CAUMONT
Clercy et M'"® Lanylois (le Courcelles\ Émigré à Loiidres, M. de Caumont y exerça la reliure avec talent et s'y créa une assez belle clientèle.
Il demeura en i700, Portland St.
u° 3, plus lard, n" 1, Frith St. Soho- Square et enfin Gerrard St.
Nous empruntons à Gauthier de Brécy ce qu'il a raconté du comterelieur dans ses Mémoires véridiques et ingénus de la vie privée d'un homme de bien. Paris, 1834, in-8.
Gauthier de Bréc}' dit qu'il recevait le dimanche à un dîner frugal des émigrés français et ajoute que parmi ses connaissances moins intimes se trouvaient > M. d'Aisnes, ancien intondant de province, M. de Labourdonnaie Blossac. M. le comte do Cauraont, qui s'était acquis la réputation remarquable d'un habile relieur. Je l'ai plus d'une fois employé aux comptes et frais de M. Symmons pour des livres que je lui donnais à relier. C'est ce même !M. de Caumont qui était intimement lié avec M. l'alibé Delillo, pour lequel il fit un jour une belle et superbe reliure d'un exemplaire de son poème des Jardins. Suivant la chronique de cette époque, on disait que M. de Caumont avait fixé le prix de cette reliure à la somme de vingt- quatre francs ; mais qu'un jour l'abbé Delille. tenant à la main son poème de la Pitii'\ dans lequel il avait si bien dépeint les différents travaux des émigrés, l'avait prié d'entendre quelques vers sur ses occupations et ses travaux de relieur, et qu'alors, à la suite de la description de la duchesse qui faisait des modes, du guerrier (pu avait pris le rabot d'Emile, il s'était érric" avec une grande et forte expression :
Que dis-jp? ce poème, où je peins vos misères. Doit le jour à des mains noblement mercenaires ; De son vêtement d'or un Caumont l'embellit. Et de son luxe heureux mon art s'enorgueillit.
A peine M. l'abbé Delille eut-il fini de réciter ces vers en l'honneur du talent du relieur, que M. de Caumont, charmé de se voir imprimé et cité dans le poème de la Pitié d'une manière aussi flatteuse, s'approcha de l'abbé Delille. lui prit les mains, et lui tit des
1. Ces renseignements nous ont été gracieusement fournis par un aimalde collaborateur de Vlntermi'diairn (xxiv année, p. 2i>2) sous la signature : C. LFV; nous lui en présentons ici nos sincères remerciements.
On a donné à M. de Caumont le titre de maréchal-dc-camp, cependant les almanachs royaux d'avant la Révolution (pie nous avons consultés, ne le citent nullennMit parmi les officiers do ce grade.
remerciements qui lui ap[irirent sa grande satisfaction. On assure aussi que M. l'abbé Delille, sur le même ton. voyant l'amourpropre de M. de Caumont satisfait, lui dit alors : « Il me semble, M. de Caumont, que vous pouvez accepter mes vers en paiement de votre belle reliure. >. M. do Caumont nhésita point de consentir à l'improvisation et à la proposition très économique du poète, qui avait si adroitement touché la corde délicate de l'amour-propre du noble relieur «.
Fournier a paraphrasé à sa manière ce récit de Gauthier de Brécy, c'est-à-dire en le dénaturant. Les vingt-quatre francs de la reliure des Jardins se sont changés en vingtquatre towis.' On n'est pas plus généreux! A six francs le vers la poésie de Delille, y compris ]si grande et forte expression, n'était-elle pas déjà largement payée?
M. le baron de Ruble dont la belle collection est si connue, a bien voulu nous communiquer 10 vol. in-16 de poésies italiennes, d'auteurs divers, réimpression de Londres de 1802 et 1803, et reliés par le comte de Caumont. La reliure uniforme de ces volumes est en maroquin à grain long bleu foncé, filets or aux nerfs et tranches dorées; les doublures et gardes sont en papier chamois uni, mais avec charnières en maroquin. Le travail, fort soigné, manque cependant d'un peu de légèreté. Voici l'étiquette que portent plusieurs de ces volumes et que je puis reproduire ici grâce à l'obligeance empressée de M. de Ruble à qui je réitère ici tous mes remerciements.
COM 'l)K CAUMONT i.'i.CiiTnMl SUvi-t,Solin'
Le comte (le Gaumonl, comme on l'ajustement dit. ne rougissait donc pas de l'état auqutd il devait son 21)