‹ Les relieurs françaisChapitre 27 sur 171 · PLANCHE XV · texte numérisé non relu

PLANCHE XV

Reliure datant de 1640 environ, reproduite ici parce que, faite comme celle de la pi. XIV pour utiliser des roulettes banales et des fers quelconques, elle montre bien, par sa mauvaise exécution, que le genre n'était guère pratiqué que par des doreurs médiocres.

PLANCHE XYI

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Reliure à encailrenient de milieu avi-c fleurons d'angles. C'est vers 1G22 que l'on commença à employer très couramment cet em-adrement, ayant toujours le même triple filet (deux rapprochés, l'autre espacé) croisé aux coins. Nous donnons ici cette reliure datant de 1040 parce qu'elle nous a paru un bon spc'cimen du genre et aussi pour loruementation du dos qui se r(?p(!ta souvent jusque vers 1670.

i;jO ETUDE SUR LES STYLES DE RELIURE,

semblât commode d'y utiliser les fers qu'ils possédaient déjà, ils le pratiquèrent souvent et longtemps, tandis qu'à Paris sa durée courante chez les bons praticiens fut assez courte. D'après l'infériorité d'exécution de quantité de volumes dorés dans ce système, on doit croire qu'il n'y eut guère que les doreurs de second ordre et ceux de province qui continuèrent à le pratiquer, afin d'utiliser jusqu'au bout leurs vieux outils. (Voy. pi. XV.)

Si l'histoire ou plutôt la légende des doreurs de bottes se faisant doreurs de livres n'était pas seulement dénuée d'exactitude mais encore de vraisemblance, ce nouveau genre d'ornementation pourrait être attribué à ces artistes en chaussures. N'auraient-ils pas trouvé là, en effet, une occasion toute naturelle d'employer leurs roulettes à guipures et leurs fers pour buftleteries ? Mais la plaisanterie, nous l'avons démontré p. 28, ne saurait être prise au sérieux, quoiqu'on en ait affirmé souvent l'authenticité.

Revenant à ces dorures éclatantes à l'excès, nous dirons qu'il en existe bien peu témoignant de quelque adresse de la part de l'exécutant. Il s'en trouve cependant et certains amateurs seraient disposés à voir là le style du Gascon, opinion qui ne justifierait guère, il faut le dire, sa grande réputation parvenue jusqu'à nous.

Enfin cette prodigalité d'or vraiment exagérée fut bientôt remplacée par un type d'ornementation s'en éloignant du tout au tout. Qu'il faille y voir la conséquence habituelle de toute réaction amenée par l'abus ou le mérite intrinsèque du système d'une grande simplicité qu'on lui opposa, celui-ci n'en réussit pas moins immédiatement.

Les filets seront la base de ces nouvelles compositions ; placés aux bords, ils formeront aussi des encadrements intérieurs avec des fleurons d'angles pour tout ornement. C'était du reste la répétition d'une disposition très usitée pendant tout le xvi" siècle sur tant de volumes reliés en veau et qui, adoptée de nouveau, servira pendant longtemps à orner les livres couverts en maroquin avec ou sans armoiries '. (Voy. pi. XVI.) Puis ces

]. C'est rencadrenient si improiircnicnt appelé à la Duseuil, lequel naquit seulement en 1673.

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Reliure faite pour Feircse dans lo style de la planche pn'ci'dente, mais un peu plus riclie. [D'tbl. liât. Expos., n*G31.)

filets droits à plusieurs lignes rapprochés inégalement seront accompagnés de filets avec points ou très finement dentelés ; l'effet déjà moins froid gagnera encore en élégance par l'importance plus grande donnée aux fleurons d'angles et par l'ornementation aux petits fers des coins intérieurs ou d'un motif placé au centre de cet encadrement de milieu. (Yoy. pi. XYII.)

Le principe du genre subordonné à la pureté des lignes et à la sobriété des détails n'était pas moins susceptible d'une grande richesse et d'un certain degré d'élévation. Son originalité dépendait surtout de cet encadrement intérieur dont le dessin tracé avec goût par des filets droits, courbes ou angulaires se détachait agréablement sur le tout. Les gerbes de rameaux à petits fers très fins et groupés aux coins, dans les côtés et autour d'un motif de milieu, rosaces ou armoiries, n'en faisaient que mieux ressortir cet encadrement principal, auquel il était assez facile en somme de donner une forme élégante et gracieuse. (Voy.pLXVm.)

Ce style employé pour la décoration des volumes in-4'' et in-folio produit certainement un effet des plus remarquables, cependant, par la délicatesse des détails qui en composent les principaux éléments, son application semble mieux s'approprier aux surfaces de moins d'étendue et le charme qui s'en dégage frappe davantage dans les livres de petit format. (Voy. pi. XIX.)

S'il n'est guère possible de déterminer la date à laquelle remontent ces encadrements avec bouquets à petits fers, on peut du moins dire avec certitude qu'ils étaient dans toute leur vogue de 1622 à 1645 environ. L'encadrement de milieu à trois filets droits, dont deux rapprochés, et orné de fleurons d'angles, soit l'arrangement le plus simple du genre, ne cessa de se faire couramment pendant plus de cent ans, tandis que la combinaison d'une plus grande richesse produite par les encadrements à filets droits, courbes ou angulaires plus ou moins gracieusement mouvementés, nécessitant forcément l'usage de motifs à petits fers de quelque importance, ne s'employa plus qu'exceptionnellement ; néanmoins, on s'en servit encore de temps en temps, jusque vers la fin du xvn'' siècle.

TLANCIIE XVIII

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Dt'coralion à oncailronionl inti-rioiir, i lilots droits ot courbes avec boiuiuets et llourons gravi-s au trait inAlii ilo pniiitilli-s ot quelques fleiu-ons isoh^s tout au poiutilU^ Co style très eu vogue (le 1(125 il l()ir> environ a servi pour les plus belles reliures do cette t*[>ûque. Certaius bibliophiles ou faisaient encore orner leurs livres longtemps après cette dernière date, Du Frc'snoy entre autres.

Ces rinceaux et bouquets à petits fers à filets, pour le dessin desquels on s'était inspiré des broderies et dentelles à la mode à

Gerbes, l)Ouquets et fleurons grav(''s au trait mêlés de quelques pointillés, dont ou se servit après 1G20 environ.

cette époque, devaient rester longtemps encore dans le goût des amateurs. Ils se prêtaient facilement à de nombreuses combinaisons et permettaient au doreur de varier ses compositions à l'infini. De môme qu'avec tous ses petits fers, placés différemment, il lui était facile de former des gerbes ou autres motifs dissemblables les uns des autres, il pouvait aussi les disposer suivant les Fleuron au poin- emplacements à couvrir, qu'ils fussent carrés, ronds,

tillé employé '- ' i ' '

isolément jus- oblon2;s OU dc fomies irrégulières. Aussi en conser-

qu'en 1645. ° ^

va-t-on le principe, quand cherchant, pour varier, à remplacer l'encadrement principal, base de l'ornementation des livres que nous venons de décrire, on revint aux entrelacs qui, mêlés aux feuillages et spirales fleuries, avaient produit ces admirables reliures de la fin du xvi^ siècle.

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TLANCIIE XIX

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Même styio que celui dn la reliuro do la pi. XVIII, mais admiialilcincnt approprié aux volumes de petit format. Tous les fers sont gravés au ti-ait.

Les nouveaux entrelacs toujours tracés par un triple lilet à deux traits rapprochés, l'autre espacé, étaient toutefois plus larges que les anciens. Très variés dans leurs formes, droits, arrondis ou en losange, ces entrelacs, dominant l'ensemble par leurs enlacements ingénieusement combinés et les vides habilement ménagés pour les faire ressortir, devenaient l'élément principal de la composition. Les feuillages et les spirales fleuries avaient dans l'ancien style plus d'importance que les entrelacs, tandis qu'ici, les rinceaux très serrés, jamais gravés à filets, mais toujours au pointillé, et considérés comme simple remplissage, n'étaient plus, si l'on veut, qu'une espèce de fond d'or destiné à servir de repoussoir aux entrelacs unis et d'un dessin nettement accusé. (Voy. pi. XX.) D'autres fois, les motifs au pointillé sont si petits et occupent si peu de place dans la composition que les entrelacs frappent seuls la vue, se détachent distinctement et semblent dessinés sur un fond entièrement uni. (Voy. pi. XXI.)

C'est vers 1645 que fut créé ce nouveau genre d'ornementation dont la vogue devait se conserver jusqu'en 1665 environ.

Si Le Gascon fit des dorures dans le système très à effet, imaginé, dirait-on, en vue de l'utilisation des vieux fers et qui, commencé sous Henri IV, se prolongea jusque sous Louis XIV, il dut n'en faire que très peu. Les dorures de ce genre sont généralement d'une exécution médiocre et n'auraient pu, nous l'avonsdit, lui valoir la réputation dont il jouissait. Ses principales productions furent donc, à n'en pas douter, dans le style ayant cours pendant les vingt premières années de son établissement, style à la créatioaduquel ileut peut-être la meilleure partetqui, dans tous les cas, était le seul dominant et en faveur à cette époque. Il faut donc chercher ses œuvres dans les plus belles reliures à encadrements intérieurs, à filets droits ou courbes, agrémentés de ces jolis coins et bouquets gravés au trait plus ou moins fin, ac-

PLAN en E XX

Très jolie reliure île Florimoad liadior à la marque dos frères Du[>uy et couvrant le Paradisits animx chrislianx de 1G44. (Bibl.nat. Expos, u» (îi:).) Stylo des entrelacs avec gerbes à palmcttcs et fleurons entièromont au pointillù imitant les liligraues. Cette reliure est doublée eu maroijuin avec ornements au poinlilli'-.

compagnes de quelques rares motifs au pointillé. (Voy. pi. XVII, XVIII et XIX.)

Avec la transformation qui se produisit vers 1645, par laquelle, sans abandonner complètement l'emploi des grands encadrements à filets, on y ajouta la pratique des entrelacs en remplaçant les dentelles et fleurons dessinés au trait jusque-là par des gerbes à palmettes ou autres motifs exclusivement au pointillé, Le Gascon changea-t-il sa manière, et par suite son outillage? Les succès qu'ils lui avaient valus remontaient à vingttrois ans au moins, il n'était donc plus de la première jeunesse et dut y regarder avant de changer ses habitudes. D'ailleurs, comme on trouve des volumes reliés après 1645, dont les décorations, sans filigranes, sont toujours dans le sez</ style qui florissait à l'époque de la grande notoriété du maître, il faut croire, s'il vécut après cette date, qu'il s'abstint de suivre le mouvement et qu'il continua le système d'ornementation qui lui avait si bien réussi.

On a bien parlé d'une petite tète au pointillé poussée sur des dorures du genre spécial imitant le filigrane et on la donne, non seulement comme la marque du Gascon, mais encore comme son portrait. (Voy. pi. XX.) Ce n'est qu'une simple légende venue on ne sait d'où, ne reposant absolument sur rien, si ce n'est sur le talent divinatoire de ses inventeurs! Néanmoins, elle est, hélas ! si bien entrée dans les esprits qu'il sera difficile de l'en déraciner et d'amener ceux à foi robuste qui y croient intrépidement, à juger les choses dans toute leur simplicité.

La vérité est que cette tête ne se voit qu'à partir de 1645, tandis que Le Gascon s'établit au plus tard en 1622 ; puis, toute de pointillés, elle n'accompagne jamais que des dorures entièrement filigranées, et on n'a pas la preuve que si le maître employa le procédé, il ne le fit pas autrement que partiellement; de plus, on trouve ce fameux profil répété cinquante- deux fois sur une seule reliure signée authentiquement : Florimond Badier, fecit^ invenit !

Cette figure symbolique, accouplée sans contestation possible à ce nom, n'explique-t-elle pas ce qu'elle signifie, sans qu'il soit

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