LIBRAIRES VENDANT DES PETITS USAGES, CAMELOTES, ETC
CoLLOMBAT (Jacques^.
Facvel (François).
Dehansy (Claudel.
Hérissant (Pierre).
Lesclapart (Jean).
OuDOT (veuve de Nicolas).
Vaugon, par Fauvel.
chez eux ; les requêtes et sommations (nous en avons compté plus de soixante) tombaient drues comme grêle, et les arrêts succédaient aux sentences sans rien terminer. Enlin, le :20 mars 1702, le Parlement rendit un arrêt définitif, disant que les relieurs « feraient seuls les relieures à vrais nerfs des livres imprimés et manuscrits, et même des registres de papier blanc et des portefeuilles de toutes sortes » ; tandis que les papetiers « auraient la faculté de faire et vendre les registres de papier blanc seulement brochés avec papier tortillé et bout de cuir ; de battre, couper et dorer le papier: de faire et vendre des porte-feuilles sans relieure, brochure, fils ou filets ».
Après avoir assisté avec le procui'eur du roi à une assemblée générale des relieurs, le lieutenant de police rendit une sentence, le 14 décembre 1702, d'après laquelle, conformément à la délibération de la réunion, il était défendu de passer aucun brevet d'apprentissage pendant six ans ; ce temps écoulé, on ne pourrait engager des apprentifs que pour cinq ans pendant cinq autres années; sortis d'apprentissage, ils devraient servir les maîtres comme compagnons l'espace de deux ans avant de pouvoir parvenir à la maîtrise.
Près de dix ans après, les libraires réclamèrent contre cette sentence, sous prétexte qu'on exigeait d'eux jtour la reliure et la dorure « plus grande somme que par le passé ». Une sentence du 6 mai 1712 ramena simplement les relieurs à l'observation des statuts de 1686 et ordonna qu'il serait fait un maître chaque année pris parmi les plus anciens apprentifs et que les relieurs accepteraient les apprentifs quand il s'en présenterait. Les libraires firent afficher cette sentence dans les quartiers de Saint- Benoît, de Saint-André-des-Arts et de la place Maubert.
On comprendra que nous ne relations pas toutes les saisies, les mises au pilon, les amendes auxquelles donnaient lieu les contraventions commises par les relieurs et les compagnons ; mais nous ne saurions passer sous silence une saisie dont les détails sont, croyons-nous, peu connus et qui emprunte un intérêt des plus vifs à la personnalité de rauleiir du livre ([ui en fut l'objet. 11 s'agit du Projet d'une di.rme royale jxtur ]e(iu('l le
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malheureux Vauban s'était vu condamner à la saisie et à la confiscation par deux arrêts successifs du Conseil d'Etat des 44 février et 19 mars 1707. Rempli d'amertume devant l'oubli de son dévouement à la France, le maréchal mourut sous le coup de celte injure, le 30 mars. Trois jours après, le samedi 2 avril, la volonté du roi s'accomplissait. C'est à l'original même du procès-verbal de saisie que nous empruntons le récit de cette triste exécution.
Le commissaire Delamarre s'est transporté avec les syndics et adjoints de la lii>rairie et imprimerie en la maison de Geneviève Brunen, veuve de Jacques Pétille, maître relieur de livres rue Saint-Jacques, pour y faire perquisition d'un livide qui a pour titre : Projet d'une dixme royale, imprimé sans permission, sans nom de ville ni d'imprimeur : laquelle veuve a dit que le 31 décembre dernier monsieur le maréchal de Vauban la manda chez luy par Colars son valet de chambre, qu'elle se rendit à l'hôtel du maréchal pour lequel elle travaille ordinairement depuis 18 ans ou environ; qu'il luy fit voir dans son cabinet un ballot de livres enveloppés dans une serpillère, duquel ballot le maréchal fit tirer 24 exemplaires qu'elle emporta. Que depuis ce jour, jusqu'au 24 mars dernier elle a relié 264 exemplaires que Marguerite Pétille, sa fille et Pierre Coulon son compagnon ont porté en différens voyages chez le maréchal et les ont livrés à luy-méme... A une certaine époque on changea un carton... On lit en marge à la fin : « Et nous a ladite veuve déclaré qu'il y a plus de 3 ans qu'elle a relié pour le sieur maréchal le manuscrit d'un livre intitulé : Projet d'une dixme royale, en maroquin rouge avec les armes du roy sur la couverture et a connoissance que le sieur maréchal employoit pour écrire ses manusciits le sieur Pélegrin. Ne sait point si c'est luy qui a fait le manuscrit dudit livre.
Signé: GUÊRIN, syndic; COUSTELIER, adjoint et G. BRUNEN.
Le manuscrit que Vauban avait fait relier pour le roi est à la Bibliothèque nationale (section des manuscrits Fr. 7757). Il porte ce titre : Projet rr une conversion de la taille^ des ai/ des, des douanes pr oc inc ial.es, etc., en une dixme royale équivalente, 1700. C'est un in-folio couvert en maroquin rouge avec petits fers dans les entre-nerfs du dos, puis sur les plats, un encadrement de milieu à trois tilets et fleurons aux angles plus les armes royales entourées de l'ovale à feuilles de chêne. Cette reliure solide, mais médiocre, démontre que le maréchal n'avait pas eu la main heureuse dans le choix de son relieur; la bibliophilie, on ne saurait
DES RELIEURS DE PARIS. Tô
lui on vouloir, était d'ailloiirs pour lai chose fort indiiïérente !
Le lieutenant de police rendit une sentence, le 10 juillet 1714, rappelant aux relieurs et aux peaussiers qu'aucun achat de peaux de veau d'alun ne pouvait se faire qu'en la présence de deux jurés de chaque communauté.
Le Parlement, par un arrêt du 17 mars 1717, maintint les papetiers dans le droit d'avoir des outils pour faire leurs registres et préparer le papier à lettre que les relieursleuravaientcontesté et infirma, le 23 février 1718, une sentence du Ghâtelet du 28 août 1716, accordant la maîtrise à François Sureau, relieur, reçu à Besançon, qui avait épousé la veuve de Pierre Du Fozet. relieur de Paris. Sureau, déhouté de sa demande et condamné aux dépens, n'en fut pas moins relieur du roi en 1721.
Une assemblée extraordinaire, à laquelle tous les relieurs furent tenus d'assister sous peine d'amende, eut lieu le l""" avril 1726, et sur l'exposé des gardes en charge : Jacques Anguerrand, Lambert Giiïart, Pierre Dubuisson et Philippe Padeloup, concernant (( la misère alTreuse qui frappait quantité de maîtres et journaliers, que le défaut d'occupation contraignait à se réfugier à l'hôpital », il fut décidé qu'on adresserait une requête au lieutenant de police pour défendre de passer aucun brevet d'apprentissage pendant cinq ans. Le Parlement, sur l'avis conforme du lieutenant de police et du procureur du roi au Ghâtelet, homologua cette délibération par arrêt du 24 avril 1727.
Nous allons retrouver une fois encore les relieurs en lutte avec les libraires, et cela au sujet du bureau et de la confrérie, qui, aux termes des édits de 1686, devaient être communs aux deux corporations. Les libraires ayant transporté le bureau de la rue des Mathurins à la rue du Foin, où il n'existait pas, comme dans l'ancien local, une grande salle de rez-de-chaussée, qu'ils louaient aux relieurs pour leurs assemblées et le lotissement des peaux, se refusaient à admettre ceux-ci comme par le passé. La salle basse du nouveau bureau suffisait à peine aux libraires pour les visites des balles de livres venant du dehors, pour le partage des bibliothèques et pour les ventes de fonds de librairie et d'imprimerie.
76 HISTOIRE DE LA COxMMUN AUTE
Les relieurs qui ne«pouvaientse passer de salle en avaient loué une rue des Sept- Voies, mais demandaient aux libraires une indemnité de 3 000 livres. Le Conseil d'Etat statua sur le différend, le 18 septembre 1730, en enjoignant aux relieurs d'avoir leur bureau séparé de celui des libraires, sans leur accorder les dommages et intérêts auxquels ils prétendaient; les dépens furent toutefois compensés.
La confrérie donna lieu à plus d'animosité, car de part et d'autres, on y mit tant soit peu d'amour-propre. Les relieurs se plaignaient au lieutenant de police, dès 1723, que, depuis quelques années, l'entente était loin d'être parfaite.
Dans les cérémonies à l'église de la conl'rérie, lui écrivaient-ils, les syndics des maîtres libraires et imprimeurs occupent la droite; les gardes de la communauté des maîtres relieurs occupent la gauche. L'usage a encore été qu'aux deux fêtes de Saint-Jean, messieurs les libraires envoyassent une brioche à chaque Garde des relieurs, de même que de la bougie au Jour de l'an et un cierge à la Chandeleur... Tout marquait le bon accord entre les deux communautés. D'où vient que depuis quelques années messieurs les libraires, au mépris d'une union si intime, affectent de chagriner leurs confrères? D'où vient-il qu'ils leur refusent même l'usage des choses communes"? Les affronts que les maîtres relieurs en ont reçus sont encore tout récents, celuy de la dernière fête de Saint-Jean Porte-Latine a e'té publique et des plus signalés; mais passons ce fait odieux et ne réveillons pas des sujets d'animosité entre confrères... Nous ne demandons point de société forcée, mais il n'y a point de milieu, il faut qu'elle continue ou qu'elle finisse. Que messieurs les libraires choisissent!
Ils doivent laisser jouir les relieurs des meubles du bureau, du tableau de Saint-Jean l'évangéliste, etc. Que l'on continue comme par le passé, qu'on envoie la brioche aux Gardes, les bougies, les cierges... que les libraires occupent la droite des stalles, les relieurs la gauche qui sera ornée et tapissée de même que la droite... Qu'on donne l'argenterie pour la cérémonie en cas qu'il meure un relieur... Si au contraire MM. les imprimeurs et libraires veulent dissoudre la société, en ce cas il faut faire un partage de tous les effets communs qui n'appartiennent pas plus aux libraires qu'aux relieurs, etc.
Les libraires consentirent à cette séparation et au partage proposé par les relieurs ; mais nous ignorons ce qui se passa, probablement un arrangement amiable d'après lequel les choses restèrent comme elles étaient, jusqu'au jour où la question du bureau vint ranimer les irritations des deux côtés. Après l'arrêt
du 18 septembre J 730, libraires et relieurs furent convaincus que la confrérie en commun n'était plus tenablo, et ils en arrivèrent enfin à une transaction. Le syndic et les adjoints de la librairie réunis uux gardes des relieurs, assistés de trois maîtres relieurs, signèrent une transaction définitive, le 30 octobre 1730. Il y était spécifié « qu'à l'effet de terminer toute difficulté, et régler leurs prétentions respectives, notamment sur le partage des meubles lors de leur désunion, que de l'argenterie, poêle et autres effets de leur confrérie ; celle-ci cesserait d'être commune entre les deux communautés, sauf à celle des relieurs à établir leur confrérie en telle autre église qu'ils jugeront à propos ». Le syndic et les adjoints des libraires se chargèrent de poursuivre l'homologation de cette transaction, qui, en effet, fut prononcée par le Conseil d'Etat, le 19 janvier 1731. Les relieurs avaient adressé une requête à cet égard, signée des gardes en charge, Pierre Dubuisson, Philippe Padeloup, Etienne Buron et Jacques Lepage, auxquels s'étaient joints trois maîtres députés par la corporation, Jacques Giron, Louis Charbonnier et Georges Hénard.
Cette fois, c'en était bien fini, et, à part quelques infractions aux règlements commises isolément par des libraires donnant leurs livres à relier en cachette à des compagnons, ou par des relieurs vendant des livres, il n'y aura plus entre les deux corporations, désormais bien séparées, de querelles aussi passionnées que celles dont nous avons raconté les curieux incidents.
Comment se fit le partage? Si le Saint-Jean de Claude Yignon, qui décorait l'autel de l'église des Mathurins et dont le déplacement était difficile, resta aux libraires, donna-t-on aux relieurs l'ancien Saint-Jean placé dans le bureau commun?
Le poêle neuf de 1711 « en velours noir, enrichi d'une croix de drap d'argent, d'un boi'd aussi d'argent et des armes de la communauté en broderie aux quatre coins », resta-t-il aux libraires en même temps que la toque de velours du bedeau et sa robe de drap noir à manches pendantes, qui avait remplacé la robe bleue et celle où se voyait « le j)ortrait d<' M. saint Jean' »?
1. Avaiil 172.') la robe du l)C(U'au était hlcuo. Il poi-iait aussi une placjued'arLreiU
Les relieurs se retirèrent à l'église Saint- Hilaire, paroisse du quartier qu'ils habitaient presque tous, et s'enrôlèrent dans deux confréries qui y étaient très en honneur; celle du Saint- Sacrement, fondée en 1629, et celle de Notre-Dame-de-Grâce datant de 1649. Beaucoup d'entre eux furent administrateurs de l'une ou l'autre de ces deux confréries et devinrent marguilliers de la paroisse. Cependant, ils honoraient toujours saint Jean
\M%.^haxxËiL,
r I. A N DE S A I N T - H I L A I R E EN 17 5 7'.
(D'après l'abb ■ De la Grive.)
l'Evangéliste, et, le jour de leur fête patronale, il y avait salut à six heures « avec exposition pour la confrérie de MM. les maîtres relieurs », puis un De profundls pour les confrères décédés.
Laissant aux libraires les armes de l'ancienne communauté, les relieurs prirent celles de l'Université et les placèrent sur
représentant saint Jean l'Evangéliste qu'on avait supprimée à la même date; mais qu'on avait conservée parmi les effets de la confrérie.
1. Saint-Hilairc enclavé de plusieurs côtés n'avait rien de monumental et n'a jamais été gravé. On ne peut se faire une idée de ce qu'était cette modeste église, dont les relieurs composaient la presque totalité des paroissiens, qu'en jetant les yeux sur le plan Turgot, ou sur celui du carrefour du puits Certain, inséré à la biographie de Boyet. Cette paroisse fut supprimée en 1790 et le bâtiment démoli plus tard.
DES iu:lip:urs de paris.
leurs tableaux annuels, « sur un cachet de cuivre et sur un poinçon servant à frapper les jetons à l'usage de la communauté empreints des mêmes armes. » [Inventaire , Ms. lîibl. Carnavalet.) Une détermination de ne pas faire d'apprentifs pendant dix ans, prise en assemblée générale du 10 janvier 1741, fut homologuée par le Parlement le 13 avril suivant. ,0n pense bien que ces défenses donnèrent lieu à certaines infractions; en effet,