‹ Les relations internationales des industries de guerre;Chapitre 48 sur 57 · SOL · texte numérisé non relu

SOL

M. Charles DUPLAQUET; M. Adrien HÉBRARD; | e D Emmanuel ROUSSEAU. À A

1932, administrateur de l’A. G. der Dillinger Hüttenwerke, est maintenant ambassadeur de France à Berlin.

M. François de WENDEL, président du Comité des Forges, contrôle le Journal des Débats. sl

On est peu étonné, après cela, de la facilité avec laquelle les industries de guerre, ayant en face d'elles une presse toute en mains des financiers, eux-mêmes cosmopolites, peuvent éviter que l’opinion soit renseignée sur leurs relations internationales et leurs profits formidables. Ils s’en servent pour exciter le nationalisme, inquiéter les peuples, semer des craintes de guerre et récolter des commandes.

M. Richard LEWINSOHN a exposé, avec une souriante ironie, le système habituel des fournisseurs de guerre :

« Les grands capitaines de l’industrie des armements ne sont pas seulement les auxiliaires obéissants de la politique; ils en sont les … facteurs, et parmi les plus puissants. Sans - doute, chez Vickers, on ne s'occupe pas du matin au soir de haute politique; la plus pe- É tite commande fait l’objet d’un examen sé-

… rieux, et l’on ne dédaigne aucun des moyens mis en œuvre par ies maisons de moindre im- … portance pour s'assurer l’écoulement des ar- …— mes produites. Mais on voit plus loin. Lorsque … la politique ne fournit pas assez de comman- - des, eh bien ! il faut s'arranger pour modifier la politique. Car enfin l’industrie des ar-

mements n’est pas là pour servir la politique, mais la politique est là pour servir l'industrie des armements.

« Il faut avoir soin de manœuvrer .

pantins sans bruit. Si grossiers que soient les moyens employés par les agents inférieurs, les grands directeurs, dans la coulisse, doivent conserver leurs gants de peau glacée. |

« Par bonheur, les concurrents mêmes se facilitent la tâche les uns aux autres. Ils se. renvoient la balle et chacun profite de la propagande faite par le voisin. Dans tous les pays, l’industrie lourde entretient des journaux qui combattent systématiquement le pacifisme et attisent la fièvre des armements.

Il n'est nul besoin, comme le font les maladroits, de pousser directement à la guerre. Il suffit de créer et de maintenir chez les peu-. ples un sentiment d'angoisse et le désir d'assu. rer la défense nationale. Chaque pays est toujours menacé de l'attaque de ses rivaux; les adversaires possibles ont toujours l'avantage Ç de l’armement; il faut rester sur ses gardes, l'épée polie et le bouclier en état. De temps à autre, la propagande des armements, accentuant sa manœuvre, lance dans la presse étrangère des nouvelles alarmistes. ane

« En Angleterre, un directeur de la maison nt d’ PER John de qui porte le nom

me de la flotte allemande est au moins su fois plus considérable que l'amiral von Eir-

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PITZ ne l’annonce officiellement. Les rapports

secrets de MuzxriNER sont pris fort au sérieux

par le gouvernement britannique. Pourquoi pas ? Industrie des armements et espionnage ont toujours été étroitement liés. Sur la base de telles informations, BArFouR prophétise qu'en 1912, l’Allemagne disposera de vingtet-un vaisseaux de ligne. En réalité, le chiffre exact est de neuf. Mais dans l'intervalle, le Gouvernement de Sa Majesté a commandé aux chantiers quatre nouveaux dreadnoughts.

Les armements anglais trouvent alors leur écho dans la propagande de l’industrie lourde allemande et dans un élargissement du programme naval von TirPiTz. »

La métallurgie usa du procédé au début de 1914 dans l'AFFAIRE POUTILOFF, la presse prétendant découvrir soudain que Krupp allait prendre le contrôle de la grande fabrique d’armements russe. La dépêche sensationnelle fût publiée le 27 janvier par L'Echo de Parts. La plaisanterie était d’autant plus forcée que depuis 1910 les Usines Poutiloff avaient une communauté d'intérêts avec KruPP et SCHNEI- DER. La Banque de l’Union Parisienne avait avancé 24 millions, soit 120 millions actuels, et les techniciens français et allemands collaboraïent fraternellement à la fabrication des canons russes.

M. Otto LEHMANN-RUSSBULT cite l’exemple de l'AFFAIRE VON GONTARD, signalée en

1913 à la tribune du Reiïichstag par Karl Lies- KNECHT. M. Paul von GONTARD aurait tenté en

1907 de faire insérer dans Le Figaro un cle sut le thème suivant : AE QE étérer 1e

ce revancharde. On doit aïouter, A ralistes, que M. le Gen.-Dir. Geh. Baurat.

ne Paul von GONTARD est maintenant direc

Hugo Stinnes, écrit : « Exception faite de V4 gence Theodor Wolff qui, seule, a pu con ver son indépendance, STINNES possède tes les agences d’information allemand

d'achat de la part de Agen ee io par M. HUGENBERG, ami de STINNES. M. | MERT, désireux de conserver son Res ne

ce, refusa, maïs les circonstances financières

l’y obligèrent par la suite. On attribue égale-

ment à STINNES des agences d’information en

Suisse allemande, en Danemark et en Suède. »

STINNES possédait les organes suivants :

Deutsche Allgemeine Zeitung, le journal of-

ficieux allemand;

Die Wockhe;

Die Gartenlaube;

Der Lokalanzeiger;

Der Tag;

Deutsche Zeitung;

Täglische Rundschau;

Münchener Neueste Nachrichten; München-Augsburger Abend Zeitung; Der Journal, à Dortmund:

Die Kônigsberger Allgemeine Zeitung; Neues Wiener Abendblatt (Autriche) :

Grosse Volkszeitung (Autriche) ;

Kleine Volkszeitung (Autriche):

Acht Uhr Abendblatt (Autriche);

Az Est (Hongrie) ;

Pesti Naplo (Hongrie);

Magyarorszag (Hongrie) ;

Gôteborgs Handels Tidning (Norvège).

On est loin d’avoir là tous les organes, puis-

-qu’on lui en attribuait soixante pour la presse

allemande provinciale.

Les Américains, qui aiment tant la paix en

Europe, sont tout à fait à la page en matière

de maniement de l’opinion. et on ne serait pas éloigné de croire qu’ils tendent, là aussi, au

« greatest in the world ! »

Lorsque se réunit, à Genève, en 1926, puis en 1927, la Commission préparatoire du désar mement, un élégant Américain se fit remar- 44 quer dans la coulisse pour la violence de son opposition. à

Chrétien, protestant, nationaliste, WILLIAM B. SHEARER avait été délégué. disait-il, par des groupes patriotes des Etats-Unis (les Fils. et Filles de la Révolution, la Ligue de Défense Nationale, les Originaires de Californie) pour combattre la Conférence et sotitenir les. intérêts de l’Amérique contre l’Europe « es pace et jalouse » qui voulait la désarmer po l’asservir.

Genève revit l’homme en 1929, lors de la Conférence navale tripartite. Il déclara représenter., cette fois, « la Marine en uniforme » il soutint la thèse d’une guerre anglo-américaine inévitable, et tonitrua qu’il fallait aux Etats-Unis une marine plus forte, plus nombreuse. ne

Luxueusement installé, et secondé par une aimable épouse, par une charmante fille, il recevait les correspondants des plus grands journaux américains, dont quelques-uns le tenaient pour un oracle, et poursuivait de sa.

haine les représentants du New-York World, 4 et du Baltimore-Sun, tous deux obstinés à garder leur indépendance. Décidé à porter des coups « même au-dessous de la ceinture »

il les accusait d’être à la solde de lAngle terre. Re

SHEARER entretenait aussi d’étroites rela

tions avec les experts navals. S’étant fait introduire auprès d'eux comme représentant du Daily News de New-York, il assistait aux entrevues quotidiennes qu’ils accordaient à la presse.

Et nul câble n’était lancé sans son aveu.

L'opinion américaine fut ainsi circonvenue par des insinuations perfides. SHEARER sema langlophobie et ressortit le péril jaune.

Il agissait ainsi, plus directement, sur les clubs de femmes du monde, les Filles de la Révolution, ou de simples femmes : les Mères de l'Etoile d'Or, décorées pour avoir perdu un fils à la guerre. Ces groupes voyaient en lui un ardent patriote.

La Conférence échoua. SHEARER ne fut pas étranger à cet échec. Le journal Le Genevois enregistra « le triomphe de la thèse Shearer ».

Aux Etats-Unis, la propagande n’était pas non plus restée improductive, puisqu’un projet de loi fut aussitôt déposé sur le bureau du Congrès pour que 740 millions de dollars, 18 milliards et demi de francs, fussent consacrés à la construction de quinze croiseurs.

Mais, à la suite d’une campagne de quelques journalistes restés indépendants, ceux qui payaient SHEARER prirent peur, rompirent avec lui, et l’on assista à quelque chose de

- très intéressant : SHEARER assigna en domma- ges-intérêts les firmes et les personnes qui

l'avaient mis en avant. Il leur réclamait 6 millions. 250.000 francs pour « services rendus ». On apprit ainsi qu’il était aux gages de

l'American Brown Boveri Electric pa :

M. Frederick P. PALEN, vice-président de Newport News Shipbuilding and DEsdes « Cy.

aveux. de Les firmes EN ci-dessus ont pa

Fer de

Elles lui ont versé une somme Ho p us considérable pour la propagande contre le désarmement à laquelle il s'est livré Lux Etats-Unis.

Elles ont dépensé plus de 143.000 d

rs. us américain, afin de soutenir :

1 aval de Jones White. ee Lumière,

a loin d’avoir assez constant à l'esprit s Fons

4 il se st tend suffisamment des nouvel-

Ÿ « Qu'est-ce que cela tit ads ; répondit Tammuzadad, le Babyloni fils d’Istarraman, avec un sourire am Les dieux ne se mêlent pas de ces ses-là. Les marchandises font le SES chand. Si ce n’est moi, ce sera un autre Lora (D. MÉREJKOVSKY. La Naissan

e Dieux.)

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