‹ Les relations internationales des industries de guerre;Chapitre 47 sur 57 · C. — La Presse · texte numérisé non relu

C. — La Presse

x Nul ne tient contre l’opinion, pas même les

… pouvoirs absolus, que la réprobation de l’opi- … nion finit par emporter, surtout dans les temps

- modernes ou contemporains.

. La presse, et l’on entend par là la grande

presse quotidienne, qui est maintenant encore

ves, ou habilement nuancées, dissiauR parmi les nouvelles, les feuilletons, la partie artistique ou scientifique, partout, mènent l’opinion, qui ne sait rien, pour ainsi dire, que par les grands journaux.

Dans les pays européens et aux Etats-Unis la grande presse est en général aux mains de. quelques personnes, et il en est de même des agences d’information, qui ont une si prodigieuse influence par la déformation qu ‘elles peuvent infliger aux nouvelles.

Un homme d’Etat qui sait à quoi s’en tenir F3 à cet égard, M. Joseph CaAILLAUX, a écrit:

« Par la presse qui flatte, qui outrage, qui menace ou qui diffame selon ce que leurs intérêts commandent, surtout par la presse. qui parle ou qui se tait, suivant leurs volontés, par la presse qui fait l'information, les capitaines d'industrie manient l’opinion. » (ce va la France? Où va l'Europe?).

M. Paul ReBoux, qui s’y connaît aussi, à un.

autre titre, a écrit de son côté, au sujet de la | grande presse française : 5

« Le président du Conseil d’administratior de lAGENCE HAVAS est, on peut le dire, L maître de la presse française. C’est sous ses. auspices que fut fondé ce fameux consortium. des cinq grands quotidiens, idée magistral par l'effet de laquelle toutes les forces, qui.

s’épuisaient en rivalités, s'unissent et grandis : sent encore.

« Il fallait, pour réussir ce chef-d'œuvre de diplomatie, que M. LEON RENIER eût sur ces puissants journaux une autorité incontestable. Il la tenait de l'Agence Havas, distributrice par excellence de la publicité commerciale.

« Son premier acte d'homme consista à

. payer les dettes de son père, qui tenait au coin de la rue d’Aboukir et de la place des Victoires une petite entreprise d'affichage. Il tenta d’intéresser l’Agence Havas à cette affaire flé- chissante et qu’il venait de relancer à force - d'énergie. Il parla, comme il a coutume de le - faire, avec sa vivacité persuasive, sa gesticu- Jation dont s’illustrent ses discours, son abondance verbale, miroitante et pleine d’aisance. L'Agence Havas accepta.

; « En ce temps-là, elle nes occupait que d'in . formation. Elle ne tarda pas à associer ces É deux termes, si bien faits pour être mêlés l’un … à l’autre : information et publicité.

«+ Ce fut la source de la fortune pour M.

È Léon RÉNIER et pour la maison dont il est aujourd'hui le maître. » (Paris-Soir, 2 décem- bre 1925)...

É- Le signataire de ce panégyrique ressemblant …. un peu au pavé de l’ours a oublié un détail. — M. Léon RÉNIER, maître de l’Agence Havas et … par là de la grande presse Française, est un …. ancien failli (Gazette des Tribunaux, 1* dé- … cembre 1883). Il ne fut réhabilité que par ar- — rêt de la Cour d’Appel de Paris du 6 décembre — 1901; il est resté failli durant dix-huit ans. II

n’y a rien là de déhonora ne si, comme on veut le penser, il s’agit d’une faillite ordinaire; on conviendra toutefois que les malheurs com: . merciaux de M. Léon RÉNIER sont une étrange … introduction à son rôle de maître de l’opinion.

M. Léon RÉNIER a mené de rudes batailles d’affaires, et l’une des dernières a été sa … bataille avec feu Henri TuRroT, qui fonde l'Agence Radio pendant la guerre mondiale.

Il est évident que Henri TUROT connaissait 1 fort bien le monde des agences télégraphiques, . ; et ses dêmélés avec l’Agence Havas, où il eût. le dessous, lui ayant laissé quelque amertume, il a publié dans le Progrès Civique en 1920 des études qui ont une certaine valeur. :

€ Au moment de Ja mobilisation, dit-il, 3

Sa phiques: :

« L'Agence Reuter, à Londres;

« L'Agence Wolff, à Berlin;

« L'Agence Stefani, à Rome;

« L’Agence Vestnich, en Russie; 4

« La Correspondanz Bureau, à Vienne;

« L'Agence Havas, à Paris. re

« Ces six grandes agences, au lieu de Fe.

faire une concurrence dispendieuse, s'étaient entendues entre elles et avaient constitué un. régime de correspondance mutuelle, sorte de Consortium, où, se prêtant un appui réciproque, tant au point de vue des capitaux que de l’approvisionnement en nouvelles, chaque agence se réservait l'influence dans son nr

d’origine et renoncaït à empiéter sur le domaine de son voisin.

« Commercialement, la combinaison était habile; maïs la conséquence de ces accords était que la France, l'Angleterre, l'Italie n’ont jamais recu d’information venant d’Allemagne et aussi d’autres pays que par le canal de Agence Wolff, qui exerçait par surcroit une influence directe et exclusive sur la plupart des petites agences des puissances secondaires comme la Suisse, la Roumanie, la Suède. »

Le 7 janvier 1918, Henri TUROT écrivit au président et aux membres de la Commission des Affaires Etrangères une lettre où il posait des questions auxquelles il n’a jamais été répondu :

1° Est-il exact que M. Léon RÉNIER qui joue

un rôle prépondérant à l’Agence Havas a bé-

néficié d’un chèque de 25.000 francs provenant des fonds Bolo ? À quel titre et pour quels services a-t-il encaissé cette somme ?

2° Quels sont les actionnaires de l’Agence

Havas ? Dans la période qui va de 1905 à 1916, soit au cours de dix années, il ne s’est jamais présenté aux assemblées générales de l’Agen-

ce Havas que 2.049 actions au minimum et 3.343 & actions au maximum, sur les 17.000 ac-

4 tions souscrites en numéraire lors de la cons-

- titution en société anonyme, en juillet 1879. - Qui détient les 14.000 actions qui ne se pré-

. sentent jamais aux assemblées ?

3° Quelle est la nationalité du gendre de

demain de la mobilisation ?

4° Est-il exact qu’on aït trouvé dans 1 papiers du défunt un contrat qui iait ..

le Gouvernement Autre ?

11° Est-il exact qu’aux termes du contr qui, avant la guerre, liait l'Agence Havas l'Agence Wolff, les deux agences s’obligère réciproquement à transmettre et à assurer la … diffusion dans les pays soumis à leur influence respective, de certaines informations de pi pagande envoyées par Le alliée FAR

le Progrès Civique une lettre datée du me tembre 1917 et signée de Jean GaLMor. Cett

avocat de MM. Cuiris et François CARNOT, ancien secrétaire de M. Raymond PoINCARÉ, au Tribunal de Commerce de Paris, à l’occasion du procès entre GALMOT, leur ancien fondé de pouvoirs, et MM. Cuiris et CARNOT. GALMOT écrivait :

« J'ai reçu la visite de M. Weiss, inspecteur général des Mines, qui est venu me faire part d’une conversation avec le Président de la Ré-

- publique (M. PoixCaARÉ), au cours de laquelle le Président aurait manifesté sa satisfaction … de voir l’entreprise Radio, à la création de la- - quelle il a contribué, passer aux mains d’un - groupe de grands industriels français.

« Le Président de la République aurait ma-

nifesté le désir de rencontrer MM. Georges Cxiris et François CARNOT (qui faisaient parà tie du groupe), pour leur communiquer quel- ques renseignements confidentiels concernant __ l'Agence Havas.

: « Ces renseignement m'ont d’ailleurs été . donnés par M. WEiss,; ils concernent les at- - taches allemandes d’avant-guerre de l’Agence …—. Havas, le suicide du directeur général de …. l'Agence Havas, M. PoGNoN, et le mariage de n Mile PoGnon avec un des chefs de l’espionna- … ge ailemand à Paris, qui a été fusillé à la dé- … claration de guerre. »

…. On doit répéter qu’autant qu'on sache au- … cun démenti n’a été apporté aux articles de . Henri Turor.

— Dans tous les pays, les grands journaux sont d’ailleurs aux mains de financiers, plus

234 LES RELATIONS INTERNATIONALES ou moins liés aux fabricants de guerre, et faisant souvent qu’un avec ceux-ci. pes Jadis, le Comité des Forges a possédé p République Française, de Méline. Il y a peu d mois, il a pris le contrôle du Temps, d’accor avec le Comité des Houïillères. Le Temps a é mis en société anonyme, et deux directeu ont été nommés : M. Jacques CHASTENET, ‘qu était directeur de l’Union des Mines et qui re: présente le Comité des Houillères; et M. Emi MirEAUXx, directeur de la Société d'Etudes.

d’'Informations Economiques (création du Co mité des Forges), représentant le Comité de:

Forges. (Nouvelles Economiques, cit. Comme taires, 2 juillet 1929). Le Conseil dada tration comprend :

M. Joseph BARTHÉLEMY, membre de lInsti tut; | M. André Bain M. Albert de BIÉVILLE;

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