Archives du département de l'Aube
5. Slarie-Cunégonde-Hedwige-Françoise-Xavière-Florence, princesse de Saxe, née le 10 novembre I7'»0, ahbcsse de Thorn et d'Kssen, morte le 26 avril 1816.
nouer pendant deux ans toutes les intrigues et s'élaborer tous les plans de la coalition. Louis XVI, en effet, dès le 8 juillet, enverra à ses frères le renouvellement des pleins pouvoirs qu'il leur avait précédemment octroyés pour agir à leur guise au mieux de ses intérêts, et Monsieur deviendra le chef incontesté qui va prendre toutes les décisions et commander en maître. Coblentz est la capitale de l'émigration et c'est là que Mme de lialbi va exercer sa souveraineté et occuper une place unique et incontestée.
C'est à Schônbornlust vaste résidence située aux portes de la ville, que l'Électeur offrit à ses neveux une royale hospitalité. Les deux princes, avec leurs suites, allaient y être presque entièrement défrayés.
Le magnifique château qui s'élevait à trois kilomètres de Coblentz servait aux princes de la maison de Saxe d'habitation d'été. C'est vers 1740 que le prince électeur Franz-Georges de Schônborn fit commencer les constructions qui ne furent entièrement achevées qu'en 1752. Les plans en avaient été tracés 2 par le célèbre architecte
1. Le nom de Schônbornlust peut se traduire par maison de plaisance du comte de Schonborn.
2. Dès 1732, Neumann avait préparé des plans pour construire une faisanderie sur remplacement même où il éleva un peu plus tard le château. Archives de la ville de Coblentz.
LA COMTESSE DE BAUil.
François Neumam qui introduisit en Allemagne le style auquel on a donné le nom de « Rococo » et qui construisit les châteaux de AYursbourg et de Brûlh. Il n'existe ni gravure ni dessin du château de SchOnbornlust mais, d'après les descriptions et les inventaires de mobilier de l'époque, il est facile de se rendre compte qu'il était grandiose et splendidement décoré Le corps de bâtiment principal, haut de trois étages, terminé par deux vastes ailes, s'étendait à droite et à gauche d'un large pavillon central de la plus noble ordonnance. C'était là que se trouvaient deux grands salons d'honneur reliés par une immense salle d'audience. Le château contenait de nombreux et magnifiques appartements, ainsi qu'une vaste chapelle et les communs renfermaient des écuries assez vastes pour loger tes chevaux d'un régiment tout entier. Dans le parc s'élevaient quatre pavillons, une piscine et une faisanderie. Enfin, une imposante avenue ouvrant devant la façade une large perspective reliait cette royale demeure au faubourg de Coblentz, sur la rive gauche de la Moselle.
Rien, on presque rien, ne subsiste de toutes ces
1. Communication de MAI. P. Richter etR. Knipping, archivistes à Coblentz, qui m'ont de la façon la plus aimable facilité mes recherches.
splendeurs. Après avoir servi de refuge aux princes pendant l'été et l'automne en 1791, Schônbornlust devint le quartier général au roi de Prusse en juillet et août 1792, puis fut pillé et détruit par les armées républicaines lors de l'attaque de Coblentz en 179i. Les paysans des environs achevèrent d'en disperser les restes1 et les ruines elles-mêmes ont disparu, justifiant une fois de plus la parole du poète de la Pharsale : Etiam perfore mince! Sur l'emplacement s'élève maintenant le couvent de « Maria Trost », refuge destiné aux jeunes filles repenties, tenue par des religieuses cloîtrées de l'ordre du Bon Pasteur.
Deux étages superposés de hautes salles souterraines, que j'ai visitées, et qui s'étendent sous les nouveaux bâtiments, sont les anciennes caves du château, et deux coquets pavillons du xvme siècle, encore teintés de rose, sont tout ce qui reste des dépendances et des vastes servitudes. J'ai parcouru les allées d'un petit parterre à la française, planté de vieux ifs contemporains du château, et je me suis promené sous les ombrages de l'ancien parc amoindri et morcelé. Dépouillé de ses bosquets, veuf de ses bassins et de ses statues mythologiques, il
1. Curiosités et antiquités rhénanes, par Christian de Stramberg :ome II, 3" partie. Coblentz.
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ne contient plus que quelques bancs «le pierre et une petite terrasse à balustre lormant belvédère, où sans doute, bien souvent jadis, vint s'asseoir la séduisante favorite. Rongés par la mousse, envahis par les ronces et les herbes folles, ce sont les derniers témoins de ce passé disparu!
Ce fut le 7 juillet que le comte de Provence, accompagné de Joséphine de Savoie, lit son entrée dans la ville où le comte d'Artois l'avait précédé depuis le io juin.
Dès la nouvelle de l'évasion de son frère et de son arrivée à Mons, ce dernier a quitté Coblentz, est parti en toute haie pour le serrer dans ses bras, gratifié par le bon Electeur de deux mille carolus, témoignage de la joie que lui cause cette heureuse délivrance, jointe à celle du Roi et de la Reine qu'il croit aussi hors de France. A Andernach, les princes sont rejoints par le ministre français Vergennes et, à Reckenheimer, ils trouvent une brillante escorte de cent hommes de garde. Un délégué de l'Électeur les complimente en son nom et, à l'aide d'un petit canon, donne le signal des salves qui saluent leur entrée à Coblentz. Les trois altesses arrivent à Schonbornlust et, après quelques minutes de repos, montent dans un carrosse à neuf places qui les conduit à la résidence.
Sur le seuil du Palais, ils trouvent l'Électeur
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et son frère, le prince Xavier, arrivé de la veille f (jui les accueillent avec la plus vive tendresse. En haut du grand escalier, se tient la princesse Cunégonde et, après quelques instants d'afl'ectueux entretien, les présentations ont lieu dans la salle d'audience. Le général de Wentz harangue Monsieur, puis Clément- Wenceslas fait agréer au prince le colonel de Landenberg comme aide de camp et le colonel de Heich comme chambellan à Madame. Après un repas de vingt-six couverts, qui termine cette première journée, les princes rentrent à 8 heures à Schônbornlust. C'est laque, le lendemain, l'Électeur leur rend visite en grande pompe avec les ministres, la Cour et toutes les dames de Coblentz. Dans la grande salle d'honneur, on forme le cercle dont les princes font le tour. M""' de Dalbi fait les présentations à Madame, le comte d'Hautefort à Monsieur et le duc de Mailly au comte d'Artois. D'après l'étiquette en honneur à Coblentz, on n'ôte pas les gants et les seigneurs se contentent de faire une profonde révérence sans toucher la main 2.
1. Le prince Xavier pressentant l'orage révolutionnaire avait quitté la France depuis un an et s'était retiré dans son château de Zabelitz où il mourut le 21 juin 1806.
2. Journal du Grand maréchal de la cour de l Électeur, comte Koos de Waldeck.
Le 10, a lieu l'arrivée de Bouille venant du Luxembourg où il s'est réfugié après le désastre de Varennes. Il es! reçu par les princes et les Condé à la Résidence, et on l'écoute avec angoisse raconter les épisodes du drame où la royauté vient de sombrer d'une façon définitive. Beaucoup le plaignent de son insuccès sans blâmer sa conduite, mais il en est d'autres qui se montrent plus réservés et on remarque l'extrême froideur que lui témoigne, le prince de Condé.
De brillantes réceptions et de pompeuses cérémonies se repètent pendant plusieurs jours, tandis que les deux princes et la princesse s'installent dans leur nouvelle résidence. Monsieur se réserve toute l'aile droite du château. Madame choisit le rez-de-chaussée de l'aile gauche pour elle et sa maison dont fait partie, bien entendu, Mn,e de Balbi, et le comte d'Artois se loge au-dessus de sa belle-sœur au premier étage. La grande salle des fêtes du pavillon central du château sépare les appartements réciproques du comte et de la comtesse de Provence.
En même temps, les princes donnent des ordres minutieux pour le règlement de chaque our. Le grand lever a lieu à 10 heures; à 11 heures, messe; à midi, déjeuner; à 6 heures, dîner; le soir, à 11 heures « limonade et lait
f] amande » Pour l'organisation intérieure de leurs maisons, le bon Électeur a pris soin d'épargner tout souci à ses neveux en prenant à sa charge la dépense presque complète. Le linge, l'argenterie, le gibier, la viande, le pain, le vin de table, le bois, le charbon, le fourrage sont fournis par lui; il entretient à ses frais dix personnes de service à Schônbornlust, et s'engage en outre à fournir les chevaux de poste2 qui assurent les perpétuelles communications entre le château et la ville.
Ces énormes dépenses que Clément-Wenceslas a consenti à prendre à sa charge vont s'élever en peu de temps à un chiffre colossal. L'Émigration, en effet, qui se continue régulièrement depuis deux ans, prend tout à coup un nouvel essor et augmente en peu de temps dans des proportions fabuleuses. L'arrivée de Monsieur hâte les retardataires et décide les hésitants; son évasion a été le signal d'un départ général, on émigré en masse, non seulement de Paris, mais du fond de toutes les provinces, et c'est à Coblentz qu'on accourt
1. Denhwiirdigen und nutzlichen Orheinischen Antiquarius Abteitung III, Band II, »• iSO ; Coblentz.
2. Montgnillard. Histoire secrète de Coblentz pendant la Révolution des Français. Londres 1795.
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en foule se grouper autour des deux princes, avec un enthousiasme sans cesse croissant.
Il faut nécessairement enrégimenter sans tarder tous ces volontaires qui viennent offrir leurs services, et s'occuper de l'organisation des divers corps. Le premier soin des frères de Louis XVI a été de créer pour chacun d'eux des maisons militaires plus fastueuses et plus nombreuses qu'elles ne Tout jamais été à Versailles.
Les gardes de corps de Monsieur ont l'habit rouge, le gilet blanc, les épauleltes avec les aiguillettes d'or, et la culotte bleu de Roi avec la l>otte montant jusqu'au dessus du genou. Les gardes du comte d'Artois ne leur cèdent en rien pour l'élégance de l'uniforme: ils portent l'habit vert galonné d'argent à parements et collet cramoisis.
11 y a la garde à pied et la garde à cheval et c'est le comte d'Avaray et le comte Charles de Damas1 qui en sont nommés commandants. Nombreux également sont les ofticiers attachés à la personne des deux princes : parmi les adjudants généraux on voit figurer les noms de MM. de Virieu, de Nesles, de Crenay, de Fumel, de Cossé,
1. Joseph-François-Louis-César-Charlos, comte de Damas, né en 1758, mort en 1829. Devenu lieutenant général et pair de France sous la Restauration. Il avait épousé en 1779, Lonise-Aglaé An- «Irault de Langeron.
de Malsaigne, et, parmi les aides de camp, MM. de Béthune, de Contadesl,dePolastron2, de La Force1, de Lamoignon. Toutes les petites villes Rhénanes deviennent les conquêtes de l'émigration. A Trêves, les troupes de celle-ci sont plus nombreuses que celles de l'Électeur et il en est de même à Mayence, occupée par les troupes du prince de Condé.
A Mayence, l'armée royale ne comprend pas moins de 25,000 hommes. C'est un envahissement véritable. Aux gardes du corps des deux princes viennent s'ajouter les dragons de la couronne, et les légions de Mirabeau et de Polignac. Une compagnie spéciale pour chaque province se compose des gentilshommes qui en sont originaires et on compte encore, avec les compagnies rouges et les gardes françaises, nombre d'autres régiments nouvellement formés.
Ces nouveaux corps portent un habit bleu de roi à boutons d'or ornés de fleurs de lys, avec collets et parements rouges. On y rencontre même des femmes : le comte de Neuilly cite Mn,e de La Houssaye, « grande et forte comme un homme », qui trouva Ja mort sur le champ de