Mère Françoise Taffia. — II. La fondation
f Dieu, dont les miséricordes sont adm daite des hommes, avait résolu daas ses de planter au jardin de son Église ce no qne de notre petite et humble Réforme, < et la douceur de ses fruits, attirât un grai au service de sa divine Majesté. Il fit chc l'an 14' du siècle xvii' (1614^. Alors, le [ vemait l'Église militante ; Mathias d'Au pire ; Philippe III régnait en Espagne ; 1 sime Albert, archiduc d'Autriche, et l'ir Isabelle-Claire-Eugénie, gouvernaient Pays-Bas ; l'illustrissime Mgr Jacques Bl ment animé du zèle de la gloire de Dieu, perfection des âmes, régissait le diocès dans lequel devait naître notre institut. — la sagesse souveraine prépara- t-elle po utile à son Église ? Elle jeta les yeux de vine sur la personne de Mlle Françoise des grâces nécessaires pour donner cornu sainte entreprise, remplit son âme de co
gnanimité pour qu'elle correspondît avec fidélité aux attraits divins, et fit d'elle un véritable miroir de la vie parfaite, chose plus puissante à attirer les cœurs que ne le sont toutes les qualités estimées et révérées par la prudence humaine. >
Ainsi débute Thistoire des Capucines de Bourbourg et de Flandre, écrite au xvm® siècle par une religieuse de cet Ordre, et rééditée en 1878 par le R, P. Apollinaire de Valence, capucin (i). Elle raconte la vie de la Mère fondatrice et de ses premières compagnes, dans un style dont le charme rappelle celui avec lequel la Mère de Chaugy a orné d'une impérissable fraîcheur le récit des origines de rOrdre de la Visitation Sainte-Marie.
Françoise Taffin naquit à Saint-Omer le 4 janvier isSi. Dès sa plus tendre jeunesse, elle fit paraître, avec les grâces dont la nature l'avait douée, le plus heureux penchant pour la vertu. Quand elle reçut le sacrement de confirmation, Mgr de Vernois la distingua au milieu des enfants de son âge et lui adressa ces paroles, qui firent sur elle une vive et profonde iqapression : < Ma fille, que Diea vous donne la grâce de bien faire ! > Ses parents lui procurèrent une éducation aussi chrétienne que brillante ; elle fut ensuite mariée à M. Alexandre Maês, licencié ès4ois et conseiller pensionnaire de la ville et châtellenie de Bourbourg. C'est après son. mariage qu'elle vint habiter cette localité, où elle s'appliqua avec un grand zèle aux soins de son ménage et à l'éducation de ses deux filles, et où elle donna l'exemple de toutes les vertus.
€ Deux choses, dit la vieille chronique, servirent merveilleusement au dessein qu'elle avait d'être toute à Dieu. La première fut la pratique de l'oraison mentale ; par son moyen elle acquit en bref un recueillement intérieur si permanent qu'elle eut la grâce de distinguer toujours ce qu'elle devait faire ou laisser pour correspondre fidèlement
I. Histoire des Capucines de Flandre, écrite au zviii* siècle par une religieuse de cet Ordre, 3 vol. in-8 avec 2 portraits. — i" vol., 559 P* î 2*» 63* P« î 3*» 615 p. — 30 francs chez Poussielgue, 15, rue Cassette, Paris.
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à la grâce. Telle fut Torigine d'une maxime qui lui devint habituelle, qui était de n'omettre aucune chose, si petite qu'elle fût, lorsqu'elle pensait que Dieu la demandait d'elle, comme aussi de n'en faire aucune quand elle y voyait la moindre imperfection.
€ De cette maxime, elle tira la seconde cause de son progrès spirituel, qui fut une mortification très rigide. Elle domptait ses passions, réprimait les moindres saillies de la nature, avait en horreur les plaisirs des sens, et n'écoutait jamais ses inclinations naturelles, afin d'adhérer uniquement à son souverain Bien et se rendre conforme à Jésus- Christ crucifié. Par ce moyen, elle rendit son cœur de plus en plus susceptible des impressions de l'amour sacré et des communications divines.
« Chaque matin elle donnait au moins frots heures à l'oraison, où elle puisa d'immenses trésors de grâces. La fréquentation des sacrements, les prières vocales, les lectures spirituelles et les examens de conscience l'occupaient un temps considérable tous les madns. Elle se trouvait de bonne heure -à l'église paroissiale, où elle entendait la messe, et persévérait plusieurs heures en l'oraison^ dans une posture si édifiante, que toujours on la voyait les genoux en terre, avec une modestie qui déclarait en silence combien son esprit était attentif à Dieu... Elle s'approchait du sacrement de pénitence deux fois par semaine, et recevait chaque jour la sainte commusion avec une ferveur inexpriuMible...
€ Elle prenait son repos «ir la paille, à la £içoa des PP. Capucins; sa nourriture était sobre à l'extrême, ses disciplines beaucoup plus fréquentes, et enfin fia mortification continuelle. »
M. Maês était c un homme de probité, grand observateur des divins préceptes, intègre et incorruptible en sa charge, doué enfin de toutes *les qualités désirables en un homme de mérite ; il était pourtant d'un naturel vif, prompt
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et bouillant à Texcès ; une chimère suffisait à le mettre en humeur. » La conduite de sa vertueuse femme fut admirable à son égard; elle Tentourait de respect et d'affection et de tous les soins possibles.
11 mourut le 25 janvier 1614. Dès lors, Mme Maês devenue libre à Tâge de trente- trois ans, obéissant aux pieux désirs dont elle était depuis longtemps pressée, et suivant les conseils de son vénérable directeur le R. P. Augustin de Béthune, gardien du couvent des Capucins de Saint- Omer, commença sans retard l'établissement d-une communauté franciscaine dans sa propre maison, où elle s'enferma avec ses deux filles : Mlles Antoinette-Florence qui prit le nom de Sœur Agnès de Bourbourg et Barbe qui s'appela en religion Sœur Ignace de Bourbourg. Leur mère, désormais Sœur Françoise, élue supérieure, ne voulut, après sa profession, d'autre titre que celui de Mère An* celle ou Servante. La charité le lui fit choisir pour elle et les religieuses qui lui succéderaient dans cette charge, afin de leur faire comprendre qu'elles étaient établies de Dieu pour gouverner leurs filles, comme des mères charitables ou plutôt comme d'humbles servantes.
La réputation de sainteté dont Mme Maês jouissait depuis longtemps attira auprès d'elle un grand nombre de jeunes personnes, désireuses de devenir les imitatrices de ses vertus. Elle fit alors demander à Rome l'approbation de sa communauté; ce fut le P. Simon d'Oudenarde, provincial des Capucins, qui poursuivit cette affaire auprès du Saint-Siège et obtint de Paul V un bref favorable daté du 2 juin 1619.
' L'année suivante, elle envoya une première colonie occuper à Bergues-Saint-Winocq, un couvent qui lui avait été préparé par un habitant de cette ville, nommé Durand, dont le fils s'était fait capucin et les deux filles capucines.
Après ce premier établissement, la sainte fondatrice eut la joie d'en former successivement plusieurs autres, d'abord à Saint-Omer, sa ville natale, puis à Aire, Liège, Lille, Courtrai et Douai. Elle agrégea encore à sa congrégation trois maisons déjà établies à Cologne, à Bonn et à Pader-
born, par quelques filles désireuses de mener un genre de vie plus conforme à celle des PP. Capucins.
La Mère Françoise de Saint-Omer mourut en odeur de sainteté le 29 décembre 1642.
Après sa mort, ses filles spirituelles témoignèrent à Sœur Agnès et à Sœur Ignace de Bourbourg toute l'affection et toute l'obéissance dont elles avaient fait preuve pour leur, mère. Ces deux vénérables religieuses conservèrent le gouvernement de la congrégation, qui continua à s'étendre. De nouveaux couvents furent établis à Anvers, Bruges, Bruxelles, Mons, Masseik et dans d'autres villes. Un siècle après sa fondation, l'institut comptait plus de vingt communautés dont plusieurs avaient été faites du vivant de la fondatrice.
Dieu accorda à toutes ces maisons une grande prospérité spirituelle jusqu'au moment de la Révolution française, dont les ravages ne les épargnèrent pas.
Le couvent de Bourbourg renfermait vingt-six religieuses en 1792. La Mère Supérieure voulut braver tous les périls de la tourmente révolutionnaire, et resta dans la ville pour soigner celles de ses filles qui ne purent émigrer à cause de leurs infirmités. Les autres passèrent en Belgique et trouvèrent un asile dans les maisons de leur Ordre établies à Bruges et à Gand. Celles qui s'étaient retirées dans ce dernier couvent furent obligées de chercher un re* fiige à Middelbourg en Hollande où elles vécurent du travail qu'elles purent se procurer. Ces Sœurs vinrent en i8ck> se réunir à leur Mère Supérieure, qui habitait à Bourbourg avec trois ou quatre Sœurs une fort petite maison qu'on leur avait abandonnée par charité. Le gouvernement finançais n'acquittait point alors les modiques pensions qui furent depuis accordées aux religieuses expulsées de leurs couvents. Les pauvres pénitentes se trouvaient sans asile et sans pain. Elles prirent, néanmoins, en location une maison assez grande pour qu'elles pussent toutes s'y loger, et elles se mirent à observer leur Règle aussi strictement que les circontances le permettaient. Animée du désir de reconstituer la communauté, la Supérieure écrivit aux
Sœurs qui restaient à Bruges pour les inviter à revenir à Bonrbourg. L'une d'elles, la Sœur Geneviève de Bailleul eut le courage de traverser le pays en habit religieux, supportant les insultes et les moqueries de tous ceux auxquels il était encore odieux.
En 1 8i6, les Capucines de Bourbonrg, réduites au nombre de six, couçureut le projet de racheter leur ancien couvent, et c'est alors que quatre religieuses de Bruges se joignirent à la petite communauté. Elle était tellement pauvre, qu'il n'y avait pour literie que des bottes de paille et pour nourriture que des légumes, du pain et de l'eau. La ferveur devenait plus grande à mesure que le dénûment des choses de la terre était plus absolu. L'ofSce divin était chanté de nuit comme de jour.
Le 23 juillet 1817, les religieuses purent prendre possession de leur ancien monastère et d'une petite chapelle provisoire. Réunies au nombre de quiaze, elles purent dès ce moment suivre toutes les ordonnances régulières et se livrer sans témoins aux saintes rigueurs de la pénitence. Les anciennes professes étaient encore au nombre de neuf. En 1841, il en restait deux, dont l'une était âgée de quatre-vingt-cinq ans et l'autre de quatre-vingt-trois.
On commença, en 1819, la reconstruction des diverses parties du monastère détruites depuis 1793. L'église fut terminée en 1826 et dédiée, le 16 juin de cette même année, à la sainte Viei^e et à saint François (i).
La communauté a été reconnue par le gouvernement français le 17 janvier 1827.
Trois couvents de cette congrégation ont été également rétablis en Belgique : ce sont ceux de Bruges, Anvers et Gand, et deux en Allemagne : Bonn et Paderborn.
Les Capucines de Bourbourg appartiennent au Tiers- Ordre de la Pénitence de Saint- François d'Assise; c'est une différence essentielle qui doit les distinguer des Clarisses- Capucines. Ces dernières suivent la Règle de sainte Claire, et conséquemment font partie du second Ordre.