‹ Les relations internationales des industries de guerre;Chapitre 11 sur 57 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Il y a des auteurs — et non des moindres, même parmi les pacifistes — qui soutiennent la thèse qui suit : « La guerre exige aujourd’hui la mobilisation de toutes les industries et il est en pratique impossible de distinguer entre celles-ci. Il n’y a plus d'industries de guerre; il n’y a que des fabrications de guerre. »

Le sophisme est un peu gros, et l’on Al étonné de voir des esprits distingués s’y laisser prendre et même l’affirmer.

Si l’on adoptait une logique aussi singu-.

lière, on pourraït dire aussi: « La guerre … exige aujourd'hui la mobilisation de tous les :

hommes et il est en pratique impossible de

distinguer entre eux. Il n’y a plus de militaires, il n’y a que des actes de guerre. »

Pourtant, on conviendra qu’il y a une certaine différence entre un civil occupé de commerce, désireux de paix parce que la guerre serait pour lui la ruine et le danger, et un offi- . cier de carrière, qui, s’il a l’ambition légitime de son métier, peut trouver dans la guerre l’occasion de se distinguer, et qui, en tous ca vit de la préparation à la guerre. Me II semble qu’on soit fondé à établir la même distinction entre industries de paix et industries de guerre. re Les industries de paix sont celles qui ont 2 avantage à la paix parce que leur dévelop … pement normal et leur prospérité exigent le calme d’un monde tranquille. ee

Les industries de guerre sont celles qui par-

ticipent aux armements de la paix et qui vivent des armements et de la guerre. | Entre les deux — il est rare que la vie soit … simple jusqu’à se laisser classer en catégories autonomes — se trouvent les industries | qui tirent quelque avantage des armements, soit qu’elles fournissent un peu l’armée, soit qu’elles fournissent les industries de guerre. On pourrait faire une catégorie spéciale des industries impérialistes, qui suivent le pavil- :

lon, aux colonies ou à l'étranger, RAS ou

essentiellement exportatrices, elles aussi génératrices de guerres.

Enfin, on ne doit pas oublier ce que dit Alphonse CourTois dans son Histoire des Banques en France, au sujet de l’activité exceptionnelle de la plupart des industries dans la zone de l'arrière en temps de guerre. La guerre mondiale a enseigné beaucoup quant aux fortunes de guerre, et l’on sait que pendant les hostilités les industries sont presque toutes industries de guerre, prospérant grâce à la guerre.

On est donc fondé à classer dans les industries de guerre, en temps de paix, un nombre assez limité d'industries spéciales, qui font leur objet essentiel des fournitures pour larmement, entre autres la métallurgie et la chimie. Sans doute, bien des firmes travaillent aussi pour la consommation civile; mais qui ne verra qu'il y a là pour elles un pis-aller, une nécessité qu'elles avouent, pour vivre entre deux guerres : l’histoire démontre que la fortune des industries de guerre se fait par la guerre, et l’on en donnera un exemple.

Il est bon de laisser une certaine souplesse aux définitions, et nul ne songera à placer les fabricants de chaussures parmi les industriels de guerre, sous prétexte qu'ils fournissent l'armée, tandis qu’on n’hésitera pas à y compter les mines de nickel qui sont indispensables aux fabrications d’aciers spéciaux.

En réalité, les industries de guerre sont re- -doutables pour la paix moins parce qu’elles

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vivent de la préparation à la guerre en attendant que la guerre les enrichisse que parce que les industries principales sont groupées, dirigées par des financiers unis autour d’intérêts communs malgré leurs rivalités, disposant d’une puissance considérable dans la société par l’argent et par leurs relations : administratives, militaires, diplomatiques, politiques, et même gouvernementales; sans parler de leur suprématie sur la presse qui fabrique l’opinion.

On trouve là la raison du silence qui se perpétue autour d’une situation extraordinaire et anormale, à savoir la défense nationale aux mains d’industriels cosmopolites qui fournissent les armements par leurs firmes internationales, sans distinction de pays, tout en protestant de leur patriotisme.

Invraisemblable gageure, qui juge la paix armée, et la présente comme une cynique plaisanterie.

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