‹ Les Religieuses FranciscainesChapitre 26 sur 105 · I. Voir Année Franciscaine · texte numérisé non relu

I. Voir Année Franciscaine

de sa TaoxtXs Journal des Sociétés réunies, chacun raconte à son sujet les anecdotes les plus étonnantes, auxquelles on n'ajoutera pem-étre plus foi dans quelques années, et

M, l'abbé Béraud.

qui cependant sont bien vraies, et seraient particulièrement intéressantes à recueillir. Cet homme a fait ce que dix hommes ordinaires auraient peine à faire en vivant aussi longtemps que lui ; il a trouvé le moyen d'obliger tous ses contemporains, en sauvant, en assistant les uns, guérissant les autres, donnant, se prodiguant, se dévouant sans cal-

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culer. On peut dire qu'il était de nature héroïque, ne faisant rien comme les autres, mettant en tout une pointe d'originalité. Le danger n'existait pas pour lui ; il le bravait sans s'en douter ; et il lui a fallu une force, une santé, on peut ajouter une chance incomparable pour arriver à son âge. Quand il consentait à raconter ce qu'il appelait ses folies, et ce qu'il faut appeler ses traits d'héroïsme, il ajoutait toujours qu'il n'avait eu aucun mérite, grâce à sa nature vigoureuse.

€ Toujours pauvre, se privant de tout, il a trouvé le moyen de répandre des bienfaits sans nombre, de nourrir, d'élever des enfants qui aujourd'hui doivent se compter par milliers ; il a fondé, doté à lui seul deux orphelinats dont l'existence est assurée, qui rendent et rendront des services inappréciables dans notre région ouvrière.

€ L'abbé Béraud, bourreau de travail, se tuant à la peine, faisant le cultivateur, le maçon, le charpentier, exerçant la médecine, se mettant à tout; l'abbé Béraud, sauveteur incorrigible, bravant le féu et les inondations; l'abbé Béraud doué d'une force surhumaine, portant un homme comme une nourrice porte son nourrisson; l'abbé Béraud, pauvre, mal vêtu, mal nourri, ne conservant rien pour lui, ayant toujours quelque chose à donner, recueillant toutes les misères, méritant cent fois le prix Montyon avant de le recevoir ; l'abbé Béraud indépendant, ne flattant personne, disant la vérité à chacun, tout le monde l'a connu, tout le monde en parle et en parlera longtemps, comme d'un être quasi- surnaturel .

« Mais on connaît moins l'abbé Béraud dans son intimité, bon, tendre à l'excès, d'une humilité incomparable, demandant pardon à genoux après un instant d'un emportement involontaire, ayant de ces délicatesses, on pourrait presque dire de ces gentillesses de femme, d'enfant.

c On ne connaît guère non plus chez l'abbé Béraud l'homme social^ aimant nos sociétés, s'y intéressant, s'en faisant recevoir membre, assistant aux séances et voulant absolument payer ses cotisations. C'est celui-là surtout

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que nous voulons saluer, dont nous voudrions honorer la mémoire.

• L'abbé Béraud, neToublionspas, a été le fondateur, on dit même le premier professeur de la fanfare de Moutceau, devenue depuis une harmonie sans rivale, que toute la France connaît. Depuis fort longtemps il faisait partie de la Société des Sauveteurs de Saôue-et -Loire ; chaque année, il se rendait fidèlement à l'assemblée générale, où il était, lui prêtre, l'objet des attentions, de la déférence de tous : catholiques, libres-penseurs ou indifférents. Quand la seclion de Moutceau s'est fondée, il s'y est bien vite affilié sans quitter le groupe chalonnaiï, et on pouvait le voir marcher allègrement en tête du cortège le jour de la bénédiction de la bannière. Il faisait partie de la Conférence de Saînt-VincenidePaul, qu'il a plusieurs fois honorée de sa présence; enfin, il était membre honoraire de quelques autres sociétés, il appartenait à toutes par le cœur, parce qu'elles se composaient de gens du pays qu'il regardait à juste titre comme ses enfants, et aussi parce que d'instinct il était attiré vers les associations ; son cœur et son intelligence lui disaient que là se trouvait l'avenir, le salut du pays.

€ N'en avait il pasd'ailleurs fondé lui-même d'admirables. Son Ordre de religieuses dont le nom est inséparable du sien, son orphelinat du Méplier, son orphelinat de Montferroux, ne sont pas autre chose que des associations. Un mois environ avant sa mort, il avait encore jeté les fondements d'une nouvelle, en annexant à ses œuvres l'usine à chaux de Blanzy.

< On a dit de l'abhé Béraud que c'était un socialiste ; soit, mais ce fut uu de ces socialistes comme on en voudrait voir beaucoup, avec qui le socialisme n'aurait rien d'effrayant, qui ressemblent singulièrement à des saints, car ils ne sont guidés ni par l'ambition, ni par le goût du désordre ; ils ne pnisent leurs inspirations que dans l'amour de Dieu et du prochain.

« L'abbé Béraud fut pendant cinquante ans l'ami fidèle, le collabonteur de M. L. Chagot. A ce titre encore, il doit

nous être cher, comme tous ceux qui ont touché de près à notre bienfaiteur. Ces deux hommes ont passé la vie côte à côte, ne faisant que le bien, chacun à sa façon et selon ses moyens ; ils sont tombés à huit jours d'intervalle, et un des derniers regrets qu'exprimait M. Chagot, c'était de ne pouvoir assister aux funérailles de son vieil ami. »

« M. l'abbé Béraud, dit encore le journal le Travailleur y fut un homme incomparable. L'avant-veille de sa mort, on pouvait le voir, le dard à la main, faucher avec ses domestiques; d'un courage à toute épreuve, on était habitué à le voir partout où il y avait du danger, dans les incendies, les inondations, les accidents de mines. Ses sauvetages ne se comptaient plus; il y a dix-huit mois à peine, il traversait encore à la nage une rivière débordée. Jamais homme ne fut plus dur pour lui-même. A l'âge de soixante-quinze ans, il tomba un jour d'un échafaudage où il était occupé à récrépir un mur ; en se relevant il sentit son bras gauche endolori, se contenta de le mettre en écharpe sans y prendre garde autrement, et remonta continuer son travail. Huit jours après, ne pouvant pas se servir de son bras, il se résigna à consulter un médecin qui constata que Tépaule était démise.

< Rien que le repos absolument indispensable, coucher si^r la dure, vivre de privations, jamais la moindre douceur, travailler, se dévouer toujours pour les autres, telle fut l'existence de l'abbé Béraud, et on a pu dire qu'il ne vécut jamais un seul jour pour lui-même. Il y avait chez lui l'étoffe d'un héros antique.

€ De son vivant, il est entré dans le domaine de la légende. On raconte à ce sujet les traits les plus extraordinaires, que Ton aura peine à croire plus tard, mais qui, pour la plupart, sont vrais et ont de nombreux témoins encore vivants.

€ Cet homme de fer était la bonté, la charité même. Il fut toujours pauvre, se dépouillant de tout. Un ami, le voyant coucher sur la planche, lui fit don d'un matelas qui le lendemain était porté par l'abbé lui-même chez un pauvre malade ; l'ami fit quelques observations, donna un second,

un troisième matelas qui prirent la même direction, puis finit par en prêter y non plus donner, un quatrième ; celuilà resta bien au presbytère, mais il fut relégué sous le lit.

< Successivement curé à Cussy-en-Morvan, à Blanzy, à Montceau-les-Mines, partout il fut vénéré comme un saint, admiré comme un homme extraordinaire,

€ Il était apte à tout, aussi bien aux travaux de Tesprit qu'aux travaux manuels. Il construisit lui-même les maisons destinées à ses chers orphelins; il se fit maçon, charpentier, couvreur, etc.; c'était un agriculteur émérite; comme médecin, il était recherché, consulté à plusieurs lieues à la ronde ; il a fondé l'harmonie de Montceau et des sociétés musicales les plus brillantes de la région. Il trouvait le temps de prêcher de nombreuses missions, et ceux qui l'ont entendu conserveront le souvenir de son éloquence simple et mâle, de sa parole correcte et facile. Les questions à l'ordre du jour, les questions ouvrières sociales lui étaient plus familières qu'à nos députés.

«Il fit toujours preuve d'une grande indépendance de caractère ; ses goûts, son bon cœur le portèrent vers les humbles, les déshérités de ce monde. De bonne heure il s'occupa des enfants abandonnés; et, sans ressources, sans appui, à force de travail et de persévérance, il finit par fonder et doter deux orphelinats importants qu'il dirigeait à la fin de sa vie, et qui abritent environ cent garçons et cent filles.

« Ce que cet homme a fait de bien, il est impossible de le dire; il le cachait d'ailleurs avec soin, et son humilité est proverbiale. Si les honneurs sont venus le chercher, si l'Académie française lui a décerné le prix Montyon, c'est bien malgré lui et grâce à ses nombreux amis, qui auraient bien voulu encore voir briller la croix des braves sur sa poitrine.

« Aucun homme ne fut plus populaire que l'abbé Béraud, dans le centre industriel de Montceau.

« On le saluait respectueusement sur son passage, et plus d'une fois il dut se soustraire aux ovations de la foule. Aussi tout le pays était-il présent à ses funérailles. Il avait

recommandé qu'oa ne déposât pas de fleurs sur son cercueil, qu'on ne prononçât pas de discours sur sa tombe, sa volonté fut respectée, mais il n*avait pu défendre les larmes, et elles ont coulé abondantes. C'est que la plupart des assistants perdaient vraiment un bienfaiteur, un père.

« Après une vie comme celle de Tabbé Béraud, la mort n*a rien de bien effrayant. Le saint homme est allé doucement, tranquillement recevoir sa récompense des mains de Celui qui sait reconnaître tous les mérites, si cachés soient-ils.

€ Une seule pensée, un seul souci aurait pu attrister ses derniers moments : la pensée, le souci de ceux qu'il laisse derrière lui, de ces chers orphelins. Mais, depuis plusieurs années, il avait pris des précautions pour assurer Tavenir de son œuvre; une société civile solidement constituée s'était chargée de sa succession.

« Les orphelinats du Méplier et de Montferroux vivront et prospéreront ; car l'abbé Béraud a mis la sainteté et le dévouement à la base de l'institution. »

L'abbé Béraud fut lauréat du prix Montyon en 1890. Le discours prononcé à cette occasion par M. Léon Say, achève de faire connaître cette belle figure d'apôtre de la charité :

< M. l'abbé Béraud a reçu le premier de nos prix Montyon. Ce vénérable prêtre, âgé aujourd'hui de quatre-vingtquatre ans, n'a jamais cessé de penser aux autres; il a été et il est encore un modèle du plus pur dévouement et de la plus intelligente charité.

c Toute sa vie, il Ta passée à vouloir le bien et à le faire, et il a réussi par un ensemble de hautes vertus et de qualités morales, servies par des aptitudes physiques véritablement étonnantes, à créer, dans des conditions qui dépassent tout ce qu'il pouvait espérer, deux orphelinats à Méplier et à Montferroux près de Blanzy, dans Saône-et- Loire ; ces orphelinats rendent aux populations laborieuses de ces districts miniers des services signalés...

< Il a été pour nos paysans et pour nos travailleurs un modèle sensible, et à leur portée, malgré son élévation, de

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l'union du grand et du fort avec le bon et le beau. On racontera un jour comme une légende sa vie à Montceau-les- Mines, dont il était le premier curé.

« Quand il se produisait un malheur, quand il arrivait ua accident, quand on était surpris par un incendie ou par une inondation, on le trouvait toujours là où il y avait le plus de danger. Grand, fort, résolu, il n'hésitait jamais et il a sauvé la vie d'un bon nombre d'ouvriers. Dans le terrible accident du puits Cinq-Sons en 1853, il est descendu à plusieurs reprises dans la mine pour remonter les blessés et les morts. Il y a fait preuve, comme dans toutes les circonstances analogues, d'un sang-froid et d'une audace inouïs. Marcheur intrépide, faisant aisément ses 50 a 60 kilomètres dans la journée, nageur hors ligne, il a toujours été et est encore d'une force extraordinaire.

I Comme le graud-prétre Joad, il ne craint que Dieu. Quand il était curé de Blanzy, il faisait en même temps le service religieux de Montceau ; pour aller d'une église à l'autre, il fallait traverser une rivière et le pont, dans ce temps-là, était figuré par une planche souvent couverte ou même emportée par les eaux. Ce n'était pas pour l'arrêter et, en plein hiver, il lui arrivait de passer à la cage, ses vêtements en paquet sur la tête. Il est difficile d'obtenir de lui des renseignements sur ses anciens sauvetages ; quand on lui en parle, il se borne à vous répondre qu'il a toujours été fou, et que c'est une manie chez lui de se fourrer partout où il y a du danger. Depuis qu'il a quitté sa cure pour se consacrer à ses orphelinats, il est devenu le plus fort laboureur du pays. Il peut faire tous les métiers : il a été le maçon et le charpentier de ses bâtiments.

€ Il a appelé auprès de lui de braves femmes pour l'aider et pour soigner ses orphelins et il en a fait la congrégation des Sœurs franciscaines de Mépliet . Il fallait le voir bâtissant, quand il transportait une grosse poutre, lui seul i un bout, et toutes les religieuses avec les enfants à l'autre. Il n'avait pas besoin d'engins perfectionnés pour ses terrassements et savait remplacer les toiles sans fin dont on se sert pour faire glisser au loin les déblais, par un dé-

ûlé de ses braves Sœurs qui passaient, le tablier tendu, devant le trou qu'il creusait, emportant Tune après l'autre la pelletée du curé terrassier. Il apprenait aux autf es à ne pas se ménager et sa santé de fer lui a toujours tout permis. C'est bien la véritable éducation athlétique, comme on dit aujourd'hui, qu'il a donnée pendant plus d*un demisiècle à ceux dont il était entouré.

c Sa force morale et sa force matérielle ont fait des miracles de construction, de mise en valeur des terres, de travail productif. Les orphelinats de Méplier et de M ontferroux font, à peu près, les frais de la nourriture des enfants. Avec des prix de journée payés par les assistances publiques de la Côte-d'Or, du Doubs, de l'Isère et du Jura, une subvention du conseil général et des dons particuliers, le budget se balance, y compris les annuités de quelques emprunts, aussi bien que beaucoup d'autres budgets.

c Comme on menaçait sa modestie en lui disant que l'un de nous parlerait sans doute de lui aujourd'hui, il répondit : € Dites à ce monsieur qu'il parle surtout de mes € religieuses ; je les ai assez fait travailler pour leur ofirir « cette petite douceur. > La douceur est pour nous. Messieurs, car rien ne peut être plus agréable que d'associer les religieuses de Méplier à l'hommage que nous rendons à M. l'abbé Béraud. »

Les Sœurs du Tiers-Ordre régulier de Saint-François sont actuellement au nombre d'une quarantaine.

Elles portent pour costume une robe noire ceinte de la corde, une mosette blanche, une guimpe et voile noir rabattu sur le front, une croix pectorale en cuivre, et un anneau au doigt après leurs vœux perpétuels.

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