GRAND NOMBRE D'INSTITUTS LEURS DIVERSES DÉNOMINATIONS
Comme on voit de timides colombes dispersées par un violent orage revenir avec empressement, quand le ciel est redevenu calme et serein, sous Taile de leur mère au lieu de leur demeure, ainsi, après la tourmente révolutionnaire, qui avait été si longue et si désastreuse, les vierges du cloître voulurent retourner dans leurs paisibles retraites et se grouper autour d'une Mère pour y vivre, comme autrefois, de prière et d'amour. Mais où retrouver, parmi tant de ruines amoncelées, leurs pieuses cellules, leurs chapelles mystérieuses et leurs grilles austères. La plupart de leurs maisons avaient été démolies ou vendues, transformées en magasins ou ateliers ; quelques autres restaient aux mains de rÉtat ; et la loi interdisait toujours le rétablissement des Ordres religieux.
La France, cependant, commençait à peine à se ressaisir après les horreurs commises par les révolutionnaires, qu'elle sentit le vide que laissait dans la société la suppression de toutes les communautés religieuses. Malgré les efforts d'une philosophie spéculative, le souvenir des services qu'elles avaient rendus à l'humanité souffrante, à l'enfance abandonnée et à la jeunesse indigente, l'emporta sur tous les préjugés; le désir de voir renaître ces pieux et utiles établissements fut si prononcé que les directeurs des hospices les plus importants s'empressèrent d'appeler de toutes parts dans leur sein les anciennes religieuses qui avaient survécu à nos malheurs.
1 religion fut rétabli par le Con- <a vit les Ordres religieua: re-
s, que la religion pouvait vivre :uses,.. Il y a là un sophisme ie n'est point nécessaire à l'exis- 'en suit pas que cette première e dans la seconde. L'arbre peut s fruits, fleurs et fruits peuvent
que le tronc robuste perde sa
existera, cessera-t-il jamais de /igueur et de sa beauté, d'ofirir :s fleurs, et au palais les délices I peut courir sans cesse dans un [apis qui embellissent ses bords ; sera son onde, tant que la bienr s'infiltrera dans les veines du urroot-elles rester sèches, stériparure? Appliquons ces images .. Il est certain qu'il y a dépens communautés religieuses et la 'on voit partout où la religion luiés germer aussitôt. »
nprit cette vérité. En 1807, il . Paris, sous la présidence de sa ch, d'un Chapitre général des gement des pauvres. L'Ordre de
représentantes. Voici quelques .e secrétaire du congrès :
âmes, les différents mémoires, pêcher d'admirer le jèle qui les qui y respire à chaque ligne, ce es qui vous fait songer aux encore qu'à vos propres be- ■ouement qui vous fait regarder 'ission de les servir aux dépens e même. Nous y avons reconnu
égale votre zèle ; qu'il est im-
LES RELIGIEJJSES FRANCISCAINES ël
possible défaire de plus grands biens à moins de frais, comme de pratiquer plus de vertus et de prendre plus de peine avec moins d'ostentation ; et qu'ainsi ce qui distingue vos pieuses institutions de toutes les autres, c'est qu'elles sont en même temps les plus utiles et Içs moins dispendieuses, les plus fécondes en bienfaits et les moins à charge à l'État. Nous n'avons pu suivre sans attendrissement tous les objets de votre piété secourable, tout ce ramas de misères humaines, toutes ces maladies du corps et de l'esprit qu'embrasse votre tendre et pieuse sollicitude. Quel est donc ce spectacle admirable que donne au monde la charité chrétienne ! Que ne puîs-je la célébrer au milieu de cette assemblée dont elle est le plus beau triomphe ! Que ne puis-je la suivre depuis ces monts qui touchent jusqu'aux nues, et où on la voit s'introduire pour diriger le voyageur égaré dans sa route, jusqu'à ces cachots qui touchent aux abîmes, et où elle descend pour en adoucir les rigueurs ! Que ne puis-je vous la .montrer supérieure à tous les dangers comme à tous les intérêts, prodiguant partout les largesses avec les consolations, et vivifiant tout dans l'ordre social, ainsi que le soleil anime tout dans la nature !... Que de choses n'aurions-nous pas encore à vous dire. Mesdames, sur cette mâle fermeté dont vous avez donné l'exemple aux jours de DOS discordes, et qui a démontré à un siècle pervers que les âmes les plus douces et les plus compatissantes sont aussi les plus fortes et les plus courageuses ; et sur votre empressement à rentrer dans votre saint état et à reprendre ces chaînes honorables qui vous liaient irrévocablement au service des malheureux ! Conduite vraiment glorieuse, et qui a donné le démenti le plus irrécusable aux ennemis de votre profession. »
A son tour, la mère de Bonaparte, rendant compte à son fils du Chapitre qu'elle avait présidé, lui disait : ■ Les religieuses m'ont édifiée par leur piété sans exagération, et par cette tendresse véritablement maternelle qu'elles portent à leurs enfants adoptifs, les pauvres et les malheureux... Il m'a été démontré qu'il est bien doux de concourir au bonheur de ces âmes pieuses, qui, oubliant toujours le S'
'•i.i1tmA'^if),j;;r'-
sourds -muets. C'est uq total de plus de 200.000 assistées par les communautés religieuses.
D'après M. Eugène Louvet, auteur des Missi Uques au xix." siècle, il y a environ dans les missions : 13.000 prêtres missionnaires ca 4500 Frères, 43.000 religieuses, sans parler des ligieuses indigènes. On y compte 1300 religieuse Pasteur, 1700 religieuses franciscaines du ïii 3S00 religieuses des diverses congrégations Joseph, 200 religieuses de Saint -Charles, 250 Paul de Chartres, 1180 de Saint-Joseph de Cl près de 700 dans nos seules colonies, où, avec de Chartres et celles.de Saint- Vincent de Paul, gnent des milliers de malades dans une centai.
Au sortir de la Révolution, les religieuses fra furent des premières à suivre le mouvement de ré catholique et à reformer leurs anciennes commun Franciscaines de Bourbourg se réunirent en 1800 Paris en 1805, du Puy en 1809, de Lyon et de 1815, de Lille en 1830, de Tourcoing en 1830, d fleur en 1836, d'Avignon en 1S39, etc.
Avec les années, leur nombre s'accrut de telle s compte actuellement en France une cinquantain grégatioMS diverses de religieuses franciscaines Ordre, possédant plus de 400 couvents habités pc yjoo Sœurs.
Ainsi se vérifie, même après le cours de sept prédiction de saint François sur la multitude d qui devaient revêtir ses pauvres livrées.
Il est écrit dans nos saints Livres que la reîi d'habits de couleurs variées, pour rehausser l'é beauté. Les Sœurs franciscaines, pour montrer la inépuisable et variée de l'Ordre séraphique, o des cosiumei divers et des appellations différei sous un habit brun, gris, Jioir, bleu, blanc, rot, ou olive, toutes s'efforcent de revêtir inlérieurem ritable esprit de saint François, qui n'a prescri
couleur particulière pour leurs vêtemeots, es cœurs embrasés de l'amour de Dieu et ïvise est leur devise : Mon Dieu el mon sacrifice! Qu'il ne me soil pas permis de ce n'est dans la croix de Noire-Seigneur
costumes, nn signe particulier fait toujours illes de saipt François, c'est le port de la a guise de ceinture, et un extérieur pauvre, ite.
es adoptés par les Franciscaines rappellent dévotions de notre Ordre envers Notreainte Vierge.
on distingue les Franciscaines de Jésus, 'e l'Enfant-Jésus, du Saint Sacrement, du e Ja Petite Famille du Sacré-Caur, les Wates du Cœur de Jésus.
lu Saint Sacrement est une dévotion toute ['il suffise de citer les noms de saint Fran- Claire, de saint Antoine de Padoue, de re, de saint Pascal Baylon, de saint Pierre î martyrs de Gorcum, qui donnèrent leur ier la présence réelle de Notre- Seigneur ucharîstie, etc. (i).
iacré-Cœur a toujours été en honneur dans jue fondé par le stigmatisé de l'AIverne et :s saints tout embrasés d'amour de Jésus. son bas âge, la bienheureuse Margueriteconfiée aux Glatisses urbanistes de Chaamais d'autres institutrices. C'est dans leur lUS leur direction qu'elle fut admise à la inion ; c'est là qu'elle ressentit les premiers ie religieuse, et raffection réciproque de i maîtresses et des maîtresses pour l'élève e des plus grandes luttes que la Bienheu-
! du culte de la sainte Eucharistie, par le loutens, récollet. — Anvers, imprimerie Vanos, t Paul, t. — 1886.
reuse eut à soutenir lorsque Dieu l'appela à la Visitation.
Quand Notre -Seigneur lui eut révélé son divin Cceur, il donna à Marguerite-Marie saint François comme modèle et patron spécial (i).
Les Sceurs de Saint-François ont montré leur amour pour Marie par divers qualificatifs pris en son honneur.
Il y a les franciscaines de Marie, Servantes de Marie, de Sainte-Marie, de Sainte-Marie des Anges, de Nôtre- Dante des Anges, de Notre-Dame du Temple, de Notre- Dame de la Compassion, de Notre-Dame du Calvaire, de Notre-Dame de Pitié, de l' Immaculée-Conception.
Tout chrétien est dévot à Marie ; tout Franciscain est voué d'une manière spéciale à la sainte Vierge, l'Ordre ayant pris naissance à Sainte-Marie des Anges, et Marie l'ayant choisi pour lui confier la récitation de la Couronne de ses allégresses et la défense de la vérité de son Immaculée- Conception,
Déjà, aux siècles passés, trois Ordres religieux avaient été fondés, sous l'inspiration des Franciscains, en l'honneur de Marie : l'Ordre de la Conception de Notre-Dame, établi à Tolède, en 1+84, par la bienheureuse Béatrixde Silva, et qui a produit la vénérable Marie d'Agréda j l'Ordre royal de la Vierge Marie ou de l'Annonciade, fondé à Bourges, en 1500, par sainte Jeanne de Valois ; l'Ordre des Chevaliers de la bienheureuse Vierge Marie, érigé en 1623 par Ferdinand de Gonzague, duc de Mantoue.
Il existe encore d'autres Franciscaines qui ont pris les titres de Franciscaines de la Sainte-Famille, des âmes du Purgatoire, de la Mission, de la Propagation de la Foi, des Providences agricoles, etc.
Eof n, un grand nombre ont conservé simplement leur nom de Sœurs de Saint-François d'Assise ou de Sainte- Elisabeth, de Saurs tertiaires de Saint-François, de Franciscaines du Tiers-Ordre, de Petites Saurs ou Pauvres Sœurs de Saint- François.
I. Voir Le Sacré-Caur et l'Ordre de Saint- François, par le R. P. Henri de Grèiea, capucio.
Quelques-unes ont ajouté à leurs qualificatifs le nom de la branche des Franciscains à laquelle elles se rattachent plus spécialement pour la direction, C*est ainsi qu*il y a les Franciscaines de la régulière Observance^ à Bordeaux, les Franciscaines des Récollets ^ à Perron, les Sœurs capucines^ à Bourbourg, les Sœurs conventuelles^ à Saint- Philbert de Grand-Lieu.
Cinq congrégations de Franciscaines sont cloîtrées : les Franciscaines de l'Immaculée- Conception de Champ fleur ^ les Franciscaines du Saint Sacrement de Troyes^ les Franciscaines de Sainte-Elisabeth de Paris et de Lyon^ et les Capucines de Bourbourg,
Les autres communautés ne gardent pas la clôture, afin de se dévouer avec plus de facilité au soulagement des misères humaines. Leurs œuvres sont multiples et variées, elles comprennent tous les besoins de la société souffrante. Les malades, les pauvres, les idiots, les paralytiques, les sourds-muets, les aveugles, les veuves et les orphelins, les chrétiens et les infidèles sont secourus par une ou plusieurs communautés de Sœurs du Tiers-Ordre. Il y en a pour toutes les catégories de malheureux. Le bien qu'elles font est incalculable ; par leur seule présence, elles opèrent parfois des merveilles.
Citons un trait rapporté par la comtesse de Pitray.
Un de nos orphelins, désirant se faire prêtre, avait besoin du consentement de sa famille, et comme l'on ne savait à qui s'adresser, la bonne Sœur franciscaine qui me racontait l'histoire que j'écris, alla, dans un voyage fait à Paris, demander quelques indications nécessaires. Seul, un oncle de l'enfant eût été à même de les donner, elle demanda son adresse. On s'exclama.
« Son adresse, ma bonne Sœur ! mais c'est un chef de communards, il vous tuerait, n'y allez pas. »
Les Franciscaines sont les pauvres de la religieuse. La Sœur Sainte-R... insista tranquillement, prit l'adresse et alla chercher un fiacre pour la conduire à destination.
A l'endroit désigné, elle descendit de voiture, alla droit à la maison qui lui était indiquée, traversant des groupes
LES RELIGIEUSES FEASCISCAINES
qui lui lançaient des regards de bètes fauves et d au concierge l'homme qu'elle était venue chercher,
Slupéfaction du concierge. Une religieuse chez < taire-là ; en voilà uae forte !
■ Il y est, dit-il effaré, et vous êtes bien heureu soit malade, car il vous aurait jetée à la porte... •
La bonne Sœur monta, elle entendait retentir maison des chants affreux, des paroles atroces, et sait tout bas ; « Mon Jésus, s"il m'arrive malheur, votre faute. »
Parvenue à la porte, elle frappe, puis elle entre el en face d'un être dont la figure formidable l'aurait 1 si elle n'avait étc Franciscaine, ■ € Mon ami, lui dit-elle doucement en s'avançant chambre, je suis bien fâchée de vous savoir malai vous demande pardon d'être venue, mais j'avais u grave pour vous voir... . Elle continua sur ce ton, résolue et le regardant eu face.
Le communard la regardait, lui aussi; d'abord s puis irrité, il l'interrompit avec brusquerie,
• je sais pourquoi vous venez, fit-il brutalemen avez chez vous mon neveu; vous voulez savoir sont devenus ses parents, mais je ne vous le dir, TOUS ne savez donc pas qui je suis ?
— Si, répondit nettement la Sceur, et je compr< que vous devez éprouver, car, à votre place, j'aïu^E bablemeut agi comme vous.
— Comment ! s'écria le malade, vous auriez fait j'ai fait?
— Oui, répondit la religieuse, car lorsqu'on ne pas le Christ, la misère entraîne à tout. Aussi j plains et je déplore \-otrc sort, mon ami.
— Il n'y a pas de Christ, murmura sourdement 1 muoard.
— Il n'y a pas de Christ ! fit la Franciscaine ave Ah ! si ! il y en a un. Je le sers el je l'aime. Pour tout quitté. C'est lui qui m'amène. C'est lui qui r
" ' Tenez, le voilà, embrassez-le. >
88 LES REUGIEU3ES FRAXCISCACŒS
Et la vaillante femme, détachant son crucifix, le présenta au bandit étonné... Donq>té, celol-ci posa ses lèvres sur le Christ.
Pois, la r^ardant de nouveau : c Vous êtes une sacrée nonne, fit-il avec énergie. Eh bien ! écoutez : les parents de reniant sont morts, la mère était une dévote et elle a voulu un calotin avant de mourir. Faites de Tenfamt ce que vous voudrez, si je n*étais pas malade, je vous accompagnerais dans vos courses et malheur à qui oserait vous toucher. >
Profondément émue, la Sceur le remercia et prit congé de lui, bénissant Dieu et le priant pour ce malheureux.
Deux ans après, elle revint à Paris et eut affaire dans un hôpital ; elle traversait une des salles lorsqu'un moribond fit un mouvement, et son appel presque indistinct fiit compris par la religieuse qui l'assistait.
« Ma Soeur, dit-elle à la Franciscaine, venez donc par ici, mon pauvre malade semble vous reconnaître et vous demander. »
Sœur Sainte-R... s'approcha et resta saisie devant le communard mourant, c II a reçu tous les secours de la religion, reprit la religieuse qui était au chevet du lit, car il a dit, il y a deux jours : c II y a une sacrée nonne qui c avait un bon Dieu sur l'estomac, et ça lui fera plaisir, à t cette pauvre nonne, que je voie un calotin. Allez me le € chercher. » Il vient de vous reconnaître comme vous passiez. 1
Et, assisté par la Franciscaine, le communard expira doucement. Il alla vers le Dieu qui était venu le chercher, guidé par celle qui avait, comme Androclès, dompté le lion farouche et en avait fait une brebis du Seigneur.
C'est un trait pris entre dix mille montrant le bien opéré par les humbles filles du Pauvre d'Assise.
Donnons maintenant une notice sur chaque congrégation de Sœurs franciscaines établies en France.