Journal du grand maréchal de la Cour, comte de Waldeck
ministre vient s'étendre nonchalamment entre ses deux admiratrices et y mentir à plaisir. On l'écoute et l'on rêve... On va rentrer en France, on franchit la frontière; aux premières sommations, les villes ouvrent leurs portes et Paris reçoit les vainqueurs avec des acclamations enthousiastes! On ne s'arrête pas longtemps dans la capitale, c'est à Versailles qu'on accourt et, bien plus que de replacer le Roi sur son trône, on s'occupe à restaurer M,ne de Polignac dans son salon, à rendre la direction des affaires à M. de Galonné et à organiser des fêtes au Petit-Trianon !
Bien entendu, le jeu fait aussi les frais des longues soirées, on joue avec fureur. M. de Contades, qui allait souvent chez Mmefi de Poulpry et de Loge, nous en donne l'attestation : « Nous sortions avec ces dames pour aller jouer chez Mu,e de Balbi, mais là, je perdais tout mon mérite. J'étais plus complaisant pour les accompagner à Paris en rêve que pour leur laisser gagner mon argent en réalité. Là, j'élais un homme détestable. D'une main, je leur montrais froidement un quinze qu'elles m'avaient laissé faire en premier et, de l'autre, je prenais leur enjeu. Elles me regardaient avec des yeux terribles, et empruntaient trois louis pour courir après les autres. Quand elles avaient épuisé toutes leurs
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ressources, M. le comte d'Artois paraissait sur la scène jouant très bien et très heureusement. Presque toujours il réparait leurs pertes et leur gagnait quelque chose au delà. J'ai vu une fois MIUC de Lage, tout en jouant dans la chambre de Monsieur, qui était malade, parler politique, lui donner des conseils et lui faire part de ses plans personnels de rentrée en France. Sa politique impertinente eut un mauvais succès, car Mme de Balbi, avec l'avantage qu'elle avait sur elle à tous égards, lui fit sévèrement comprendre l'inconvenance de ses propos. 1 »
Jeu, intrigue, amourettes, c'était en somme les plus grandes préoccupations de bien des émigrés à qui, nécessairement, la situation ne pouvait apparaître sous son jour véritable et que la présence des « jolis oiseaux » de Versailles devait entretenir dans toutes les illusions.
Mais sur cette petite cour de Goblentz, il est une femme qui règne en souveraine, devant la volonté de laquelle, bon gré, mal gré, tout le monde s'incline, c'est Mmfl de Balbi chez qui, chaque soir, tout Coblentz se réunit et du salon de laquelle on voit sortir l'opinion toute faite.
Le comte de Neuilly nous a donné, dans ses