‹ Les Religieuses FranciscainesChapitre 7 sur 105 · LA GRANDE RÉVOLUTION · texte numérisé non relu

LA GRANDE RÉVOLUTION

L'origine des Ordres religieux, nous Tavons dit, se confond avec l'origine de l'Église. Dès ce temps on voit les chrétiens vivre de la vie de communauté, mettre tous leurs biens en commun et ne faire plus qu'un cœur et qu'une âme. Ce germe de vie religieuse se développera bientôt. Les solitudes de l'Egypte seront témoins de son accroissement. Sous la persécution de Dèce, laThébaïde se peupla d'âmes saintes pratiquant tous les conseils évangéliques. Saint Antoine et saint Pacôme réduisent en Règles déterminées ces conseils précieux qui constituent l'essence de l'institut monastique. Saint Augustin et saint Basile reprennent leur travail, le perfectionnent, et méritent, à cause du grand nombre de leurs disciples et du retentissement de leur nom, d'être regardés comme les vrais fondateurs de la vie religieuse. Elle arrive avec eux à son entier développement. Transportée par saint Athanase en Occident, saint Benoît l'y reçoit et, par son immortelle Règle, lui donne une de ses formes les plus célèbres, qui suffira à l'Eglise jusqu'au xiii® siècle.

Avec le temps qui attaque tout, l'Ordre Bénédictin était déchu de sa première splendeur et de son antique piété. De nombreuses et fructueuses réformes avaient eu lieu. Les déserts de Camaldoli et les cimes glacées des' Alpes avaient vu les disciples de Romuald et de Bruno retremper les instituts monastiques dans les saintes rigueurs d'une

austère pénitence. Cluny avait aussi porté ses fruits. Bientôt apparaît Cîteaux qui nous a donné saint Bernard, grande et sublime figure qui domine tout son siècle dont il est la personnification.

€ Le coucher du xii® siècle, dit le comte Dandolo, ne répondit pas aux promesses de son aurore, et lorsqu'il déclina, pour se plonger dans les ténèbres de Téternité, l'Eglise sembla y descendre avec lui, elle inclina sa tête sous le poids de l'avenir. »

Va-t-elle mourir et la parole de Jésus-Christ éprouverat-elle un démenti ? Non, Dieu suscite deux restaurateurs de la société chrétienne. L'un vient d'Espagne, il est d'illustre lignée ; l'autre dltalie, firançais par le cœur et par le nom. Ils se rencontrent à Rome dans la basilique de Latran, mère et maîtresse de toutes les Eglises. Ils ne s'étaient vus qu'en songe, soutenant tous deux les colonnes ébranlées du temple qui les abrite. Voilà les sauveurs de l'Eglise. Ils tombent dans les bras l'un de l'autre et scellent par un baiser l'indissoluble union qui les unira, eux et leurs Ordres, dans la défense et la réforme de la société.

Saint François et saint Dominique, en fondant chacun leur institut, arrêtent sur le penchant de l'abîme la société corrompue qui s'y précipitait avec une vitesse vertigineuse. Inspirés de Dieu pour sauver le monde, ils comprennent la différence qui doit exister entre eux et les anciens religieux qui avaient fait l'Europe, et des mains desquels elle paraît vouloir s'échapper. Les temps sont changés, il faut aussi changer de tactique.

« Les nouveaux religieux, écrit Balmès, ne naissent plus dans le désert ; ils ne se proposent plus de vivre renfermés dans les monastères, mais de se répandre dans les campagnes, dans les hameaux, de pénétrer au cœur des grands centres de population, de faire résonner leurs voix dans la cabane du berger et dans le palais du monarque. » A eux la terre, à eux la mer, à eux les âmes sous tous les cieux.

Us sont à peine nés qu'on les rencontre sous toutes les latitudes. Ils remplissent les villes, les universités leur ouvrent leurs portes. Tous les vices, tous les maux, toutes les

hérésies sont combattus par eux, et toujours ils ont la victoire.

Le séraphique François avait fondé en 1208 son premier Ordre, V Ordre des Fr ères -Mineur s ^ appelés plus tard Franciscains^ du nom du saint Patriarche.

En 1212, deux nobles jeunes filles, Claire et sa sœur Agnès, désirant s'immoler dans la prière et le sacrifice pour la gloire de Dieu et le salut des pécheurs, vinrent demander au Saint les livrées de la pauvreté et une règle de perfection pour les vierges et les femmes chrétiennes. Ainsi naquit le second Ordre, celui des Pauvres Dames ou Clarisses,

Le plus grand nombre des chrétiens ne pouvait embrasser la vie religieuse, et saint François néanmoins voulait tracer à tous une voie sûre pour arriver au ciel. Dans ce but il institua, en 1221, un troisième Ordre (Tiers-Ordre), destiné aux personnes retenues dans le monde qui veulent pratiquer d'une façon très exacte les commandements de Dieu et de TEglise. Un marchand et sa pieuse compagne furent les premiers membres de cette association, qui bientôt se répandit dans le monde entier et changea Tordre social alors existant, au profit des petits et des pauvres qui fiirent efficacement secourus, grâce à la multitude d'hommes et de femmes qui embrassèrent cette sainte milice. — Elle exerça au xm® siècle et aux siècles suivants une action religieuse et sociale très salutaire, en mettant au service de l'Eglise des légions de défenseurs ; elle fut également une pépinière de saints et de grands hommes. C'est ainsi que firent partie du Tiers-Ordre plus de quatre-vingt-dix saints ou bienheureux dont on célèbre la fête, par exemple saint Louis, roi de France, sainte Elisabeth de Hongrie, saint Ferdinand de Castille, sainte Jeanne de Valois, saint Yves, saint Roch; quarante-cinq martyrs, environ deux cents confesseurs, vierges ou veuves en possession du titre de bienheureux ; plusieurs papes ; des fondateurs de congrégations religieuses, tels que saint Ignace de Loyola, saint Vincent de Paul, saint François de Sales, M. Olier, le cardinal de BéruUe, plus de cent trente rois ou reines ; des

l6 LES RELIGIEUSES FRANCISCAINES

écrivains et des personnages illustres, tels que Dante, Lope de Véga, Le Tasse, Raphaël, Michel- Ange, Giotto, Murillo, Cimabué, Palestrina, Galilée, Galvani, Volta, Jeanne d'Arc, Christophe Qîloinb, etc.

Créé d'abord uniquement pour les personnes vivant dans le monde, le Tiers-Ordre devait bientôt se constituer en maisons religieuses et former, comme les deux autres familles de saint François, de nombreuses communautés, servant ainsi l'Eglise dans les monastères aussi bien que dans le siècle.

En effet, peu de temps après la mort du séraphique Patriarche, quelques membres du Tiers-Ordre ayant voulu se séparer du monde afin de pratiquer leur Règle avec plus de perfection et se consacrer avec plus de liberté aux œuvres de zèle et de charité qu'inspire l'esprit de cet institut, mais ne pouvant entrer dans le premier ou le second Ordre à cause des austérités qui s'y pratiquent, on vit dès lors se former des communautés d'hommes et surtout des communautés de femmes où l'on gardait la Règle du Tiers-Ordre avec des vœux simples de pauvreté, chasteté et obéissance.

Ainsi donc prit naissance, après le Tiers -Ordre séculier ^ le Tiers-Ordre régulier,

A quelle date précise commença-t-il ?

Nous savons que, du temps même de saint François, il y eut des Tertiaires qui menèrent la vie érémitique, tels que le bienheureux Pierre de Colle et la bienheureuse Viridiane.

Il y eut aussi, dès le xiii® siècle, en Allemagne et en Belgique, ainsi que le dit Boniface VIII dans la bulle Cupientes de juin 1295, des Tertiaires vivant en communauté, et en Flandre, des béguinages presque uniquement composés de membres appartenant au Tiers-Ordre franciscain.

Pancirole rapporte qu'une communauté de Sœurs tertiaires fut établie en 1288, à Rome, et en 1300, dans la même ville. Wadding assure, à son tour, qu'une semblable réunion de Sœurs existait à Naples en 1320. »

En 1324, Jean XXII, s'adressant à des Tertiaires, leur fit \ cette déclaration : « Nous approuvons le dessein pris par '

VOUS de vivre en obéissance, pauvreté et chasteté, comme étant louable, très utile et selon la volonté de saint François, et nous déclarons qu'il n'est pas contraire à la Règle de Nicolas IV que vous professez, lequel, selon l'esprit du fondateur, voulut que cet Ordre fut pour les personnes des deux sexes vivant dans le monde, mais ne défendit jamais à ses membres de mener une vie plus parfaite. >

Quoi qu'il en soit de cette déclaration et de ces diverses fondations dont nous ne connaissons pas exactement l'origine, la nature et la durée, il est certain que l'Ordre de Saint- François attribue à sainte Elisabeth de Hongrie l'honneur d'avoir la première inauguré, en 1229, le Tiers-Ordre régulier, en faisant elle-même les trois vœux de religion, en portant l'habit extérieur et en s'adonnant aux œuvres de miséricorde, ainsi que nous le rapporterons au chapitre iv. C'est cette douce et illustre Sainte qui est la mère et la patronne spéciale de toutes les religieuses franciscaines du Tiers- Ordre, qui trouvent en elle le modèle accompli de toutes les vertus qu'elles doivent pratiquer et de toutes les œuvres auxquelles elles doivent s'adonner.

Sainte Elisabeth vivait dans une cabane bâtie auprès du couvent des Franciscains de Marbourg, mais elle n'était pas astreinte à la clôture.

La bienheureuse Angéline de Marsciano fut appelée par Dieu lui-même à être la véritable fondatrice des communautés du Tiers-Ordre régulier ; elle devait leur donner, avec la clôture, une véritable organisation religieuse.

Notre- Seigneur lui était apparu, en effet, en 1395, alors qu'elle priait dans l'église de Notre-Dame des Anges, près d'Assise, et lui avait commandé d'établir à Foligno une communauté cloîtrée de Tertiaires franciscaines, sous le patronage de sainte Anne, mère de la très sainte Vierge. Angéline avait obéi et le monastère était établi.

Elle fonda encore quinze autres communautés dont elle fut déclarée la Supérieure générale.

Jusque-là chaque monastère avait une Supérieure locale ayant le pouvoir des papes de recevoir les novices et de leur donner l'habit religieux. En 1428, la Bienheureuse

l8 LES RELIGIEUSES FRANCISCAINES

obtint de Martin V (bulle SacrsB religionis) le privilège d'une Supérieure générale qui gouvernerait toutes les maisons de l'institut.

Le pape Çugène IV confirma cette concession (bulle jEternâB beatUudinis y 1436) et même accorda la faculté de nommer une Vicaire générale, pour faire les visites des couvents à la place de la Générale.

Plus tard, en 1440 et en 1442, ce même Souverain Pontife approuva la nomination de Supérieures provinciales, qui seraient élues tous les trois ans. (Bulle Apostolicée Sedis y 1440.)

Les Sœurs étaient soumises à la juridiction des Frères- Mineurs de l'Observance.

Mais cette forme de gouvernement ne dura pas. Avec le temps, la ferveur venant à décroître, il y eut de nombreux abus relevés à la charge des Supérieures et Visitatrices générales ; on les voyait trop souvent en dehors de leur couvent, et les Sœurs ne voulaient guère se soumettre à leur contrôle. Du reste, il y avait parfois des conflits de juridiction entre les Générales et les Provinciaux franciscains. En conséquence, en 1461, à la sollicitation de Louis de Vicenze, vicaire général de l'Observance, Pie II supprima l'office de Générale, et ordonna qu'à l'avenir chaque monastère élirait une Supérieure, qui aurait dans son monastère la même autorité que la Générale en avait dans tout l'institut, quta periculosum et minus honestum est mulieribuSy prssseriim j'uvencults, per aliénas diseur sare sedes, (Bulle Ut tollatury 1461.)

En ce moment, le gouvernement des monastères des Sœurs franciscaines fut confié, tantôt aux Provinciaux et Visiteurs franciscains, tantôt à l'évêque du lieu ; car, ainsi que le déclara Nicolas IV, la direction des Frères- Mineurs ne fut pas imposée aux Franciscaines, mais simplement conseillée. Suivant les temps et les personnes, elle peut être profitable ou inutile. Sainte Thérèse elle-même soumit d'abord, sur l'ordre du Ciel, ses religieuses à la juridiction des évêques, et ensuite, sur un nouvel ordre du Ciel, à l'obédience des Carmes.

LES RELIGIEUSES FRANCISCAINES iq

En 1471, Sixte IV plaça toutes les religieuses franciscaines sous la juridiction des Frères-Mineurs. (Bulle I^omani Ponitjîcïs, 1471.) Léon X (bulle Nuper^ 15 16), Clément VII (Cum alias, 1524), Paul III {Exponi nobis, 1537) et Jules III (Cum stnt, 1553), ratifièrent cette décision, « car, disaient-ils, si la visite des Frères-Mineurs excite j>arfois la crainte, elle entretient la régularité ».

Actuellement, d'après le Concile de Trente et le droit canon, toutes les communautés de religieuses sont soumises à rOrdinaire. Saint Pie V décréta aussi, après le Concile de Trente, que les religieuses à vœux solennels gar- 1 deraient la clôture perpétuelle.

Après la mort de la bienheureuse Angéline, les monastères de cet institut se multiplièrent d'une manière merveilleuse.

Un grand nombre de ses filles, aspirant à une plus grande perfection, embrassèrent la Règle de sainte Claire, comme firent celles du monastère de V Ave Maria, à Paris, en 1485, avec la permission du pape Innocent VIII, qui accorda, en 1490, la même grâce aux religieuses tertiaires de Lille. C'est ainsi encore que saint Jean de Capistran persuada à la bienheureuse Antoinette de Florence et à ses douze compagnes de devenir Clarisses.

Bientôt une multitude de congrégations semblables à celle de la bienheureuse Angéline germèrent de toutes parts, en Italie, en France, en Espagne, en Allemagne, etc. La plupart étaient sans clôture, afin de s'exercer aux œuvres de miséricorde auprès des malades, des pauvres et de tons les déshérités de ce monde. C'est la gloire de l'Ordre séraphique et etil particulier du troisième Ordre, d'avoir préludé depuis plusieurs siècles aux travaux de zèle et de charité qui distinguent les instituts plus modernes. Néanmoins elles conservaient leur qualité de véritables religieuses.

Dans sa bulle de 1517, Ea quœ, Léon X fit cette déclaration : t Sixte IV, notre prédécesseur, décréta et déclara que les Sœurs du Tiers-Ordre de Saint-François, vivant en commun et faisant les trois vœux essentiels, étaient de

vraies religieuses, et que leur vœu de pauvreté, chasteté et d'obéissance, avait la force et la validité du vœu solennel. . . Nous approuvons de nouveau cette déclaration, et nous déclarons que ces Sœurs sont de véritables religieuses. »

Actuellement les Franciscaines ne font plus que des /j-^'vœux simples. Elles peuvent posséder des biens meubles et immeubles.

Pour Taliénation des biens appartenant à l'institut et pour faire des emprunts, il est nécessaire d'obtenir le Bene^ placitum apostolique, conformément à la Constitutioa Ambitiosa de Paul II, donnée en 1468, à un décret d'Urbain yill en 1624, et à un autre décret de la Sacrée Congrégation du Saint Concile du 20 mars 1626.

Clément VII, dans sa Constitution Ad uberes fructus^ du 15 mars 1526, accorda aux membres du Tiers-Ordre régulier une dispense générale de l'abstinence du lundi, prescrite par la Règle de saint François, et les autorisa à ne commencer lé jeûne de la Saint-Martin que le premier dimanche de l'A vent.

Quant à l'office canonial, un usage très ancien, confirmé par Paul III, permet aux Franciscaines de satisfaire à cette obligation par la récitation de l'office de la sainte Vierge.

Ce même Souverain Pontife leur permit d'avoir à leur service des filles et des femmes. (Bulle Sacrse Religtonis,

Grâce à ces mitigations, le nombre des Sœurs franciscaines s'accrut de jour en jour.

Vers 1660, on comptait plus de 240 monastères en Italie, 70 en France, 66 en Espagne, 30 en Portugal, 32 en Irlande, etc.

On pourrait grouper sous quatre titres ces nouvelles Sœurs franciscaines : Les Sœurs grises , les Franciscaines Pénitentes de l* Etroite Observance^ les Récollectines et les Capucines,

Les Sœurs grises y ainsi appelées à cause de la couleur primitive de leur costume, s'adonnaient à toutes les œuvres de charité, sans aller à la quête. Avec le temps, les unes

s'habillèrent en blanc, d*autres en noir ou en bleu obscur.

Celles qui n'avaient point de rentes et vivaient des aumônes qu'elles allaient chercher, furent appelées les Sœurs de la Celle; elles allaient servir les malades hors de leurs monastères.

D'autres furent appelées les Sœurs de la Faille^ parce qu'elles portaient sur leurs habits, quand elles sortaient, de grands manteaux ou failles dont le chaperon se rabattait sur le visage.

Celles qui exerçaient dans les hôpitaux la charité envers les malades ou les pèlerins furent nommées simplement Hospitalières, Mais leurs noms et dénominations variaient suivant les diverses provinces et pays qu'elles habitaient.

Les Religieuses Franciscaines Pénitentes de l* Étroite Observance étaient soumises aux Franciscains de TÉtroitç Observance et suivaient la réforme du P. Mussard. Elles eurent pour fondatrices la Mère Françoise de Recy et sa fille la Mère Claire-Françoise de Besançon.

La Mère Françoise, née Marguerite Borrefy, avait épousé dans le monde M. de Recy, officier dans l'armée du duc de Savoie. Ils eurent de leur mariage une fille, qui vint au monde le 6 août 1589, et reçut au baptême le nom d'Odille.

Odille fiit un modèle de piété dès son bas âge ; elle aimait à secourir les pauvres et à se vêtir elle-même très simplement. A cause de son insigne vertu, elle mérita de faire sa première communion dès l'âge de hait ans. L'éclat de sa beauté lui attira des prétendants, mais les recherches que l'on fit pour l'avoir en mariage, ne servirent qu'à augmenter le désir qu'elle avait de se retirer dans un monastère. Sa mère, qui avait elle-même cette pensée et qui sollicitait son mari de leur en accorder la permission, était la première à exhorter sa fille à ne point songer au mariage et à persévérer dans le dessein qu'elle avait pris de n'avoir point d'autre époux que Jésus-Christ. M. de Recy ne pouvait se résoudre à une séparation si prompte et si sensible ; mais eçfîn il consentit à leur retraite, leur permettant d'emporter ce qu'elles voudraient pour leurs besoins. Elles

fondèrent un monastère à Verceil, près Besançon, et, à la mort du mari et du père, elles firent profession en 1604. Odille prit le nom de Sœur Claire-Françoise et sa mère celui de Françoise. En 1608, elles allèrent, avec les compagnes qui s'étaient jointes à elles, s'établir à Salins, où elles bâtirent un beau monastère sous le titre de Sainte- Elisabeth.

En 16 14, elles embrassèrent la Réforme de TEtroite Observance, dite de Picpus. De nouvelles fondations furent faites, notamment à Nancy, Lyon et Paris (monastère de Sainte-Elisabeth). La Mère Françoise mourut à Salins le 4 avril 1 619 et la Mère Claire-Françoise au monastère de Paris le i^*" avril 1627.

Les Franciscaines Récollectines eurent pour fondatrice la Mère Jeantie de Neerich, née à Gand de parents pauvres de biens, mais riches de vertus. Jeune encore elle entra au couvent des Franciscaines de sa ville natale, et devint aussitôt un modèle d'humilité, de mortification et de charité. Elle évitait avec soin la conversation des personnes séculières et ne sortait du monastère, "alors sans clôture, que lorsque Tobéissance Ty obligeait. Cette conduite plut à quelques-unes de ses compagnes, et elle sut si bien leur persuader les douceurs de la retraite que plusieurs à son exemple se retiraient des vains entretiens du monde, préférant la solitude à toutes les visites que les autres faisaient fort fréquemment hors le couvent.

Elle demanda la Réforme au P. Marchant, alors Custode de la Province des Récollets de Flandre et lecteur en théologie au couvent de Gand, Celui-ci en référa au Provincial qui ordonna la clôture et la nomination d'une nouvelle Supérieure. Jeanne de Neerich fiit élue à la joie de plusieurs et au mécontentement des autres. Sur la propo- , sition de la marquise de Malespine, elle fonda un monastère à Limbourg, en 1623, avec quatre Sœurs de la Réforme et reçut bientôt un grand nombre de novices. Jeanne mourut le 26 août 1648, à l'âge de soixante et onze ans, après avoir pu fonder de son vivant treize couvents.

Le P. Marchant, élu Provincial et Commissaire général

delà Haute et Basse Allemagne, mourut à Gand le ii novembre 1661, à l'âge de soixante-seize ans (i).

Les Religieuses Capucines de la Pénitence furent fondées en 1614 par la Mère Françoise Taffin, de Saint-Omer, et approuvées par Paul V le 2 juin 161 9. Elles suivaient, autant qu'elles le pouvaient, la direction et les observances des PP. Capucins. Nous en parlerons au chapitre vi sur les Capucines de Bourbourg.

Parallèlement aux Sœurs du Tiers-Ordre régulier, il se forma également de nombreuses communautés de religieux du Tiers-Ordre où Ton faisait aussi des vœux solennels, et où l'on s'employait, comme dans le premier Ordre, au ministère apostolique. Ils appartenaient à diverses congrégations dont les noms étaient aussi variés que pittoresques.

Il y avait les Frères Pénitents du Tiers-Ordre de Saint- François appelés communément les Bons-Fi^ux^ fondés à Armentières en 161 5; les Frères Hospitaliers du Tiers- Ordre, appelés les Frères Infirmiers Minimes ou Obrégons établis à Madrid et en Espagne ; les religieux Pénitents du Tiers-Ordr^ de la Régulière Observance, nommés 3égghardSy répandus en Belgique ; les religieux Pénitents du Tiers- Ordre de la Régulière Observance de la Congrégation de Lombardie, de Sicile, de Dalmatie et d'Istrie ; les religieux Pénitents du Tiers-Ordre en Allemagne, en Portugal, en Espagne.

Les religieux Pénitents du Tiers-Ordre de Saint-François de l* Étroite Observance appartenant à la Congrégation de France j dite de PicpuSy furent très répandus et très populaires dans notre patrie avant la Révolution.

Ils avaient été réformés par le P. Vincent Mussard,

en 1594.

Celui-ci naquit à Paris le 3 mars 1570; son père était syndic des Capucins. Après avoir fait d'excellentes études et reçu l'ordre du sous-diaconat, il se retira dans un petit ermitage dans la forêt de Senar, près Corbeil, avec un ermite nommé Antoine Poupon, puis à Val- Adam, près

\So\T Histoire des Ordres religieux,'p2s\e'?. Hélyot, tome VII*.

Paris, à Saint-Sulpice de Senlis, et enfin à Francouvillesous-Bois, au diocèse de Beauvais, à six lieues de Paris, où de nombreux disciples vinrent le rejoindre et où ils jetèrent les fondements de leur congrégation en 1594; ils firent leur profession. Tannée suivante, entre les mains du délégué du Provincial des Franciscains et avec Tautorisation du Général de TOrdre qui lui permit d'ériger de nouveaux couvents. En 1601, ils s'établirent à Paris, au faubourg Saint- Antoine, dans un lieu appelé Picpus, ce qui fit donner à ces Pères le nom de Picpus ou Picpussiens. En 1603, d'après un bref du pape Clément VIII, les anciens monastères de Tertiaires furent unis aux nouveaux et soumis au Ministre général des Frères-Mineurs.

Le P. Vincent Mussard, après avoir beaucoup travaillé pour la congrégation du Tiers-Ordre régulier de France, lui avoir procuré plus de trente-quatre maisons d'hommes et plusieurs couvents de Sœurs de la même Réforme, mourut au couvent de Picpus le 13 août 1637, à l'âge de soixante-sept ans.

En 17 18, cette congrégation était divisée en quatre Provinces et avait cinquante-neuf couvents.

Il est impossible de raconter tout le bien accompli en France, jusqu'au moment de la Révolution, par les innombrables religieux et religieuses du Tiers-Ordre de Saint- François. Il nous faudrait composer un livre spécial sur ce sujet. Les Sœurs franciscaines, en particulier, furent les dignes devancières des Sœurs de Charité et des autres religieuses modernes employées aux œuvres de miséricorde. Le crucifix sur la poitrine et l'amour du pauvre dans le cœur, partout elles prodiguèrent leur zèle et leur dévouement.

Et dire qu'il a suffi de moins d'une année pour renverser les couvents, asiles de l'apostolat, de la charité et de la prière ! c Les torrents de lave que vomissent le Vésuve et l'Etna, a écrit le comte de Montalembert, se sont toujours arrêtés et détournés devant la demeure que les Camaldules et les Bénédictins s'étaient choisie sur les flancs de ces redoutables cratères. Le volcan moral dont les éruptions

i.ES RELIGIEUSES FRANCISCAINES 25

ont ravagé le monde chrétien a eu moins de discernement : il a tout emporté. Tout a été englouti dans la même ruine. Ce n'est pas seulement dans les villes, dans les grands centres de la population, au contact des grands courants de la vie moderne, que la destruction s'est donné pleine carrière ; elle a fouillé les forêts et les déserts pour y chercher ses victimes. Aucune solitude ne s'est trouvée assez profonde, aucune montagne assez abrupte, aucune vallée assez reculée pour lui dérober sa proie. »

La Révolution fut sans entrailles et sans miséricorde, elle fauchait sous son passage tout ce qui rappelait le culte de Dieu. Rares furent les religieuses qui purent continuer à exercer leur ministère de paix et de charité.

On cite néanmoins comme une glorieuse exception la Sœur Marie-Thérèse Petit, née à Angers en 1764, qui étant entrée quelques années avant la tourmente révolutionnaire, à l'hospice de Savenay, comme religieuse du Tiers-Ordre de Saint-François, put y rester pendant les plus mauvais jours, grâce à sa présence d'esprit et à la fermeté de son caractère.

Plus d'une fois cependant, on la menaça de la faire fusiller ; elle se contentait de répondre : c Faites ce que vous voudrez, mais qui soignera vos malades ? » Une autre fois, un des chefs du district la fit venir au pied de l'arbre de la liberté et voulut le lui faire embrasser : < Citoyen, lui répondit-elle en riant, si ça vous était égal, j'aimerais autant vous embrasser vous-même. » Cette répartie inattendue désarma le provocateur. — c Va- t'en bien vite, vieille chouanne, lui dit-il, tu seras toujours incorrigible. »

Voyant qu'on ne pouvait rien obtenir d'elle, on la laissa désormais tranquille, et elle put continuer, sans être inquiétée, son ministère de charité. Quand elle était à bout de ressources, elle ne se gênait pas pour aller trouver les fonctionnaires de la République eux-mêmes, et leur déclarait qu'il fallait mettre la main à leur bourse ; elle revenait presque toujours après avoir obtenu ce qu'elle désirait. C'est ainsi qu'au milieu des révolutionnaires, elle sut fisiire respecter l'habit de bure des filles de saint François.

^ LBS RBUGIEUSES FRANCISCAINES

La Sœur Marie-Thérèse mourut le i8 décembre 1834, au milieu des larmes des malades qui Taimaient comme une mère, et laissant les plus profonds regrets parmi les habitants de Savenay.

Nous verrons comment les Sœurs franciscaines repeuplèrent les couvents silencieux et déserts et comment refleurit sur la terre de France le vieux tronc de l'arbre séraphique par le Tiers-Ordre régulier.

Page 1