CHAPITRE X
LES SCBURS FRANCISCAINES DE L'iMMACULÉE- CONCEPTION
Congrégation enseignante et hospitalière,
œuvre des orphelinats.
Maison-mère à Lons-U'Saulnier, rue Richchourg.
I. Le foadaleur et la fondation. — II. De Macornay à Lons-le- Saulnier et en Mésopotamie, — III. Œuvres et maisons de l'ins-
Le fondateur des Franciscaines de ITm ma culée- Conception fut le vénérable abbé Roland, économe du grand séminaire et chanoine honoraire du diocèse de Saint- Claude, né le 20 mars 1794 à Marbrans, au diocèse de Besançon, et décédé à Lons-le-Saulnier, le 8 février iS65,à l'âge de soixante-dix ans, laissant après lui l'exemple de toutes les vertus et le parfum exquis de la sainteié.
Le jeune Roland, venu au monde pendant les mauvais jours de la Terreur, ne put être port^ à l'église, mais un prêtre, caché dans les fermes du voisinage, vint le baptiser à la maison paternelle. Il reçut les noms de Jean- François. Fidèle imitateur du séraphique Père, il porta ses livrées et répandit son culte autour de lui, et comme l'Apôtre bien-aimé, il eut avec un ardent amour pour Marie, une charité et une pureté vraiment angéliques, puisqu'on assure qu'il conserva sans tache la blanche robe de son innocence.
Sa mère lui fut enlevée vers sa sixième année et son père vers sa dixième : il en ressentît vivement la perte.
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^ La charité compatissaate qui fit de lui plus tard le père
f * de tant de pauvres orphelins, encore qu'elle jaillît surtout
d'une source surnaturelle et divine, s'alimenta souvent à cette douleur de son enfance.
P Une de ses sœurs utérines prit chez elle, à Montrond,
le jeune orphelin et l'employa à la garde du bétail. Les compagnons du petit berger étaient frappés de sa modestie, autant que charmés de sa candeur et de sa douceur. Ils remarquaient en lui un attrait particulier pour la solitude, qui le faisait volontiers se tenir à l'écart, tranquille et recueilli.
Dom Lespermont, curé de Malbrans, ancien Bénédictin, s'intéressa au sort de l'orphelin; il le fit placer chez les Frères des Écoles chrétiennes d'Ornans, puis, ayant été lui-même nommé à la cure de Conliège (Jura), il l'emmena dans sa nouvelle paroisse et lui apprit les premiers éléments de la langue latine. Plus tard, M. Roland fut un écolier exact et consciencieux et un séminariste exemplaire. Ordonné prêtre le 23 septembre 1820, par Mgr de Pressigny, archevêque de Besançon, il devint successivement vicaire à Conliège, à Arbois, encore à Conliège, puis curé à Trénal et à Courte-Fontaine. Partout où il passa, il répandit la bonne odeur de Jésus-Christ. Sa mémoire restait particulièrement chère aux âmes pieuses qu'il formait et dirigeait avec autant de sagesse que de zèle.
En 1826, M. Roland fut appelé aux fonctions de directeur et d'économe au grand séminaire de Lons-le-Saulnier, qu'il exerça jusqu'à sa mort, c'est-à-dire pendant près de quarante ans, à la grande édification de tous.
En 1840, Mgr de Chamon le nomma Père spirituel des Clarisses de Poligny. Ce monastère est la perle, le trésor de tout le diocèse de Saint-Claude ; ses heureuses habitantes, en gardant précieusement le corps de sainte Colette, ont conservé aussi dans sa pureté primitive l'esprit de l'illustre réformatrice. Entre M. Roland et les filles de sainte Colette, les relations spirituelles furent très étroites et continuelles. Or, une des Clarisses, déjà très âgée et qui avait toujours vécu saintement dans la profession reli-
.rN
gieuse, lui annonçait souvent qu'il rétablira diocèse le Tiers-Ordre de Saint- François. Le pi teur y réfléchit devant Dieu, et en 1841,11 r livrées séraphiques dans le troisième Ordre Fra:
Plusieurs de ses pénitentes aspirèrent ans dans cette sainte milice, qui leur assurait le se( sant de l'association, leur faisait trouver place des grandes familles religieuses de l'Église, et nait une Règle sous laquelle s'étaient sanctifii monde, des légions de confesseurs, de vierges, dames et de pieuses femmes de tous les rangs î les conditions sociales. Après avoir obtenu le tiens nécessaires, il admit ses ferventes postul vêture et à la profession. Ce fut là le noyau d{ Ordre qui compte aujourd'hui de nombreuses dans le diocèse de Saint-Claude. Il eut pour chapelle de Saint-Etienne de Coldres, à laqueU< chent les plus anciennes traditions chrétiennes vince. Là, se fit la réception des premières M. Rolland les y réunit souvent jusqu'en 1845, Ordre devait avoir toujours en lui un zélé, m propagateur.
Les œuvres naissent des œuvres, au mome par Dieu. Une des premières Tertiaires de Sain mne par cette charité que Dieu sait mettre au o vierges, ae sentit poussée à recueillir sous son to orphelines pauvres, M. Roland, son directeur, l't et la soutint dans cette œuvre. Mais la charité Rachel, elle demande toujours de nouveaux 1 petit local s'agrandit, la famille des orphelines s le vénérable directeur, sans l'avoir prévu, ci Dieu qui le menait, se trouva à la tête d'une n tinée à recueillir de pauvres délaissées et k jusqu'au moment où elles sont convenablemei La Providence de Macornay était fondée.
Si cette Œuvre a procuré à M. Roland les p jouissances que ressentit peut-être son cœur elle lui coûta beaucoup de préoccupations, de s
peines. C*est une loi imposée à l'homme depuis Is^ chute : pour édifier, il doit creuser un sillon profond. Le fondateur, pendant de longues années, se vit obligé d'entretenir avec peu de ressources une nombreuse famille, de lui trouver jour par jour le pain qui nourrit, de le demander après Dieu, au travail de ses enfants et à la charité publique. Le pieux asile faillit être emporté par la tourmente de 1848 : il y eut de mauvaises années à traverser, et le directeur eut besoin plus d'une fois de toute sa confiance en la Providence pour ne pas abandonner l'orphelinat. Elle ne lui manqua pas. En s'unissant à la famille du Pauvre d'Assise, la maison avait épousé la sainte pauvreté, elle lui resta fidèle, tout en faisant humblement le bien.
M. Roland ne vivait, pour ainsi dire, que pour son Œuvre; il retranchait toute dépense personnelle et se privait de tout en faveur de ses enfants. Ses habits étaient bien usés, son feu brûlait bien peu, parce qu'il fallait vêtir et réchauffer les pauvres orphelins. Que de fois, pendant la dernière partie de sa vie, il a cheminé pensif et recueilli, sur la route de Macornay. En été surtout, les jours où les séminaristes étaient à la campagne, on le voyait arriver de grand matin à la Providence : il y disait la sainte messe, visitait sa petite famille, s'entretenait avec les directrices ; puis quand il avait tout passé en revue, s'en revenait à Lons-le-Saulnier le cœur gai et content, pensant avec émotion sans doute à l'orphelin de Malbrans qui, lui aussi, trouva un père.
Pour assurer l'Œuvre, il fallait la pourvoir de directrices pour l'avenir. Une congrégation religieuse se perpétuant comme une famille, avec le même esprit, les mêmes traditions, un dévouement héréditaire à une maison qui est sienne, peut seule lui donner des chances de durée et de vie. La fondatrice et les directrices étant du Tiers-Ordre de Saint-François, il n'y avait qu'un pas à faire pour réaliser ce dernier et important progrès : rendre pour elles le Tiers-Ordre, de séculier régulier ; produire aux yeux de tous l'habit séraphique caché jusque-là sous le vêtement
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du siècle; demander plus sûrement et pour toujours à des vœux reçus par l'Église et à une Règle approuvée par elle, l'unité d'esprit et de direction qu'avait procurée une pre-
M. l'abbé Roland.
mière association encore imparraite. M. Roland eut la cOQSolatioti de poser ce couronnement de l'Œuvre. Le 4 octobre 1857, en la fête de saint François, la fondatrice, avec plnsîeurs de ses associées, firent profession publique du Tiers-Ordre régulier, dans la chapelle de la Providence de Macornay.
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^ la congrégation des Franciscaioes de ception. Cette nouvelle famille participa . de saint François et s'accrut rapidement les et généreux dans le dévouement au
ina à ses Sœurs ses veilles, ses prières, son temps, sa santé, ses économies, son un mot, si bien qu'il pouvait répéter à piration sublime de son séraphiqne Père : mnial Mon pieu et mon tout! • et qu'il ser en forme de testament cette parole plicité religieuse : » Je n'ai plus rien, j'ai ije prie Dieu de bénir ces œuvres quej'ai m'appeler au ciel, afin que je puisse en ! y
i devait le ravir se déclara le dernier : des Tertiaires qui fut prêchée avec beauar le R. P. Joachim, capucin visiteur du (acornay. Dès lors il se mit tout entier e Dieu, s'abandonnant avec la plus édii à sa sainte volonté. Pendant les cinq maladie, jamais on ne put surprendre en ravement d'impatience. Le saint homme t dans la paix du Seigneur, un mercredi, tint Joseph.
s son existence, la congrégation de Maéjà douze établissements. Déplus, lamail'œuvre des retraites pour les Sœurs du ilier qui veulent venir tous les ans s'y [ ferveur et l'esprit séraphique (i).
Constitutions données jusque-là à titre pprouvées par Mgr l'évêque de Saintoctobre de la même année, le Gouvernecommunauté.
Htutlts Franciscaines, 1865, p. 586, 1867, p, 637,
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La prospérité et l'accroissement de la congrégation obligèrent les Supérieures à transporter le noviciat dans une maison plus spacieuse. Elles résolurent de s'établir à Loas-le- Saut nier même, afin de jouir des facilités matérielles qu'on trouve toujours dans un chef-lieu de département.
Cène nouvelle maison, la chapelle dédiée à l'Immaculée-Conception, la cloche de la communauté, furent bénites le 8 novembre 1876, par Mgr Mermillod, l'illustre exilé de Genève.
Après la célébration du saiût sacrifice, Monseigneur fit, avec le charme de sa parole, !e résumé de la fête. La maison, c'est pour la familie religieuse le souvenir du passé, la joie du présent, l'espérance de Tavenir. La chapelle, c'est la demeure de Celui qui, pendant sa vie sur la lerre, □'eut pas où reposer sa tête, et qui maintenant a fixé son séjour dans un modeste tabernacle pour entendre nos prières et recevoir nos adorations. La cloche est la voix de ce divin Prisonnier.
L'émotion déjà profonde, produite par cette parole si pénétrante et si forte, devint plus vive encore, quand le pontife persécuté, se tournant vers l'autel et s'adressant à Notre-Seigneur, le conjura de rester toujours avec cette communauté, avec tous ceux qui souffrent pour la justice, avec tous les enfants de l'Église.
Cette journée fut vraiment belle et consolante pour tous les assistants; elle le fut surtout pour les bonnes religieuses et les petites orphelines qu'elles abritent sous leurs toits, et dont elles sont devenues les mères dévouées.
Les œuvres de miséricorde dont s'occupe la congrégation sont : les orphelinats, les asiles pour les infirmes et idiotes, les ouvroirs, le soin des malades à domicile, les écoles, les refuges pour les jeunes filles libérées, etc.
Les Franciscaines, dans leur désir de soulager toutes les
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misères, ont encore pris Toenvre des sourdes-muettes adultes et des missions.
Une des Supérieures de Tinstitut ayant vu à Paris, rue Denfert-Rochereau, le bien opéré par la communauté des Sœurs aveugles de Saint- Paul, composée en partie de religieuses aveugles, sentit naître dans son cœur le désir d'établir une œuvre semblable pour les sourdes-muettes, afin de procurer le bienfait de la vie religieuse à celles qui seraient favorisées de cette sainte vocation. Les Franciscaines furent d'ailleurs encouragées dans ce pieux dessein par M. Tabbé Rieffel, qui a consacré sa vie avec un si grand zèle à l'éducation des sourds-muets, et qui offrit de prendre la direction de cette œuvre si intéressante. Le dévouement de ce digne prêtre montra aux Sœurs que l'heure fixée par la Providence pour l'établissement de l'asile était venue. En conséquence, elles firent l'acquisition d'une maison à Salzinnes-Namur (Belgique) pour y recueillir les jeunes filles désireuses de se mettre à l'abri des dangers qui peuvent les atteindre à leur entrée dans le monde. Sont admises spécialement les sourdes-muettes, âgées d'au moins quinze ans, qui ont des dispositions pour la vie religieuse, celles qui sont orphelines, pauvres, infirmes ou trop âgées pour être acceptées dans les écoles. — A l'heure actuelle, un certain nombre de sourdes-muettes sont Franciscaines de l'Immaculée-Conception.
Les religieuses ayant embrassé l'œuvre des missions étrangères n'ont pas craint de traverser les mers pour s'établir en Mésopotamie, sur les rives du Tigre et de l'Euphrate, dans la ville de Mardine^ dépendant du vicariat apostolique de Mossoul, confié aux PP. Capucins.
La fondation eut lieu en 1876. Le voyage dura plus d'un mois. A Alep, le R. P. Fortuné attendait les Sœurs pour les accompagner à destination.
Après avoir traversé le désert, elles atteignirent les rives de l'Euphrate, fleuve célèbre qui féconde les riches plaines de la Mésopotamie et baignait l'antique Babylone. Elles traversèrent Orfa, la patrie d'Abraham, et visitèrent le lac qui porte encore le nom de ce grand prophète, ainsi que
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les cellales des anciens solitaires et la grotte de saint Ephrem. Le 2^ mai, elles étaient à Souerek, où une escorte composée de cavaliers vêtus de robes bleues et de manteaux blancs les avaient conduites. Le 29, elles -arrivèrent à Diarbékir, cité musulmane entourée de fortifications ; et trois jours après, à Mardine, chef-lieu de la mission, peuplé de 27.000 habitants, en majeure partie chrétiens.
Les Sœurs se mirent résolument au travail et s'occupèrent aussitôt d'établir une école, un orphelinat et un hospice.
Mardine est fort arriérée sous le rapport de la civilisation et de l'instruction religieuse. A l'arrivée des Franciscaines, recelé des filles était établie dans une cour, et les élèves vivaient dans un état d'ignorance, de rusticité et de malpropreté impossible à décrire. Leur langage était aussi libre que leur conduite. Au reste, les parents n'avaient pas plus d'instruction, se souciant surtout de charger leurs enfants de colliers, de bracelets et de pendants d'oreilles en chrysocale et en verroterie.
Grâce à Dieu, tout est changé maintenant. Les élèves savent très bien leur catéchisme et assistent pieusement aux offices le dimanche. Aujourd'hui la première communion se fait à Mardine comme en France ; les enfants sont préparées à ce grand acte avec le même soin. Quand les parents voient en ce jour leurs filles vêtues de blanc s'avancer recueillies vers le saint autel, ils ne peuvent retenir leurs larmes.
D'autre part, l'oisiveté a disparu des écoles, et avec elles la mauvaise ténue. Les jeunes élèves travaillent à la couture ; elles confectionnent leurs vêtements en s'efforçant de gagner un peu d'argent pour leurs parents. Celles qui appartiennent aux familles plus aisées brodent des tapis, font des garnitures d'autel, des aubes, qu'elles offrent à leur église paroissiale. Au luxe immodéré de parures ont succédé la simplicité et la propreté. Les quatre écoles de Mardine, contenant plus de quatre cents élèves, sont en un mot très prospères. Ces résultats sont bien consolants, surtout si l'on considère le petit nombre des religieuses et
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les difficultés matérielles qu^elles ont eu à surmonter.
Le i6 mai 1884, les Sœurs reçurent la visite du vàlipacha de la province de Diarbékir. Le gouverneur parut s'intéresser vivement aux travaux à l'aiguille et au crochet des petites filles. Après avoir manifesté toute sa bienveillance, Samah-Pacha se retira en laissant, à titre d'encouragement pour les enfants, une somme relativement considérable.
Cette même année, les religieuses fondèrent une école à Or/a y sur les vives instances des habitants, qui désiraient depuis longtemps les posséder parmi eux.
Elles sont aussi établies à Diarbékir (i).
Le temps du calme et de la paix devait avoir im terme. On connaît les derniers événements d'Arménie, les horri» blés massacres qui ont été perpétrés dans ce pays : plus de 100.000 chrétiens sont tombés sous le cimeterre des Turcs !
Le 28 octobre 1895, plusieurs centaines de chrétiens furent tués à Or/a; le 28 décembre, un second massacre eut lieu, et plus de 2000 chrétiens furent égorgés! Grâce à Dieu, les Sœurs franciscaines furent épargnées, ainsi qu'à Diarbékir.
Mardine courut un grand danger le 7 novembre, mais, seule peut-être de toutes les villes importantes du vilayet de Diarbékir, elle échappa au massacre par une protection visible du Sacré-Cœur.
Une Sœur franciscaine en a fait le récit émouvant, nous le reproduisons ici en l'abrégeant :
€ Le P. Daniel, supérieur du couvent des PP. Capucins de Mardine, dit la narratrice, alla nous chercher, voyant le danger où nous étions, pour nous mettre au couvent avec les nombreux chrétiens qui s'y étaient déjà réfugiés : les hordes kurdes étaient déjà aux portes de la ville, pillant et massacrant sans pitié. Le gros village catholique de Tell-Arman est saccagé ; le curé arrive vers
I. Voir Annales Franciscaines, octobre 1876, mai 1881, décembre 1883; Revue Franciscaine, août 1884.
nous dans ua état pitoyable et nous raconte les malheurs de sa paroisse.
« Le récit de tant de maux était bien de nature à augmenter nos inquiétudes. En nous rendant le jeudi soir chez les Pères pour y passer la nuit, nous y trouvâmes plus de soixante familles réunies. Les cellules, les corridors, les cuisines, les salles de classe, tout est plein, ces pauvres gens sont serrés, pressés, entassés les uns sur les autres. En nous voyant paraître, ils laissent entrevoir une lueut d'espérance ; il leur semble que près de nous ils n*ont rien à craindre et que les missionnaires peuvent les arracher au péril.
c La nuit se passa aussi calme que la précédente, mais à peine étions-nous rentrées chez nous que le Père nous envoie chercher. Nous trouvons tout le monde en émoi ; les femmes se lamentent, les enfants crient, les hommes préparent leurs fusils : les Kurdes sont là, à deux heures de distance, nous voyons le feu de Tincendie consumer le gros village de Coliyé, A chaque instant, nous apprenonsde nouveaux malheurs : ce sont des villages entiers qui disparaissent par le fer et la flamme. De tous côtés, dans la ville, arrivent des échappés de Thorrible carnage, fous d'épouvante au souvenir des horreurs dont ils ont été témoins : des femmes hachées par morceaux, leurs enfants broyés, écrasés spus des pierres, etc. O Dieu, que de maux réunis ! Au récit de ces cruautés, les cheveux se dressent sur la tête, chacun recommande son âme à Dieu ; dans quelques heures ce sera notre tour : la terrible armée n'est plus qu'à une demi-heure de la ville. Le moment était critique ; le P. Daniel avait fait demander des soldats les jours précédents, mais en vain; il envoya message sur message, point de réponse. Décidément, les gouvernants sont d'accord avec les Kurdes pour anéantir les chrétiens. Il n'y avait plus d'espérance qu'en Dieu, car toute résistance est inutile. Alors nous promettons au Sacré-Cœur de Jésus, s'il délivre la ville du fléau des Kurdes, que nous le ferons publier dans le Bulletin de la Garde d* honneur ; que pendant neuf vendredis de suite, neuf associées jeûne-
ront au pain et à Teau et feront la sainte communion ; que toutes les associées entendront la messe en actions de grâces, chaque vendredi, pendant un an. Puis nous mettons à toutes les portes et fenêtres rima^ije du Sacré-Cceur, avec la devise : Arrête^ le Cœur de Jésus est là! Cela fait, nous n'attendons plus de secours que du Sacré-Cœur de Jésus : c'est lui qui nous sauvera.
€ Alors, à midi, les femmes et les enfants descendent à l'église, c'est là qu'ils resteront pendant le combat, car les hommes combattront jusqu'à la mort. Pour nous, au signal de l'arrivée des Kurdes, nous nous dirigerons vers notre cachette; là, le diable même ne pourrait nous trouver. Imaginez-vous un trou pouvant contenir six personnes, pratiqué presque à la voûte de l'église, au-dessus d'un pilier, c'est là que nous resterons pressées, serrées, non plus avec une Sœur malade, mais deux, tour à tour brûlées ou glacées par la fièvre. Mais que ne ferait-on pas pour échapper, non à la mort que nous ne craignons pas, mais au supplice de tomber vivantes entre les mains d'hommes cruels et abominables; il n'est point de martyre comparable à celui-là !
€ Quelques heures s'écoulent, longues comme des années. La nuit se passe. Les Kurdes rôdent autour de la ville, mais on dirait qu'une force mystérieuse les enchaîne. Samedi matin, nos pauvres chrétiens pleuraient de joie et ne pouvaient s'expliquer le mystère ; ce mystère, nous le connaissons, la barrière qui retenait les Kurdes, c'est la puissance du Sacré-Cœur.
< Cependant, ce jour- là même, nouvelle panique, quelques Kurdes ont pénétré dans une maison ; il n'en fallait pas tant pour jeter l'alarme dans le quartier. Nous allons gagner notre cachette, mais nos malades ne peuvent gravir la haute échelle : « Allez, nous disent-elles, laissez-nous « ici. — Non, plutôt mourir que de nous séparer. » Au moment où nous délibérions, des cris de joie se font entendre sur plusieurs points à la fois. Enfin le gouvernement avait envoyé des soldats pour repousser nos ennemis. C'était un miracle ! Les Kurdes commencèrent dès lors à
se retirer dans leurs campements, chargés d'un énorme butin. Le Sacré-Cœur nous avait sauvés. »
Un calme relatif a succédé maintenant à la tempête, les Sœurs peuvent continuer à s'occuper de leurs ■
Bien plus, un certain nombre de jeunes fille nés ont fait profession dans l'institut et se prép; dans leur pays exercer leur zèle apostolique, t station sera bientôt fondée à Karpout.
C'est ainsi que sur la terre étrangère et en Franciscaines de l'Im maculée-Conception foi sans bruit, mais avec un grand zèle.
Aussi le Saint-Siège les a comblées de fav lesquelles il faut compter en premier lieu \'i définitive de la congrégation. Voici le décret let 1893 : .
€ La Supérieure générale des Sœurs du Tie Saint-François de rimmaculée-Couception, don mère est à Lons-le-Saulnier (diocèse de Saini France), a, depuis quelque temps déjà, demam tance à la Sacrée Congrégation de la Propagan bation, soit de son institut, soit de ses Constitu
> Comme le dit institut s'est répandu au loi florissant de régularité et d'esprit religieux, el duit, Dieu aidant, des fruits abondants, ainsi c du témoignage d'un grand nombre d'évêques, 1 cette affaire a été rerais à une commission no effet et présidée par l'Eme et Rme cardinal G zella. Or, cette illustre commission, après mûr été d'avis que cet institut devait être approu fallait approuver aussi, mais à titre d'essai et ans, ses Règles et Constitutions, moyennant qu difications indiquées dans l'exemplaire ci-joiut,
« A l'audience du i6 juillet 1893, ce jugei commisEÎona été présenté par le i.R. P. Augu;
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archevêque de Larisse et secrétaire de la Propagande, à Sa Sainteté le pape Léon XIII, qui Ta ratifié et confirmé. >
L'institut a pour cardinal protecteur, depuis 1893, S. Ém, Vincent Vanutelli.
La congrégation est dirigée par une Supérieure générale (i), élue pour six ans, aidée par quatre assistantes ; ce conseil nomme les Supérieures locales et les Sœurs vicaires.
Le postulat est de trois mois, le noviciat d'un an ; ce n'est qu'après dix ans de profession qu'ont lieu les vœux perpétuels.
Les Sœurs de chœur disent tous les jours en chœur le petit office de la sainte Vierge.
Le saint exercice de l'oraison se fait pendant une demiheure chaque matin, et la visite au Saint Sacrement chaque soir.
L'esprit de simplicité et de pauvreté doit être le caractère distinctif des filles de saint François. Elles doivent aimer cette vertu, la chérir, l'honorer, la garder comme le précieux héritage laissé par leur séraphique Père. A son exemple et pour être dignes de lui, elles s^efibrceront de vivre dans un détachement parfait de toutes choses et de toutes créatures, ne cherchant que Diçu seul, leur unique et véritable bien. (Constitutions^ P» 96.) ■ ^
La simplicité doit s'étendre à l'habitation des Sœurs, d'où le luxe doit être banni. Les murs ne seront que blanchis, les meubles d'un bois simple et commun, et les chaises de bois ou de paille.
C'est à Lons-le-Saulnier que la dévotion du scapulaire de Saint-Joseph a pris naissance, et c'est une pieuse fille de saint François d'Assise, pénétrée de reconnaissance pour les bienfaits qu'elle avait reçus de saint Joseph, toute remplie du désir de le faire aimer et de faire connaître aux âmes les doux effets de sa protection, qui eut la première idée de cette dévotion. Le R. P. Pierre-Baptiste, capucin, détermina le premier la forme de ce scapulaire, qui a été