de Hardi/, par Chassin

± L. Dussieux, Le Château de Versailles. Histoire et description. Versailles, Bernard, 1881, i vol., in-8°

:\. La garde-robe de Madame se composait de cinq pièces dont trois à cheminées, une soupente et un bûcher.

4. Ce sont les grands appartements du rez-de-chaussée que M. de Nolhac a restaurés avec tant de science et de goût.

Mais la favorite était d'humeur changeante et ne savait guère borner ses ambitions; elle voulut, comme les princesses, avoir aussi « sa petite maison » et Monsieur, cette fois encore, n'eut garde de résister à son désir.

Il possédait, derrière la rue de Satory, de vastes terrains avoisinant le potager, qu'il avait achetés aux missionnaires de Saint-Louis1; il y fit tracer par Chalgrin un délicieux jardin anglais avec des rochers, une pièce d'eau et des cascades dont plusieurs existaient dernièrement et subsistent peut-être encore dans le jardin du grand séminaire. L'entrée se trouvait au numéro 38 de la rue de Satory. Un élégant pavillon y fut construit par Chalgrin à l'entrée du bois, du côté de la pièce d'eau des Suisses. La maison n'avait qu'un étage, mais Mme de Balbi en avait elle-même tracé les plans de concert avec Monsieur, et le goût le plus pur avait présidé à sa construction ; tous les raffinements du luxe, toutes les recherches de l'élégance s'y trouvaient réunis; elle y faisait de

1. Os terrains, situés près du potager, appartenaient aux missionnaires de Saint-Louis et aux sœurs de la Charité de la même paroisse. Ils faisaient partie d'un don de terrain fait par Louis XV à la paroisse Saint-Louis en 1730 pour y établir une maison de charité. Ils s'étendaient entre le mur de la rue de Satory au soleil levant, l'allée de la pièce d'eau des Suisses an couchant, les murs du potager au midi et les glacières au nord.

178 LA COMTESSE DE li.VI.Ul.

fréquents séjours et n'avait pas eu de peine à y grouper autour d'elle une société d'élite.

Le pavillon, de nos jours, a entièrement disparu; construction fragile et légère, il fut vendu en l'an V lorsque Mme de Balbi, inscrite sur les listes d'émigrés, vit ses biens confisqués, et il fut rasé l'année suivante.

Vingt-cinq ans plus tard, déchue de son ancienne puissance, la favorite du comte de Provence, vieillissante et appauvrie, mais l'esprit toujours vif et la tournure encore alerte, revenait à Versailles et c'est dans ce même quartier qu'elle venait modestement fixer ses pénates à quelques pas de son ancienne résidence, tardivement atlirée sans doute par le souvenir enivrant de ses anciens triomphes et de ses brillantes années de beauté, de conquêtes et de splendeurs 1 .

Page 1