SŒURS FRANCISCAINES DE NOTRE-DAME DU TEMPLE
Congrégation pour Tœuvre des prêtres infirmes. Maison-mère au Dorai (Haute- Vienne),
I. L^ongine et le but de la fondation. — II. Le fondateur. — III. Les approbations. — IV. Les Constitutions et les maisons de Pinstitut.
Un jour un ange apparut à saint François d'Assise et lui montrant un vase de cristal pur comme un rayon de soleil, il lui dit : t Regarde, François, celui qui veut administrer le Saint Sacrement doit être aussi pur. » Après cette vision, le serviteur de Dieu voulut rester diacre toute sa vie, mais son amour pour la sainte Eucharistie et son respect pour les prêtres ne fit que grandir. Il les vénérait à Tégal des anges^ € car, disait-il, le Seigneur Dieu les a honorés plus que les autres hommes ». Dans son Testament, il nous a laissé ces belles paroles : c Le Seigneur m'a donné et me donne encore une telle foi envers les prêtres qui vivcAt selon les règles de l'Église romaine — et cela à cause de leur caractère sacerdotal — que, s'ils me persécutaient, ce n'est qu'à eux-mêmes que je voudrais avoir recours. Et quand bien même j'aurais une sagesse égale à celle de Salomon, je ne voudrais jamais prêcher, contre leur gré, dans l'église des plus humbles prêtres. Je veux, en effet, respecter ces ministres de Dieu, les aimer et les honorer comme mes sei-
gneurs et mes maîtres, parce que je leurs fautes, que je vois en eux It sont mes maîtres. Je ne vois sur 1 Hls étemel du Très-Haut, que sot cîcux Sang que seuls ils consaci fidèles. .
Ce culte de saint François poui pétué parmi ses enfants. En ce sïèi Tiers-Ordre a été inspiré de foni gieuses franciscaines, placées sous qui fut servante au Temple des pousse consacrer uniquement au des prêtres infirmes recueillis de traite.
Cette œuvre s'imposait depuis à la tombe, l'ange de la pitié et di moyen de créer une œuvre qui ré| frances et secourt toutes les misère il est brisé par la fatigue, infirme e à manquer de secours spirituels et
Conçue dès 184S par M. l'abbé I nouvel institut franciscain eut lieu jour, les trois premières religieuse nellement à l'œuvre de l'hospitalil dans l'église des Salles- La vaugu; moges. Honnies dans leur bourgad familles, traduites devant les tribu] dont les parents jouissaient d'une forcées de chercher un refuge loir la petite ville du Dorai (Haute- Vi lèreut le 16 novembre 1860 (i).
j, M. Rougier, après avoir fait son avait été nommé curé des Salles-Lavauj répara l'église et l'orna avec l'aide dr bonoe volonté. Il peasa alors à réalis pour l'œuvre des prêtres. Les premier Marie-Claire Roug-ler (sœur du fondai gnaud, SceuT Agnès Kambaud.
Le Dorât, composé de deux mille âmes, est situé au centre de la France et favorisé d'un petit séminaire et de cinq autres maisons religieuses, qui nécessitent la présence et le ministère d'une vingtaine de prêtres ; il est traversé par une ligne de chemin de fer, voie de Poitiers à Saint- Sulpice-Laurière. Les habitants sont religieux, le climat est sain.
Réduites à leurs seules ressources, manquant presque de tout, les Sœurs s'abritèrent pendant plusieurs années dans une mansarde, où deux étroites cellules servaient tour à tour d'oratoire, d'atelier, de dortoir et de salle d'infirmerie pour leur première Supérieure atteinte dès le commencement d'une maladie grave et incurable. Le divin Maître se plaisait à former dans les épreuves les plus crucifiantes ces âmes héroïques à qui il voulait confier les dispensateurs de son Corps sacré. Il les conduisait insensiblement à la réalisation d'une œuvre si utile que beaucoup de saintes personnes la demandaient à Dieu et si difficile que plusieurs n'osaient la croire possible.
Pour entretenir les maisons de retraite, les Franciscaines de Notre-Dame du Temple s'occupent de la confection de tout ce qui sert au culte divin et même de tous vêtements ecclésiastiques. Elles livrent aux églises des villes et des campagnes, à des conditions avantageuses, les ornements qui sont tous exécutés d'après les règles les plus strictes de la liturgie. Elles peuvent fournir les travaux les plus artistiques.
Les mêmes mains qui, un jour, à défaut de ressources pour acheter la matière première, avaient été réduites à utiliser une paire unique de petits rideaux de l'oratoire pour en faire une aube, brodent maintenant pour les plus riches églises de France et exportent à l'étranger des ornements de tous genres réunissant les perfections de l'art et de la solidité. Car, à l'heure voulue, sont venues se joindre aux premières ouvrières des artistes en dessin, en broderie, en travaux les plus variés et les plus délicats.
La première maison de retraite s'ouvrit à côté de la maison des Sœurs peu à peu agrandie, le 20 août 1874.
La maison de retraite offre ; reçoit, avec tous les secours spi pables d'y rendre la vie douce, ; régime est tel que peuvent le di par la maladie ou par la vieilles:
aurait besoin de se refaire. Toui touchante industrie pour que les la facilité de conserver, jusqu'à l'inappréciable bonheur de cétéb visiter le Saint Sacrement. Te goutteux peut, de sa couche oi prêtre à l'autel et reposer son rej
« Que d'actes de vertu, lisonssenté au Congrès eucharistique < merveilles de piété, de résigoatic plissent dans ces maisons de réunis les oints du Seigneur !
€ C'est un jeune missionnaire, c lante de quitter le climat brûlan nuit et jour le garde-malade d'ui rine qu'une maladie cruelle tien cloué sur un fauteuil : et l'aun donnent l'édiâcalion d'une charii tience inaltérable.
» C'est un vétéran du sacerdoc îion, bâtisseur d'églises, dont les du jour et les oreilles au bruit rendre plus sensible la présence nacle ; passant de longues heurs mobile comme dans l'extase de paralysie et gardant en cet étal d'im saint.
• Et ces prêtres plus jeunes, di par la faiblesse de la nature et oi des forces physiques, heureux d autant qu'ils le peuvent. Et ceu:
de l 'Esprit-Saint, se sont retirés repasser les années écoulées, afîi
rage et se remettre ensuite à l'œuvre ou pour se préparer saintement à la mort.
t II suffit de s'asseoir une fois à la table de ces vénérables retraités f)our sentir que cette maison est bien la maison du sacerdoce; qu'il y a là une émanation de sainteté et de zèle dont les derniers parfums réjouissent le bon Maître.
€ Rien n'est touchant comme de recueillir des lèvres de tous ces hôtes des Franciscaines leur admiration, leur reconnaissance, leurs bénédictions pour les bonnes Mères et les bonnes Sœurs.
« Si la Sœur de charité voit dans ceux qu'elle assiste les membres de Jésus-Christ souffrant ; si la petite Sœur des pauvres voit dans les vieillards qu'elle recueille les angoisses du divin Crucifié, la Sœur franciscaine de Notre- Dame du Temple voit dans le prêtre qu'elle sert comme un Saint Sacrement revêtu de la forme humaine. Aussi, quel religieux respect pour sa personne ; quelle vénération profonde pour sa sublime dignité, pour son caractère sacré, respirent toutes les Règles et tous les usages de l'institut.
c Heureux les diocèses qui ont le bonheur de posséder ces maisons bénies. Là, du moins, le prêtre n'a plus à porter dans les sacrifices continuels que réclame son ministère, la préoccupation des besoins que peuvent créer la maladie, les accidents ou la vieillesse (i). »
Le fondateur des Franciscaines de Notre-Dame du Temple, M. l'abbé Pierre Rougier, naquit à Bellac, le 23 juin 1818, fut ordonné prêtre le 20 décembre 1853 et mourut saintement au Dorât le 5 mars 189$. C'était un homme de Dieu plein de foi et de charité. Artiste, dans sa jeunesse, il travailla sous la direction de deux maîtres fameux : Horace Vernet et Paul Delaroche ; il avait ua
I. Voir Rapport lu au Congrès eucharistique de Paris, 188^, sur l'œuvre de Notre-Dame du Temple, par M, l'abbé Marandaf.
très beau talent de peintre, il exposa "" ''■'' — ■* remarqués. Mais le Christ lui apparai cet autre lui-même, non avec la s mais sous le défigurement du Calvaii moi et fais-toi le serviteur de tes frèr» Il obéit. Il eut le cuite des autels i réalisa à la lettre ces paroles de nos gneur, le zèle de votre maison me j'ai aimé la gloire de votre temp daignez habiter. • Pendant l'hiver rigoureux comme en été, levé dès 4 heures du matin, il faisait suivre ses premiers entretiens avec Dieu d'une longue oraison faite avant la messe de communauté. 11 célébrait la sainte messe avec onction, disait le bréviaire avec une scrupuleuse exactitude, suivait les règles de la liturgie à la lettre.
Tertiaire de Saint -Franc ois, il en acquit l'esprit pour l'inspirer à SCS filles qu'il rattacha d'une manière toute particu- I
lière à l'Ordre Franciscain, par le costume, les usages, les Consti Toute sa vie il aima d'un amour sp çois : l'arrivée ou le passage d'un Fr dans quelqu'autre maison de l'institi une fête.
Sa pauvreté n'était un mystère poi les habits rapiécés, était l'ennemi du il se refusait le nécessaire. Oh ! que aux lois de cette vertu aimée de sa profondément son cœur ! Lui, si bon, filles, ne pouvait leur pardonner un I ce point.
Il se consacrait entièrement à leur
€ Mes enfants, disait-il, je regarderais comme un temps perdu celui que je ne vous consacrerais pas; ma place est ici, mon cœur est au milieu de vous et avec vous. >
Par ailleurs, son abnégation était complète. Fondateur, âme vivante de l'œuvre, il ne se nommait que < l'indigne souffleur », et lorsqu'il avait donné son conseil, indiqué la marche à suivre, il s'effaçait entièrement et ne laissait paraître que ses filles.
Son abord était simple, facile, franc, ouvert, paternel; on était tout de suite à l'aise avec lui, il savait gagner la confiance de tous ceux qui l'approchaient.
Frappé par la maladie, il comprit son état : c Mon œuvre est finie, dit-il. Dieu m'appelle (i). »
Ses funérailles solennelles eurent lieu au Dorât le 9 mars 1895 ; les larmes de ses filles furent bien amères en ces jours de deuil. Voici le testament spirituel qu'il leur a laissé :
€ Je meurs, avec la grâce de Dieu, dans la foi de notre sainte Mère l'Eglise catholique, apostolique et romaine, et dans une entière soumission au Saint-Siège et à toutes ses décisions; dans l'espérance des miséricordes divines et sous la protection de mon ange gardien et de mes saints Patrons.
« Si dans mes écrits, notes, etc., il se trouve la moindre chose en opposition avec l'enseignement présent ou à venir du Saint-Siège, je le rétracte et le condamne absolument.
c Je bénis paternellement et de tout cœur les chères enfants qu'il a plu au Seigneur de me confier, et si Notre- Seigneur daigne m'admettre dans son saint paradis, je le supplierai de nous y réunir.
€ Je bénis les membres de ma famille et les presse de ne pas perdre de vue la route de nos ancêtres de sainte mémoire. Je ne les oublierai jamais. Qu'ils se souviennent de moi.
« Je suis profondément humilié de me voir, moi, pauvre misérable, appelé à produire une œuvre. Je demande hum-