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SAINTE ELISABETH DE HONGRIE

Veuve, première religieuse tertiaire et patronne des Sœurs

du Tiers-Ordre régulier (i 207-1 231).

Sainte Elisabeth naquit et fut Talliée d'une famille illustre par le sang et la sainteté.

Son père y André II, couronné roi de Hongrie en 1203, fut également agréable à Dieu et cher à son peuple. Après s*être signalé" par ses guerres contre les nations infidèles qui entouraient ses Etats, il se mil, en 12 17, à la tête de la cinquième croisade, et mérita par le courage quUl déploya à Jérusalem, le surnom de Hiérosolymitain, C'est à lui que la noblesse hongroise doit la charte de ses privilèges.

Sa mèrey Gertrude de Méranie, fille du duc de Carinthie, descendait en droite ligne de Charlemagne et se fit remarquer par son courage et sa grande piété.

Née à Presbourg en 1207, Elisabeth devint la nièce de sainte Hedwige, duchesse de Silésie, la cousine de la bienheureuse Agnès de Bohême, la tante de sainte Elisabeth de Portugal, de saint Louis d*Anjou, et des bienheureuses Cunégonde, Yolande et Marguerite, filles de son frère Bêla IV, tertiaire lui-même et qui fut enterré au couvent des Franciscains de Gran.

Cette enfant prédestinée n'avait encore que quatre ans, lorsque Hermann, landgrave ou duc de Thuringe, prince de Hesse et de Saxe, vint la demander pour être la fiancée de Louis, son fils, âgé de onze ans, héritier présomptif de tous ses États. Sa proposition fut agréée des parents, et la jeune princesse, vêtue d'une robe de soie brodée d'or et couchée dans un berceau d'argent massif, fut transportée à la cour de Thuringe, afin d'y recevoir, comme cela se pratiquait à cette époque, une éducation semblable à celle de son futur mari, et de se former de bonne heure aux usages du peuple dont elle devait être un jour la'souveraiae.

Sainte Elisabeth de Hongrie.

Le landgrave tenait alors sa cour à la Wartbourg, vieille citadelle, posée comme un nid d'aigle au sommet d'une montagne, à deux kilomètres de la ville d'Eisenach. Il n'y a pas dans toute l'Allemagne de site plus poétique. C'est la région des oiseaux « qui chantent sur les arbres et louent le Seigneur le jour et la nuit > . Les montagnes bleuâtres qui enceignent le château-fort se rompent par intervalles, pour laisser voir les plaines de la Thuringe à l'horizon. On y respire un air frais; on y goûte le plus suave repos, loin du bruit du monde. Aussi de nos jours, les coteaux que domine la Wartbourg et qui s'élèvent en amphithéâtre au-dessus d'Eisenach, actuellement du grand duché de Saxe-Weimar, sont couverts de chalets et de maisons de plaisance que les riches Berlinois viennent habiter en été.

L'enfance et la jeunesse de la Sainte furent embaumées par les parfums de la plus vive piété et de la plus exquise charité. Elle ne se plaisait ni au jeu, ni aux vains amusements de la cour, mais seulement à la prière. Elle se retranchait tout ce qu'elle pouvait des joyaux dont on la parait et elle avait mille industries pour subvenir aux nécessités des pauvres. Après la mort du landgrave arrivée en 12x6, Elisabeth fit encore paraître plus d'humilité, de ferveur et de miséricorde. Une pareille conduite était loin d'agréer à la princesse Sophie, mère de Louis, à Agnès, sa fille, et à la plupart des grands de la cour qui n'avaient que l'esprit du monde. Aussi ils ne rougissaient pas de lui reprocher ses habitudes humbles et retirées et de la poursuivre par des dérisions et des injures publiques.

Lorsqu'elle eut atteint Tâge nubile, les persécutions redoublèrent ; ses détracteurs disaient hautement qu'il fallait la renvoyer à son père et reprendre la parole donnée; qu'une pareille béguine n'était pas faite pour leur prince.

Seul, au milieu de sa cour, le jeune duc Louis ne se laissa pas prévenir contre sa pieuse fiancée; il l'aimait comme une sœur en Jésus-Christ, et avec une grande affection. Le mariage eut lieu avec une pompe extraordinaire

à la Wartbourg, en 1220. Louis avait vingt ans, Elisabeth n'en avait que treize (i).

Notre chère Sainte qui devait être le modèle des veuves et des religieuses, le fut aussi des épouses chrétiennes ; jamais cœurs nobles et purs ne furent aussi intimement unis. Le bonheur d'être ensemble était pour eux si indispensable, le chaste attrait qui les portait Tun vers Tautre si puissant, Talliance de leurs âmes si intime, qu'ils ne pouvaient souffrir de rester quelque temps séparés l'un de l'autre. Du reste, ornée devant Dieu de sa piété et de ses vertus, Elisabeth était encore parée devant les hommes de tous les attraits corporels, de toutes les grâces de la nature. Louis, de son côté, célèbre parmi ses contemporains par sa mâle beauté, fut le modèle des preux chevaliers et des princes chrétiens ; à cause de ses éminentes qualités, les peuples et les historiens lui décernèrent le surnom de Saint.

Loin de contrarier sa sainte épouse dans l'exercice des œuvres de piété et de miséricorde, il l'encourageait et la soutenait avec une pieuse sollicitude.

Toutes les nuits, Elisabeth profitant du sommeil vrai ou feint de son mari, sortait du lit conjugal et s'agenouillait à côté pour prier longuement en pensant à la naissance du Sauveur dans la grotte froide et humide de Bethléem. Pour ne pas s'oublier dans le sommeil, elle avait chargé Ysentrude, une de ses filles d'honneur, de l'éveiller à une certaine heure en la tirant par le pied. Il arriva une fois que celle-ci se trompa et tira le pied du duc, qui se réveilla subitement, mais qui, devinant la cause de cette interruption, se recoucha sans donner le moindre signe d'impatience.

On ne peut dignement représenter sa dévotion à la messe, son attention en entendant les prédications, son application à la prière, à l'humilité et à la pénitence. Sous ses

I. Nous suivons ici la Vie de sainte Elisabeth de Hongrie y par M. le comte de Montalembert, vie admirablement bien écrite et qui se trouve dans toutes les bibliothèques chrétiennes.

plus beaux habits, elle portait toujours contre sa peau un cilice. Tous les vendredis et pendant le Carême tous les jours, elle prenait la discipline.

La générosité envers les pauvres fut un des traits les plus distinctifs de sainte Elisabeth. Elle fut Vange de lœ^ charité. Soulager les pauvres était sa pensée de chaque jour, de chaque moment. Elle leur consacrait tout le superflu qu'elle refusait aux habitudes de son sexe et de son rang ; et malgré les ressources que la charité de son mari mettait à sa disposition, elle donnait si rapidement tout ce qu'elle avait, qu'il lui arriva souvent d'être réduite à se dépouiller elle-même de ses vêtements, pour avoir de quoi soulager les malheureux.

Elle les secourait surtout par ces soins tendres et patients, qui sont assurément aux yeux de Dieu comme à ceux des pauvres la plus sainte et la plus précieuse aumône. Quand les malades venaient implorer sa charité, elle s'informait de leur demeure afin de leur rendre visite. Elle pénétrait dans les huttes les plus éloignées et les plus repoussantes, elle y apportait elle-même tout ce qu'elle croyait être nécessaire à leurs tristes habitants. Les pauvres femmes en couches n'étaient pas oubliées. Elle les assistait, prenait leurs nouveau-nés entre ses bras avec un amour de mère, les couvrait d'habits qu'elle avait faits, et les tenait souvent sur les fonts baptismaux, afin que cette maternité spirituelle pût lui fournir un motif de plus pour les aimer et les soigner pendant toute leur vie.

Quand un de ces pauvres mourait, elle venait, dès qu'elle le pouvait, veiller auprès du corps, l'ensevelissait de ses propres mains et assistait aux obsèques avec une humilité et un recueillement admirables.

Rentrée chez elle, elle employait ses loisirs à filer de la laine avec ses demoiselles d'honneur, et en faisait ensuite des vêtements pour ses chers indigents.

Souvent elle faisait accommoder pour tout repas et mangeait avec joie des légumes à dessein mal cuits, sans sel, sans assaisonnement quelconque, afin de savoir par expérience comment les pauvres étaient nourris.

Elisabeth aimait à porter elle-même aux malheureux, à la dérobée, non seulement de l'argent, mais encore les vivres et les autres objets qu'elle leur destinait. Le miracle suivant, si connu, vint récompenser sa charité.

Un jour qu'elle descendait accompagnée d'une de ses suivantes, par un petit sentier très rude que Ton montre encore, portant dans les pans de son manteau du pain, de la viande, des œufs et d'autres mets, pour les distribuer aux pauvres, elle se trouva tout à coup en face de son mari, qui revenait de la chasse. Étonné de la voir ainsi ployant sous le poids de son fardeau, il lui dit : « Voyons ce que vous portez > ; et en même temps il ouvrit, malgré elle, le manteau qu'elle serrait, tout effrayée, contre sa poitrine ; mais il n'y avait plus que des roses blanches et rouges, les plus belles qu'il eut vues de sa vie ; cela le surprit d'autant plus que ce n'était pas la saison des fleurs. S'apercevant du trouble d'Elisabeth, il voulut la rassurer par ses caresses ; mais il s'arrêta tout à coup en voyant apparaître sur sa tête une image lumineuse en forme de croix. Il lui dit alors de continuer son chemin sans s'inquiéter de lui, et remonta lui-même à ^la Wartbourg, en méditant avec recueillement sur ce que Dieu faisait d'elle, et emportant avec lui une de ces roses merveilleuses qu'il garda toute sa vie.

Elisabeth avait une prédilection pour les plus malheureux, pour les pauvres lépreux. L'un d'eux, nommé Hélias, était dans un état si pitoyable que personne ne voulait plus le soigner. Elle se crut obligée de faire plus pour lui que pour tout autre ; elle le prit, lui donna un bain, lava ses plaies avec soin, puis le coucha dans le lit du duc, alors absent. Celui-ci arriva contre toute attente, et fut bien vite instruit de ce qui avait eu lieu. Ému de ce qu'il venait d'apprendre, il entra dans sa chambre et enleva brusquement la couverture de son lit. Mais au même moment, selon la belle expression de l'historien, le Tout-Puissant lui ouvrit les yeux de l'âme, et, au lieu du lépreux, il vit la figure de Jésus-Christ crucifié. Louis de Thuringe demeura sans parole à ce spectacle ; il se mit à verser des

larmes abondantes et comprit mieux que jamais la sainteté de son épouse. "

Celle-ci profita de la profonde impression qu'avait faite cette scène sur le duc, pour obtenir de lui la permission de construire un hospice à mi-côte du rocher qui domine la Wartbourg, sur le site occupé depuis par un couvent de Franciscains. Elle y entretint, à dater de ce moment, vingthuit pauvres choisis parmi ceux qui étaient trop faibles pour grimper jusqu'au château. Tous les jours, elle allait les visiter et leur porter elle-même à manger et à boire.

Vivant ainsi avec les pauvres et pour eux, il n'est pas étonnant que Dieu lui ait inspiré ce saint amour de la pauvreté qui a illustré les âmes les plus riches de ses grâces. Tandis que, sorti du peuple, François d'Assise ouvrait au monde comme une nouvelle porte du sanctuaire par où se précipitaient avec ardeur toutes les âmes avides d'abnégation et de sacrifices, le divin Maître suscitait au milieu de la chevalerie allemande cette fille de roi, qui, à quinze ans, méprisait la magnificence et la fortune pour s'attacher à la pauvreté évangélique. Il semblait lui marquer ainsi la place qu'elle se hâta de prendre dans le culte de l'uglise et l'amour du peuple chrétien, à côté du séraphique Père. Elle ne pouvait se défendre d'associer son époux bienaimé à toutes ses secrètes et saintes rêveries, tous les élans de son imagination enfantine vers une vie à la fois plus simple et plus conforme à la perfection évangélique. Une nuit qu'étant couchés ensemble ils ne dormaient pas, elle lui dit : « Sire, si cela ne vous ennuie pas, je vous dirai une pensée que j'ai sur le genre de vie que nous pourrions mener pour mieux servir Dieu. — Dites donc, douce amie, répondit son mari, quelle est votre pensée à ce sujet? — Je voudrais, dit-elle, que nous n'eussions qu'une seule charmée de terre, qui nous fournirait de quoi vivre, et environ deux cents brebis ; et alors, vous pourriez labourer la terre, mener les chevaux et souffrir pour Dieu les- travaux; et moi, j'aurais soin des brebis et je les tondrais. » Le landgrave se mit à rire, et lui répliqua : « Eh I douce sœur, si nous avions tant de terre et tant de brebis, il me

semble que nous ne serions guère pauvres, et bien des gens nous trouveraient encore trop riches, i

Souvent c'était avec ses suivantes, qui étaient aussi ses amies, qu'elle parlait longuement des joies de la pauvreté. Parfois elle s'habillait en pauvresse et feignait de venir leur demander un peu de pain.

Ce fut en 1221, l'année même où saint François publiait la Règle du Tiers-Ordre, que ses religieux s'établirent définitivement en Allemagne. Ils ne pouvaient certes trouver nulle part plus de sympathie et d'encouragement que chez la jeune et pieuse duchesse de Thuringe. Aussi leur donnât-elle bientôt toutes les marques d'un dévouement zélé, et tout l'appui qui était en son pouvoir. Elle commença par fonder au sein même de sa capitale, à Eisenach, un coi; vent de Franciscains avec une église, dès les premiers temps de leur introduction en Allemagne (12 16). Elle choisit ensuite pour confesseur le Fr. Rodinger, l'un des premiers qui eussent embrassé la Règle séraphique, religieux distingué par son zèle, et qui lui conserva pendant toute sa vie un attachement sincère. Par suite de ces relations nouvelles, tout ce qu'elle entendait raconter sur François lui-même enflamma son jeune cœur d'une ardente affection pour lui, et une sorte d'entraînement irrésistible l'excitait à marcher sur les traces de ce modèle suprême de toutes les vertus qu'elle estimait le plus. Elle le choisit dès lors pour son patron et son père spirituel. Ayant connu l'existence du Tiers-Ordre, elle demanda à son mari la permission de s'y faire agréger ; et l'ayant obtenue sans peine, elle fut la première en Allemagne à contracter ce premier lien avec le Saint qui devait bientôt la voir venir régner à côté de lui dans le ciel.

Saint François, instruit par la renommée des grandes vertus de la duchesse de Thuringe, des bienfaits que son Ordre en avait reçus, se réjouit d'une si précieuse conquête. A la persuasion du cardinal Hugolin, il envoya à son illustre fille le pauvre manteau qui le couvrait. Celle-ci le reçut avec un sentiment de vive reconnaissance ; il fut pour elle un trésor dont la mort seule put la séparer.

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Cependant, à peine âgée de dix-sept ans, elle vit s'éloigner son confesseur franciscain qui avait guidé ses pas dans le chemin de la perfection.

Il fallut songer à le remplacer ; le duc écrivit au Pape pour lui demander un guide savant et éclairé pour sa femme. Le Souverain Pontife lui désigna maître Conrad de Marbourg, qui avait étudié à Paris et qui exerçait alors les fonctions de commissaire apostolique du Saint-Office en Allemagne. Ce vénérable et docte prêtre mit un grand dévouement à cultiver la plante précieuse qu'on venait de lui confier. Bientôt les élans vers la perfection devinrent si vifs dans le cœur d'Elisabeth qu'il la trouva un jour, tout en larmes, et se plaignant amèrement de ce que ses parents l'avaient destinée à l'état du mariage, et de ce qu'elle n'avait pu traverser cette vie mortelle en conservant la fleur de sa virginité pour ToÔrir à Dieu.

Cependant, malgré ces regrets inspirés par sa ferveur, elle n'en témoignait pas un amour moins tendre ni moins ardent à son mari. Celui-ci, en revanche, bien loin de gêner ses progrès dans la voie où Conrad l'engageait, y coopérait de son mieux. Il n'hésita pas à lui permettre de faire un vœu d'obéissance complète à tout ce que son confesseur lui prescrirait. Elle ajouta le vœu de continence absolue, dans le cas où elle deviendrait veuve. Elle fit ses deux vœux en 1225, étant âgée de dix-huit ans.

La plus précieuse bénédiction du mariage ne pouvait être refusée par Di#u à ces deux époux, qui offraient à tous les yeux le modèle d'une union chrétienne. Il donna donc à sa fidèle servante la grâce de la fécondité. En 1223, Elisabeth, étant âgée de seize ans, mit au monde son premier-né qui fut appelé Hermann, en mémoire de son père. Un an après, en 1224, elle eut une fille nommée Sophie^ qui depuis épousa le duc de Brabant, et fut la tige de la maison actuelle de Hesse. Elle eut encore deux autres filles ; l'une fut également nommée Sophie^ et l'autre, née après la mort de son père, Gertrude : toutes deux furent consacrées à Dieu dès le berceau, et prirent le voile des épouses du Seigneur.

L'an 1225, le duc Louis se trouvant en Italie à la suite de Tempereur Frédéric II, une grande famine se fit sentir dans la Thuringe. Instruite des généreuses intentions de son époux, Elisabeth distribua aux indigents tout l'argent du trésor ducal et tout le blé de ses domaines. Neuf cents pauvres venaient chaque jour au château chercher leur nourriture. A cette occasion, elle institua deux nouveaux hospices à Eisenach et dans Tun d'eux un asile particulier pour les pauvres enfants malades, abandonnés ou orphelins. Ils étaient l'objet spécial de sa tendresse, aussi leurs petits cœurs comprirent bientôt quelle douce mère le Seigneur leur avait donnée dans leur misère. Toutes les fois qu'elle venait au milieu d'eux, tous couraient à elle et s'attachaient à ses vêtements en criant : c Maman, maman ! » Elle les faisait asseoir à ses côtés, leur distribuait de petits présents, les soignait et les comblait de caresses.

Le temps qu'elle pouvait dérober à la surveillance des hospices, elle le consacrait à parcourir les environs de la Wartbourg, à distribuer des vivres et des secours aux pauvres gens qui ne pouvaient monter jusqu'au château, à visiter les moindres chaumières, y rendre les services les plus bas et les plus étrangers à son rang.

Un jour qu'elle entra dans la cabane d'un pauvre malade qui était tout seul, il lui demanda plaintivement du lait, en disant qu'il n'avait pas la force d'aller traire sa vache. Aussitôt l'humble princesse entra dans l'étable, et se mit en devoir de traire de ses propres mains la vache du pauvre ; mais ranimai, peu habitué à être manié par des mains aussi délicates, ne lui permit pas d'accomplir sa bienfaisante action.

On montre encore, près de la Wartbourg, \di fontaine d*Èlisabetky où elle lavait le linge des pauvres. Au bas de la montagne que domine ce château, on voit se déployer une vallée charmante arrosée par un paisible ruisseau qui coule au milieu des prairies pleines de roses et de lis ; les flancs en sont ombragés par des chênes vigoureux. Dans un de ces détours, cette forêt forme une gorge secrète et solitaire où s'élève une pauvre chaumière qui était autrefois

une chapelle. C'était là que descendait la chère sainte Elisabeth, chargée de livres pour les pauvres auxquels elle voulait éviter la pénible montée au château.

Les prisonniers n'échappèrent pas non plus à sa sollicitude ; elle allait les visiter partout où elle savait qu'il y en eut, délivrait à prix d'argent autant qu'elle pouvait de ceux qui étaient détenus pour dettes, pansait et soignait les blessures que leurs chaînes avaient faites, puis se mettait à genoux à lefUr côté, et demandait avec eux à Dieu de veiller sur eux et de les préserver de toute peine ou de tout châtiment.

Toutes ces occupations, si propres à faire naître dans l'âme humaine la fatigue, le dégoût et l'impatience, produisaient en elle une paix et une joie célestes.

L'an 1227, une armée de croisés, réunie par les soins du pape Grégoire IX, se disposait à s'embarquer à Brindes, après la fête de l'Assomption, sous la conduite de Frédéric II, empereur d'Allemagne. Le duc de Thuringe avait pris la croix un des premiers entre les princes chrétiens. Bien qu'attristée de son départ, Elisabeth l'avait affermi dans cette noble détermination et accompagné durant deux jours, jusqu'au delà des limites de ses domaines. Les adieux furent des plus émouvants ; le prince ne pouvait se dégager des embrassements de sa chère épouse, et il eut besoin de faire appel à toute sa foi pour accomplir son sacrifice.

A cause de sa bravoure, il fut nommé chef des croisés de toute l'Allemagne. Mais, hélas ! arrivé à Otrante sur l'Adriatique, il fut saisi d'une fièvre violente et bientôt il mourait de la mort des saints, à l'âge de vingt-sept ans, le II septembre 1227, heureux d'avoir trouvé le trépas sous la bannière du Christ, à son service et à sa solde.

Les chevaliers chargés de porter à la Wartbourg la funeste nouvelle n'y arrivèrent qu'au commencement de

l'hiver. Elisabeth venait de donner le jour à son quatrième enfant et était encore malade ; ils furent donc reçus par la duchesse Sophie, qui alors sembla retrouver quelque tendresse pour réponse de son fils : elle défendit de Tinstruire, de peur de compromettre sa santé, du malheur dont elle était frappée ! Plus tard, quand elle crut le moment favorable, elle vint elle-même la trouver pour tout lui apprendre. Cette nouvelle fut comme un coup de foudre pour Elisabeth ; elle demeura d'abord sans parole ; puis, joignant les mains, elle s'écria : « Ah! Seigneur mon Dieu! Seigneur mon Dieu ! voilà que le monde entier est mort pour moi, le monde et tout ce qu'il renferme de doux. > Folle de douleur, elle se mit ensuite à courir de toutes ses forces à travers les salles et les corridors du château en criant : « U est mort, mort, mort ! » On essaya de la consoler, mais elle ne faisait que pleurer et sangloter avec violence : elle était veuve à vingt ans !

C'était le commencement des douleurs. Peu de jours après, Henri, frère du prince défunt, usurpant les droits d'Elisabeth, prit le gouvernement de ses États à l'instigation de conseillers iniques et députa vers elle quelquesuns d'entre eux, pour lui reprocher ses œuvres de miséricorde comme autant d'actes de folie propres à déshonorer sa race, ses aumônes comme des profusions ruineuses dont le duché avait à souffrir maintenant, et lui signifier qu'en punition de telles fautes, elle était privée de ses biens et de son château, dont elle devait sortir sans délai. Ces ordres d'une injustice révoltante lui furent notifiés d'une façon si barbare que la duchesse Sophie, outrée de l'audace des courtisans, prit sa belle-fille dans ses bras et s'écria : < Elle restera avec moi ; personne ne me l'arrachera. Où sont mes fils ? Je veux leur parler. » Toute réclamation fut inutile ; on refusa à Elisabeth la permission d'emporter le moindre objet ; elle dut sortir les mains vides de ce palais témoin de sa gloire et de ses saintes œuvres. La fille des rois descendit seule à pied, en pleurant, le sentier rude et escarpé qui menait à la ville. Elle portait entre ses bras son nouveau-né : ses trois autres enfants étaient conduits

par ses filles d'honneur, Guta et Ysentnide, chassées et spoliées comme elle. On était en plein hiver, im froid rigoureux se faisait sentir. Arrivée dans la ville d'Eisenach qu'elle avait comme inondée de sa charité, elle y trouva des cœurs non moins impitoyables et, chose à peine croyable! pas une porte ne s'ouvrit devant cette princesse en larmes, devant ces quatre enfants transis de froid; la crainte avait glacé tous les cœurs, car le landgrave avait fait publier que quiconque accueillerait Elisabeth et ses enfants encourrait un châtiment.

Après avoir frappé en vain à toutes les portes, l'infortunée princesse se dirigea vers une misérable taverne. L'hôtelier consentit à lui assigner pour asile pendant la nuit, à elle et aux siens, ime masure où étaient logés ses pourceaux. Il les fit sortir pour donner place à la duchesse de Thuringe, à la princesse royale de Hongrie. Mais à peine en ce lieu, elle sentit le calme renaître tout à coup en son âme, une sainte joie descendit en elle et la pénétra tout entière. Elle resta dans cette disposition jusqu'à minuit : à cette heure, entendant sonner les Matines à l'église des Franciscains, elle se dirigea vers ce sanctuaire, suivie de ses deux compagnes, assista à l'office et pria les religieux de vouloir bien chanter le Te Deum en reconnaissance des calamités dont elle était frappée et de la grâce d'avoir été élue à la voie de la sainte pauvreté. Ce fut pour elle l'heure du triomphe sur le monde et sur ellemême. Désormais, ce ne sera plus une jeune et naïve épouse confondant dans l'innocente tendresse de son âme le culte de son Père céleste avec les plus douces et les plus légitimes affections de la terre, ce sera une pénitente livrée à toute la grandeur de la vie ascétique, s'élançant hors des voies ouvertes à la piété commune des fidèles, déracinant de sa vie et brisant dans son cœur tout ce qui avait pu s'y placer à côté de Dieu; ce sera la veuve chrétienne, la religieuse franciscaine élevée à sa plus haute puissance, de plus en plus dépouillée d'elle-même et arrivée enfin au suprême degré de l'abnégation et de la mortification spirituelle.

Cependant quelques âmes charitables et sûres offrirent à Elisabeth de se charger de ses enfants en attendant des jours meilleurs. La crainte de les voir succomber à des privations quotidiennes la fit consentir à une séparation qui brisait son cœur, car elle les aimait à Texcès.

Une fois rassurée de ce côté, Elisabeth ne vit plus dans sa misère un fardeau ; elle sut y pourvoir en se livrant au travail des mains, comme une simple femme du peuple. Les injures, les moqueries ne lui manquèrent pas en ces temps d'épreuves ; souvent même elles lui vinrent des personnes dont elle avait soulagé l'indigence.

Un jour, une pauvre mendiante, qu'elle avait longtemps assistée, la heurta avec violence et la fit tomber dans un ruisseau fangeux ; puis joignant l'insulté à la brutalité : c Cela te sied bien, lui dit-elle, tu n'as pas voulu vivre en princesse, lorsque tu l'étais ; reste là couchée dans la fange comme une pauvresse, et n'attends pas que je t'en retire. > Elisabeth, toujours douce et patiente, se releva comme elle put, et se mit à rire cordialement de sa chute en disant : € Voilà pour l'or et les pierres précieuses que je portais autrefois > ; puis elle alla, pleine de résignation, laver ses vêtements dans une eau voisine.

Au milieu de tant d'humiliations, Elisabeth n'oublia pas un seul instant que c'était la main de Dieu qui les lui envoyait, et jamais son cœur ne s'ouvrit au murmure ni à la plainte. Tout au contraire, uniquement livrée à la prière et à toutes les pieuses pratiques de dévotion, elle y cherchait sans cesse le Seigneur, et ne tarda pas à le trouver. En effet, des visions, de fréquentes révélations de la gloire et de la miséricorde célestes vinrent récréer et rafraîchir son âme. Vers la fin d'une extase, Ysentrude l'entendit une fois s'écrier avec un accent d'inefiable tendresse : « Oui, certes. Seigneur, si tu veux être avec moi, je veux être avec toi et n'être jamais séparée de toi. »

La sainte Vierge lui apparut aussi très souvent pour l'instruire, l'éclairer, la fortifier dans les voies où Dieu l'appelait à marcher. La tradition détaillée de ces entretiens sacrés , recueillie d'après les récits d'Elisabeth elle-

même, a été conservée à la postérité catholique dans les annales de l'Ordre de Saint-François de Mariano de Florence, et la collection des Acta Sanctorum,

Cependant les choses ne tardèrent pas à changer de face; Mathilde, abbesse de Vritzing-sur-le-Mein, et tante maternelle d'Elisabeth, instruite par la duchesse Sophie des avanies sans exemple auxquelles était soumise la pieuse princesse, envoya sur-le-champ des hommes fidèles avec mission de la conduire à son monastère. Les princes n'osèrent résister, et la jeune femme put jouir de quelques jours de paix en la société de ses enfants, dans cette sainte solitude.

Bientôt Egbert, prince-évêque de Bamberg, son oncle, connut à son tour les cruelles épreuves de sa viduité. Il fit venir Elisabeth dans ses États, lui offrit de la faire reconduire en Hongrie, et, sur son refus, il lui donna pour résidence le château de Botteinsten, avec des revenus et une maison en rapport avec son rang. Là, avec ses deux suivantes, elle reprit ses pieux exercices du jour et de la nuit.

L'évêque songea aussi à rengager sa nièce dans les liens du mariage; elle eut pu devenir l'épouse de l'empereur Frédéric III; mais le choix était fait : Dieu seul devait être son partage à jamais. Comme preuve de son inébranlable résolution, elle donna sa robe de noces au monastère d*Andechs.

Les compagnons de Louis de Thuringe avaient emporté en Allemagne les restes de leur bien-aimé souverain. Arrivés à Bamberg, ils firent prévenir l'évêque et la duchesse "de leur retour, et tout fut préparé pour recevoir triomphalement le corps de l'illustre prince. Le lendemain, i::.lisabeth se faisait ouvrir le cercueil dont la vue seule rappelait l'histoire cruelle de toutes ses amertumes. La blessure de son cœur se rouvrit, les larmes coulèrent abondantes, mais enfin elle éleva son regard vers Dieu et la force revint à son âme.

Les princes, auteurs des calamités d'Elisabeth, assistèrent aux funérailles de leur frère avec leur mère, la du-

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chesse Sophie. Après la sépulture du duc, ses nobles compagnons tinrent conseil sur les événements accomplis en leur absence, et résolurent d^adresser de sévères remontrances à Henri et à son frère Conrad. Quatre d'entre eux furent choisis pour cette mission; ils vinrent, suivis de tous les chevaliers, au palais des jeunes princes, et là, en présence de la duchesse Sophie, l'un d'eux rappela à Henri Imdignité de sa conduite, la cruauté de ses actes, l'oubli de ses premiers devoirs, son ingratitude envers son illustre frère, l'injure faite à Dieu, le déshonneur jeté sur le pays de Thuringe. La duchesse Sophie versait des larmes, le prince finit par s'émouvoir et pleurer à son tour, il offrit de réparer ses injustices et les quatre envoyés furent chargés de traiter avec Elisabeth des conditions d'un rapprochement.

La Sainte, de plus en plus détachée des choses de ce monde, répondit aux propositions du duc Henri : « Je ne veux ni de ses châteaux, ni de ses villes, ni de ses terres, ni rien de ce qui peut m'embarrasser et me distraire ; mais je serai très reconnaissante envers mon beau-frère, s'il veut bien me donner, sur ce qui m'est dû de ma dot, de quoi pourvoir aux dépenses que je veiix faire pour le salut de mon cher défunt et le mien. » Alors une entrevue eut lieu; Henri demanda pardon de ses torts si graves et si nombreux; et Elisabeth, pour toute réponse, se jeta dans les bras de son beau-frère, en pleurant ; la duchesse Sophie, son fils Conrad, les chevaliers mêlèrent leurs larmes à celles de la sainte princesse. Les droits de ses enfants furent assurés; Hermann, son fils aîné, fut reconnu héritier légitime des duchés de Thuringe et de Hesse, et la régence accordée à son oncle Henri.

Après ces arrangements, Elisabeth se rendit avec ses enfants au château de la Wartbourg, d'où elle avait été chassée après la mort de son époux. Elle y séjourna environ un an, uniquement occupée à la prière, à la contemplation et aux œuvres de charité. Bientôt ce palais lui paraissant trop plein des agitations du monde, elle obtint de pouvoir se retirer dans la ville de Marbourg (Hesse),

que le duc Henri lui donna à titre de douaire. Elle s'y fit construire, auprès du couvent des Frères-Mineurs, une maisonnette de bois et de terre glaise, comme une cabane pauvre, où elle passa les deux dernières années de sa vie.

N'ayant pu obtenir de son directeur, Conrad de Marbourg, de se renfermer dans un monastère de Clarisses ou de mendier son pain de porte en porte, elle résolut de donner à son affiliation au Tiers-Ordre un caractère irrévocable et solennel ; et bien que jusqu'alors cette branche de la famille franciscaine n'eût point été regardée comme formant un Ordre régulier et monastique, elle voulut porter l'habit extérieur de cet institut, faire profession publique, comme les religieuses, et joindre à la pratique de la Règle les trois vœux de religion. Elle choisit pour cette solennelle consécration l'église des Franciscains et le jour du Vendredi -Saint 1229. Pendant qu'elle prononçait les vœux, les mains posées sur la pierre nue de l'autel, le P. Burckhard, gardien des Frères-Mineurs, lui coupa les cheveux, la revêtit de la tunique grise et la ceignit de la corde. Elle conserva ce costume, allant en outre toujours nu-pieds, jusqu'à sa mort. A dater de ce moment, comme pour effacer toutes les marques de sa grandeur passée, elle fit substituer, sur le sceau dont elle se servait, la jfigure d'un Franciscain déchaussé aux armoiries de sa famille et de son époux. Elle se sépara aussi de ses enfants qui furent confiés à des personnes sûres ; Guta et Ysentrude, ses fidèles compagnes et tertiaires elles-mêmes, restèrent avec elle.

Véritable religieuse franciscaine, Elisabeth voulut que la pauvreté volontaire qu'elle s'était imposée fut aussi réelle et aussi complète que possible. Elle consacra donc tous les revenus, sans exception, dont maître Conrad l'avait forcée de garder la propriété nominale, au soulagement des pauvres et à des institutions charitables. Elle s'attacha à vivre comme une pauvre ouvrière, du travail de ses mains, en filant le lin.

A peine arrivée à Marbourg, son premier soin fut d'y faire construire un hôpital qu'elle consacra à la mémoire

Vil»

de saint François d* Assise, d'après l'injonction du pape Grégoire IX, qui yenait de canoniser Thomme séraphique. Elle devint Tinfirmière et la servante des malades; son active charité ne connaissait pas de lieu plus délicieux que le séjour de la souffrance. Ceux des malades qui étaient le plus faits pour inspirer le dégoût, qui éloignaient et révoltaient tout le monde, devenaient aussitôt l'objet de sa sollicitude et de sa tendresse, recevaient de ses royales mains les soins les plus touchants. Elle les caressait avec une douce familiarité; elle baisait leurs ulcères et leurs affreuses plaies.

Toutefois les lépreux continuaient toujours à être l'objet de sa prédilection et en quelque sorte de son envie, puisque c'était, de toutes les misères humaines, celle qui pouvait le mieux détacher ses victimes de la terre. Fr. Gérard, provincial des Franciscains d'Allemagne, qui était, après maître Conrad, le confident le plus intime de ses pieuses pensées, étant un jour venu lui rendre visite, elle se mit à parler longuement avec lui de la sainte pauvreté, et vers la fin de l'entretien, elle s'écria : c Ah ! mon Père, ce que je voudrais, du fond du cœur, ce serait d'être traitée en tout comme une lépreuse ordinaire. Je voudrais qu'on fît pour moi comme on fait pour ces pauvres gens, une petite hutte de paille, et que l'on y suspendît devant la porte un linge pour avertir les passants, avec un tronc pour qu'on pût y jeter quelque aumône. » A ces mots, elle perdit connaissance et tomba dans une sorte d'extase, pendant laquelle le Père Provincial lui entendit chanter des hymnes sacrées ; après quoi elle revint à elle.

Jamais on n'avait vu remporter un si merveilleux triomphe sur toutes les répugnances des sens, ni unir à ce point l'ardeur et la persévérance dans la pratique du plus humble dévouement.

Sa mortification était extrême. Elle ne mangeait le plus souvent que des légumes les plus ordinaires, cuits dans l'eau pure et sans sel. Elle les préparait elle-même tant bien que mal. Ses vêtements répondaient du reste à sa nourriture : elle portait une robe de gros drap non teint,

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dont les paysans et les pauvres seuls se servaient. Cette robe, toute déchirée, surtout aux manches, était rapiécée avec des morceaux de différentes couleurs, et serrée autour de sa taille par une grosse corde. Son manteau, de la même étoffe que sa Vobe, étant devenu trop court, elle le rallongea avec une pièce d'une autre couleur. Elle ne craignait pas de sortir dans ce costume ; ce qui la faisait regarder par certains comme une folle, mais par d'autres, plus éclairés, comme une seconde sainte Claire.

Au milieu de toutes ces privations, elle ne perdait rien de l'aménité de son caractère, ni de l'affabilité, delà bonté extrême et universelle qui l'avaient toujours distinguée.

Cependant le roi de Hongrie, le père riche et puissant de cette pauvre infirmière, ayant appris la nouvelle de l'état de pauvreté où se trouvait réduite sa fille, envoya vers elle un ambassadeur de sa cour pour la ramener auprès de lui. Mais Elisabeth résista à toutes les sollicitations et resta dans sa petite chaumière de Marbourg, heureuse de donner tout ce qu'elle avait aux pauvres. Le duc Henri lui ayant envoyé la somme très considérable alors de cinq cents marcs d'argent, elle fit annoncer qu'elle les distribuerait dans la plaine de Wehrda. Au jour indiqué, on vit paraître plusieurs milliers de mendiants, d'aveugles, d'estropiés, d'infirmes et de pauvres des deux sexes,, et, en outre, une foule nombreuse, avide d'assister à un spectacle si merveilleux. Elisabeth présida elle-même à la répartition des aumônes, passant de rang en rang, et servant tous ces malheureux, les reins ceints d'un linge, comme Jésus-Christ avait servi ses disciples.

On pourrait croire qu'il ne manquait rien à la pieuse duchesse pour être arrivée au but qu'elle s'était si courageusement imposé, à l'amour exclusif de Dieu et de ses frères en Jésus-Christ, au mépris absolu du monde et de ses biens ; il lui restait néanmoins à briser sa volonté jusque dans ce qu'elle avait de plus légitime et de plus enraciné, dans l'exercice des œuvres de miséricorde. Son illustre et rude directeur se chargea de ce soin. Il lui défendit de faire l'aumône aux pauvres, la ûrappant sévère-

ment si elle oubliait cette prescription. Il lui ordonna de se séparer de Guta et d'Ysentrude, ses suivantes et ses amies d'enfance qu'elle chérissait tendrement. Conrad les remplaça par deux femmes d'un genre fort différent. L'une était une fille du peuple rude et grossière à l'excès, et si horriblement laide qu'elle servait d'épou vantail aux enfants. L'autre était une veuve âgée, d'un caractère aca« riâtre et revêche, qui passait les jours et les nuits à se mettre en colère. Elisabeth se résigna à ce changement si pénible dans ses habitudes avec une parfaite docilité, pour l'amour du Christ.

Dieu récompensa d'une manière merveilleuse tant d'abnégation et de charité : de nombreux miracles marquèrent les dernières années de la vie de la Sainte; son nom devint de plus en plus célèbre ; les malades et les infirmes vinrent en grand nombre implorer le secours de ses prières et s^en retournaient guéris. Plus elle avançait vers la fin de sa courte carrière, plus ses prières aussi se transformaient en extases et en ravissements. Le nombre des révélations, des visions, des entretiens surnaturels qu'elle eut à ces occasions fut immense.

Enfin son céleste Epoux l'appela à lui par ces paroles qu'il lui dit dans une apparition : c Viens, Elisabeth, ma bien-aimée, viens avec moi dans le tabernacle que je t'ai préparé de toute éternité. > Elle reçut les sacrements avec une ferveur admirable, et trois jours durant, elle dit des choses si ravissantes sur nos saints mystères qu'on croyait entendre un ange. Ses dernières paroles furent celles-ci : < O Marie! viens à mon secours!... Le moment arrive où Dieu appelle ses amis à ses noces. L'Époux céleste vient chercher son épouse... » Puis à voix basse : t Silence!... silence ! > et baissant la tête comme pour s'endormir, elle rendit le dernier soupir. Un délicieux parfum se répandit aussitôt dans l'humble chaumière qui ne renfermait plus que sa dépouille mortelle et l'on entendit dans les airs un chœur de voix célestes. C'était dans la nuit du 19 novembre de l'année 1231; la Sainte avait à peine accompli sa vingt-quatrième année.

9K offierc dam la dtapelle r^. Df acmbcvHX miracles t Grégoire ES llDsoiTit an

l>Tire régciîet cêtèbrent sa mncFC ctese avec octave ; excepôoa de cttte Sainte, de Les les Terras et spécialemeot de loues les [xHuies cenvries.

LE n.

;ÉLISE de MARSCIANO périenre gêoéralc da Tiers-Ordre é {■377-t4?3-

que les historiens de l'Ordre ftû, du Dom de son père, sei- '.orbara, du nom de sa mère, ntôt de Civt'tella, du nom de Poligno, du nom de la ville juit en 1377 au château de les d'Orvieto, ta Italie.

e profondémeot pieuse, l'en- :rtu et des actions tout à fait , Ses jeux et ses amusements ts autels, à réunir les petites fier et chanter des cantiques.

liât qu'elle devait exercer ua ennes.

perdit sa mère bien-aîmée.

it cruellement son cœur, lui ur les choses de la terre et quement à Jésus-Christ. Elle é ; le céleste Époux qu'elle le toutes ses pensées ; elle le

la prière, dans la fuite et le

mépris du monde, elle le servit dans la personne des pauvres ; sa vie fut en un mot toute consacrée à l'oraison, à la pénitence et aux œuvres de charité.

Angéline venait d'atteindre sa quinzième année, lorsque son père, désireux d'accroître l'éclat de sa maison, lui proposa pour époux un noble seigneur de l'Abruzze, Jean de Terni, comte de Civitella. Notre Bienheureuse repoussa énergîquement ce mariage, afin d'être fidèle à son vœu. Mais Angioballi, irrité de sa résistance, entra dans une violente colère, l'accabla d'injures et de reproches, et alla 'à la menacer de mort si elle s'opiniâtrait dans sou : puis il lui accorda huit Jours pour réfléchir. Dans perplexité, elle se tourna vers Dieu, Marie, saint h et l'Apôtre vierge, les suppliant de la couvrir de ,>rotection. Elle redoublait ses prières, quand une voix céleste se fit entendre et lui dit : * Allez, ma fille, soumettez-vous aux volontés de votre père et abandonnez -vous, ponr le reste, aux sages dispositions de la Providence. »

Angéline annonça sa nouvelle détermination à son père qui, tout joyeux, fit venir de suite le futur époux, de crainte que si l'affaire traînait en longueur, sa fille ne vînt à se repentir et à retirer sa parole. Les négociations furent bientôt terminées, et les noces se firent avec une grande solennité. Mais, au milieu de la joie générale, la jeune femme restait soucieuse. Aussitôt qu'elle put se retirer, elle vint se prosterner dans sa chambre devant son crucifix, conjurant avec larmes le divin Maître de lui venir en aide selon sa promesse. A l'instant même, un ange lui apparaît, l'encourage et la rassure. Le comte, pendant ce temps, observait secrètement ce que faisait son épouse ; étonné de la voir s'entretenir familièrement avec un jeune homme, il s'élance dans la chambre; mais Acgéliae est seule, ses yeux sont encore humides de larmes. Aux questions emportées de son époux, elle répond comment elle avait iait vœu de virginité et comment un ange était venu pour la consoler dans sa peine et la protéger dans le danger où elle se trouvait. Elle le supplie ensuite de lui permettre de garder fidèlement ses promesses. Le jeune comte, chrétien

i^syç-t

au cœur noble et généreux, comprit tout ce qu'il y avait d'héroïque dans la vertu de sa pieuse épouse, et, non content d'accéder aux désirs d'Angéline, il voulut, à son exemple, conserver en son âme le lis de la pureté qu'il avait gardé jusque-là ; peu de temps après, il se consacrait, lui aussi, au Seigneur, par le vœu de perpétuelle chasteté.

Les deux époux se retirèrent au château de Civitella, et là, loin du monde, tout occupés du bonheur de leurs vassaux, ils se livrèrent aux œuvres de miséricorde et de piété. Les pauvres devinrent l'objet de leur tendresse et de leurs soins ; chacun de leurs subordonnés reçut d'eux des conseils dignes de Içur religion éclairée ; toute la contrée fut témoin de leiu* mépris des vanités mondaines, de leur fidélité aux moindres pratiques de la vie chrétienne, de leur pénitence, de toutes les vertus dont ils ne cessèrent de donner l'exemple. Après deux années, le comte était mûr pour le ciel, le Seigneur l'appelait à lui et l'admettait à la récompense de ceux dont il est écrit : « Bienheureux ceux qui ont le cœur pur, car ils verront Dieu. >

Libre de tout lien terrestre à l'âge de dix-sept ans, Angéline se sentit plus que jamais attirée vers le ciel. Elle revêtit l'habit du Tiers-Ordre de Saint-François avec quelques-unes de ses dames d'honneur, et fit ouvertement profession de renoncer à toutes les vanités de ce monde. Sa demeure devint une école de vertus ; son cœur s'ouvrit encore davantage à la compassion envers les malheureux. Ne voyant plus dans les femmes attachées à son service que des compagnes et des égales, elle les dirigea dans les voies de la charité, leur apprit à être le soutien des pauvres, la consolation des veuves, le refuge des orphelins, à visiter les malades et à alléger leurs souffrances, à aimer les pécheurs, à prier pour le salut des âmes et à les retirer du vice par de salutaires exhortations : en un mot, elle fut leur exemple, leur conseil, leur guide et leur mère. Dieu donnait à ses paroles une vertu extraordinaire, et il sanctionna plus d'une fois ses œuvres de charité par d'éclatants miracles.

Civitella fut bientôt un champ trop étroit la Bienheureuse ; suivie de quelques-unes les, elle se mit à parcourir la plupart des 'ince de l'Abruzze, annonçant la pénitence onviant les jeunes personnes à la vie des nt de Dieu à tout le monde. Quelques nos ayant renoncé aux espérances terrestres la Règle du Tiers-Ordre ou entrer dans le issez pour exciter une tempête contre An- :usa de dilapider les biens de son mari,

ses rêveries les femmes de sa suite, de les une foule de jeunes filles, de leur apprenle mariage, de le condamner elle-même et

trouble dans les familles par ses discours Ile fut déférée à Ladislas, roi de Naples, abonde dont les doctrines n'allaient à rien s en peu d'années un désert de l'Abnizze.

comparaître devant ^ui, bien résolu dans infliger le supplice des hérétiques, la peine

lorant ce que signifiait un pareil ordre, se adre à Naptes, sans soupçonner à quel péosée ; mais le Seigneur lui révéla les emnemis et les intentions du roi. Il lui ordonna sans crainte, de prendre dans les plis de sa 3ns ardents et de les offrir au prince aân lite le bûcher où elle devait périr, si elle Arrivée à Naples, elle se dispose par la ;e communion à obéir aux ordres du Ciel, idiquée, elle se dirige au palais, où l'attenlilîeu d'une foule nombreuse de courtisans ait point fait part de ses intentions. Calme ïlle découvre à Ladislas ses projets contre it les plis de sa robe : • Prince, s'écriaeigné l'erreur, si je suis coupable, voici le ïûcher, je ne refuse pas la peine due à mes e met alors à faire l'éloge de la virginité, le de l'Eglise, en présence du monarque

^--^ffrs^^r

Stupéfait ; elle le ravit par son courage et le miracle éclatant dont il est témoin : ce jour est pour elle un jour de triomphe, son innocence est proclamée et la calomnie confondue,

Angéline passa quelques jours à Naples. Elle les employa à visiter les églises et à vénérer les reliques des saints que possédait cette ville. Sur ces entrefaites, l'héritier d'une noble famille napolitaine vint à mourir ; avec lui s'éteignait l'un des noms les plus illustres de la cité. La mère, ayant réussi à amener à sa demeure l'humble fille de saint François, la supplie avec larmes de rendre la vie à son fils. Celle-ci, après s'être longtemps excusée de faire un semblable appel à la puissance divine, se mit en prière, communia le lendemain matin, revint à la maison, et, s'approchant du lit où reposait le mort, elle lui commanda de se lever. A l'instant, le jeune homme ouvrit les yeux, comme au sortir d'un profond sommeil, et reparut au milieu des siens, plein de vie et de santé. Le bruit du prodige se répandit rapidement par toute la ville, et attira à la Bienheureuse la vénération universelle ; son humilité s'en alarmant, elle quitta Naples secrètement et s'en retourna à

Civitella.

Pendant le cours de ce voyage, Angéline continua à travailler au salut des pécheurs et à prêcher la virginité ; un grand nombre de jeunes filles se joignirent à celles qui s'étaient déjà mises sous sa direction et la suivirent à Civitella. Ses nouveaux succès amenèrent de plus pressantes dénonciations, on la représenta au roi comme une personne exerçant sur la jeunesse une séduction dangereuse. Fatigué de ces plaintes et importuné par les obsessions des seigneurs et des courtisans, il porta un décret d'exil contre la comtesse et ses compagnes.

Heureuse d'être en butte à la persécution, Angéline bénit le Seigneur qui daignait ainsi accroître en elle le mépris de ce monde et le désir d'une patrie meilleure, elle considéra l'exil comme le vrai chemin du ciel.

Sans perdre de temps, elle vendit ses biens, en distribua une partie aux pauvres, garda l'autre afin de pourvoir aux

ÎLIGIEUSES FRANCISCAINES

lagnes, et anima toute sa pieuse tronpe urage. Avertie dans la prière de se renj gagner l'indulgence de la Portioncule ordres du Ciel, elle sortît de Civitella ts unanimes d'un peuple admirateur de rint dire adieu à son père, qui la reçut gagea cette fois à persévérer dans son li ofirani un asile dans son château, si r sa demeure. Elle lui remontra avec sistible ce que le Seigneur aitendait uels sacrifices elle devait lui conquérir Uard, donnant sa bénédiction, la laissa mx inspirations de la grâce. Ceci se géline n'avait encore que diï-huit ans.

avec sa pieuse phalange de vierges, siter l'église de Saint- François et de août, fête de la Portioncule, elle entra le Sainte-Marie des Anges, et là, hum-

contre terre, son premier soin fut de culeurs, puis elle implora les lumières ■nir. Angélîne, ravie en extase, reçut

à Foligno et d'y élever pour elle et ses e soumis à la Règle du Tiers-Ordre de

dirigea avec ses compagnes vers cette itd dans l'église des Franciscains, afin ;tion dii Patriarche séraphique et de la le de Foligno, dont le corps repose , De là, elle se rendit à la demeure de

d'Angelo, et le pria humblement de der un monastère. Le prélat, touché de le et de ses filles, accéda de bon cœur

avant tout il voulut prendre l'avis du dont l'autorisation était requise [Jour

maisons de réguliers. En attendant, il voir au logement et à la nourriture de

es après, la permission étant obtenue

du pape Boniface IX, l'évêque s'entendit avec Hugolin de I Trmcî, seigneur de Foligno, qui assigna aux religieuses ( UQ emplacement près des remparts et leur donna un jardin. Angéline acheta une maison voisine où elle se logea provisoirement et poursuivit en toute hâte l'érection du mo- t nastère. Deux ans plus tard, eu 1397, tout étant terminé, et la maison placée sous le patronage de sainte Anne, la bien- [ heureuse fondatrice y entra avec sept de ses anciennes compagnes, parmi lesquelles se trouvaient des jeunes filles d'illustre naissance, telles que Lucrèce, et Catherine, de la noble famille des comtes Délia Genga. Elles s'engagèrent par la profession solennelle à observer la Règle du Tiers- Ordre de Saint-François, et firent les quatre vœux de pauvreté, chasteté, obéissance et de clôture perpétuelle (i). Angéline, alors âgée de vingt ans, fut élue Supérieure de la nouvelle communauté, qu'elle embauma du parfum de ses héroïques vertus, La noblesse de sa famille, son titre de comtesse, les richesses qu'elle avait possédées dans le monde, ne lui donnaient aucun mouvement d'orgueil. Son humilité était si grande, qu'elle ne souffrait pas qu'on lui parlât de l'antiquité et de la splendeur de sa maison ; elle se plaisait â rendre à toutes les religieuses les plus humbles services, comme si elle eût été la dernière d'entre elles. Sa prière était continuelle, elle mortifiait son corps par les austérités de la pénitence et s'exerçait à toutes les œuvres de charité ; le démon la tourmentait de diverses manières, mais, par sa confiance en Dieu, elle restait toujours victorieuse des assauts de l'enfer.

Ses filles spirituelles marchaient généreusement sur ses traces. La renommée de leurs vertus leur attirant sans cesse de nouvelles postulantes, la Sainte se vit obligée, àia prière des habitants, de fonder, en 1399, dans la même ville de Foligno, un nouveau monastère sous le titre de sainte Agnès. Elle établit Supérieure de la nouvelle communauté la Ôie/tkeureuse Marguerite Dominici de Foligno, célèbre

laire de la fondation

RELIGIBUSIÏS FRANCISCAINES

les aombreux miracles qu'elle opéra dubs sa mort.

ion, le monastère de Sainte- Agnès devint :eltti de Sainte-Anne, le sanciuaire de

La bienheureuse Marguerite eut pour ie Foligno, qui, favorisée du don de conenvoler vers le ciel, le jour de la fête de ne multitude d'âmes délivrées du purgates du séraphique Patriarche ; Gabrielle .'on vit souvent élevée dans les airs par nges et environnée de lumière ; Agnès de . funérailles furent célébrées par une muljui fîreutentendrc un chaut merveilleux et te ; Marie de Massa, que le Sauveur ren- ^ douleurs de sou couronnement d'épi- ™x premiers monastères du Ïiers-Ordre écurcnt un grand nombre d'autres fidèles Christ, favorisées de grâces singulières, de sainteté d'Angéline et de ses filles laus toute l'Italie, plusieurs villes vinrent s Sœurs pour faire dans leur sein de seœs. Un bref du pape Martin V, en 1421, scaines de Foligno de répondre à l'appel nés et bientôt de nouveaux monastères sieurs provinces.

;i, la sainte fondatrice, attirée vers As- Is et pieux souvenirs, alla fonder elledlle le couvent de San-Quirico.'E.a 1427, îainl Bernardin de Sienne, qui prêchait be, elle envoya quatre de ses filles fon-

dans cette ville ; cette fervente commute-encore aujourd'hui, sous le titre de ît fait partie de la Province Romaine des bservants, fut illustrée par les vertus de de Mariscotti. En 1429, la Sainte envoya : ses filles, pour y établir le monastère de i l'on vit entrer des jeunes filles des prèle ce nombre se trouvait la bienheureuse

Antoinette de Floreoce, que ses admirables vertus firent bientôt choisir comme Abbesse de Sainte-Anne de Foligno; en 1433, celle-ci fondait un nouveau monastère à Aquila et, quatorze ans plus tard, elle quittait le Tiers- Ordre régulier, pour embrasser la Règle des Clarisses,

En 1428, le pape Martin V réunit tous les monastères fondés par la bîenlieureuse Angéline en une seule Congrégation, sous le gouvernement d'une Supérieure générale ; eu 1430, le même Pape soumit cet institut et ses diverses communautés à la juridiaîon des Frère s- Mineurs de l'Observance; la bienheureuse Angéline fut appelée à la charge de Supérieure générale, office qu'elle remplit avec le plus grand zèle jusqu'à sa mort, arrivée le 14 juillet dé l'année 1435 î elle avait fondé de son vivant seize monastères.

Sentant approcher son heure dernière, notre Bienheureuse voulut faire une confession générale ; elle appela ensuite ses Sceurs bien-airaées, leur parla une dernière fois avec cette tendresse maternelle dont l'empire avait été si puissant, les exhorta à suivre, sans en rien retrancher, la sainte Règle adoptée librement par chacune d'elles; puis, les ayant bénies et avec elles toutes les religieuses des autres maisons, elle reçut la sainte Eucharistie et l'Extrême- Onction. Alors, se regardant comme étrangère à ce monde, elles'abandoonaà la méditation du bonheur du ciel; bientôt son âme fut ravie en extase, et des douceurs du ravissement, elle passa aux douceurs plus ineffables de la vision béatiâque.

La bienheureuse Angéline avait rendu le dernier soupir au monastère de Sainte- Aune; aussitôt après sa mort, son visage resplendit d'un éclat merveilleux et sa cellule fut embaumée d'un parfum céleste. Elle fut ensevelie dans l'église des Franciscains de Foligno, où se trouvait déjà le tombeau de la bienheureuse Aogèle.

Les funérailles furent très solennelles ; elles se firent avec le concours de l'évêque, du clergé séculier et régulier, des magistrats, et au milieu d'une foule immense de peuple.

LIÎS RELIGIEUSES FRANCISCAINES

" on vit les murs de la-chapelle, où reposseler de sang pendant toute la journée ; i Bienheureuse apparut à un serviteur de jue la ville de Constantin op le avait été i et qu'elle avait voulu, par ce prodige, e sa douleur. Quelque temps après, ou t, la prise de celte ville arrivée au jour oheureuse.

)2,jour anniversaire de sa mort, elle apu:£ franciscain du couvent de Foligno, s mois, le guérit, et lui ordonna d'aver- 1 de placer son corps en un lieu plus hotion eut lieu et le corps fut retrouvé intion. On en fit la translation avec grande l'avoir renfermé dans une châsse d'un n le plaça au-dessus d'un des autels lai tombeau de la bienheureuse Angèle; )it encore aujourd'hui. Léon XII a apnémorial rendu à la Bienheureuse etfixé

bbre chez les Franciscains Observants et

enheureuse Angéline ne ralentit pas les se Société; la bienheureuse Marguerite da comme Supérieure générale et, par ;rtus, attira à la vie religieuse beaucoup l'immolation et de sacrifice. Les Franrvance qui avaient, vers cette époque, mparables, tels que saint Bernardin de ieCapistran, saint Jacques delà Marche lutinrent de l'appui considérable de leur :s du Tiers-Ordre r^ulier et travailléprospérité de l'institut.

. la mort de la fondatrice, il comptait listorien Jacobille, cent trente-cinq mo-

LES PKLIGIEUSES

□astères et plus de quatre mille religieuses ; cinquante-quatre de ces couvents étaient établis en Italie, avec plus de deux mille religieuses, et vingt-neuf en France avec cinq cents religieuses.

Comme toutes les autres branches de la famille franciscaine le Tiers-Ordre régulier a produit des âmes héroïques, couronnées de l'auréole de la sainteté ; nommons les bienheureuses Atigèle de Foligno, Elisabeth de Valdsée, Lucie de Calaiagirone, sainte Hyacinthe de Mariscoti.

La bienheureuse Angèle (1248-1309), née à Foligno, près d'Assise, mena une vie coupable, jeune encore, quoique engagée dans les liens du mariage. Elle revint bientôt à Dieu et prit l'habit du Tiers-Ordre. Elle établit même, dans sa ville natale, une communauté de Sœurs franciscaines, tandis que la bienheureuse Pascaline, sa fidèle compagne, fondait deux monastères du Tiers-Ordre, celui de Sainle-Agnès à Foligno, et celui de Sainte-Catherine à Spolète. Angèle eut la consolation de voir la sainte Vierge bénir avec amour les membres de sa famille spirituelle et Notre- Seigneiu: les admettre à baiser la plaie sacrée de son côté; elle vit aussi saint François approuver la Société qu'elle avait fondée et appeler les bénédictions divines sur TOUS ceux qui s'étaient mis sous sa conduite. Elle mourut en recommandant à ses filles l'humilité et la charité. Son corps fut enseveli dans l'église des Franciscains de Foligno, où se trouve aussi le tombeau de la bienheureuse Angéline de Marsciano, On célèbre sa fête le 30 mars.

\A\bienkeureuse Elisabeth de Valdsée (13S6-1420) prit l'habit du Tiers-Ordre à l'âge de quatorze ans, et entra ensuite dans une communauté de Franciscaines, fondée parte P, Conrad Krigelin, en Souabe, où elle remplit le modeste office de cuisinière. Elle s'adonoa à la pratique de toutes les '.vertus, vécut durant trois ans sans prendre aucune nourriture, fut violemment éprouvée par le démon et frappée de la lèpre. Mais victorieuse de toutes les attaques, elle mourut à l'âge de trente-quatre ans, mûre pour le ciel. On célèbre sa fête le 25 novembre.

\^ bienheureuse Lucie de Calaiagirone {i\<^ se sanc-

onastère des Franciscaines du Tiers-Ordre, Sicile, oii elle mourut après de longues et •ouffrances. Son corps s'est conservé sans is l'église de ce couvent. Sa ffile se célèbre e.

■:inthe de Marisco/i {158$- 1640) était entrée des Franciscaines de Viterbe, où elle mena une vie peu religieuse. Frappée par la mareprises différentes, elle sortit, au bout de étatde tiédeur et pratiqua les mortiâcations euses pour expier ses fautes. Elle fut bienn très haut degré de contemplation et tout ;u du divin amour. Sainte Hyacinthe opéra ■ de nombreux miracles, elle eut le don de sénétration des cceurs et fut favorisée d'exe s'envola vers les demeures éternelles, le 1. Son corps repose à Viterbe, dans l'église les Franciscaines ; il se conserve sans aucune ruption.

béatification de plusieurs autres Franciscaî- . odeur de sainteté, a éti^ introduite en cour énérabte Jeanne de la Croix, morte en 1535 de Tolède; la vénérable Marie-Crescence en 1744 à Haufbeuren, diocèse d'Augsrable Lelia Crocefissa, morte à Viterbe, en

tons que les Franciscaines modernes martraces de leurs devancières et donnent à el beaucoup de bienheureuses et de saintes !

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