CHAPITRE PREMIER
Quiconque a étudié l'histoire de TEglise est obligé de reconnaître que son esprit est éminemment un esprit d* association et, par conséquent, de force : vertu qui existe surtout là où Ton s'entr'aide, où Ton se soutient mutuellement, où Ton est uni. C'est sur ce principe que repose la communion de l'Église triomphante avec l'Église militante, qu'est basée la hiérarchie ecclésiastique, politique et civile. En effet, il y a société de mérites et de prières entre les saints et les fidèles ; société dans l'épiscopat, sous la direction du Pape; entre les prêtres, sous l'autorité de l'évêque, et entre les citoyens sous l'action du chef de l'État.^ Personne ne doit donc s'étonner que, dès son origine, l'Église se soit préoccupée d'en multiplier les applications. Son divin Auteur ayant dit : c Quiconque quittera tout pour me suivre recevra le centuple en cette vie et en l'autre ; et, là
OÙ plusieurs seront assemblés en mon nom, je serai au milieu d'eux » , elle a dû s'empresser d'inviter ses enfants à se réunir, pour se sanctifier et pour avoir la récoilipense promise. Ainsi se sont formés les Associations ou Ordres monastiques, qui constituent des sociétés particulières dans la société générale de TÉglise et qui sont, comme on le voit, autant d'applications vivantes de cet axiome que Y union fait la force.
L'état religieux est un état stable de vie commune sous une même Règle, approuvé par l'Église, dans lequel des âmes qui aspirent à la perfection se consacrent à Dieu par les vœux de pauvreté, de chasteté et d'obéissance, et la pratique d'une règle commune.
Un évêque dans son diocèse peut, d'après une coutume connue et tolérée par le Saint-Siège, approuver au moins provisoirement une communauté religieuse et y autoriser les trois vœux, mais une telle communauté n'est pas pour cela un Ordre religieux proprement dit. Alors même que la Règle est approuvée parle Saint-Siège, une communauté n'est pas pour cela même un Ordre religieux ; il faut de plus que les vœux y soient perpétuels, et reconnus comme solennels ^2X le Souverain Pontife. C'est cette reconnaissance expresse des vœux solennels qui constitue un Ordre religieux. Le Pape peut toutefois accorder le titre et les privilèges ^ Ordre religieux proprement dit à une congrégation qui ne ferait que des vœux simples. Ainsi un décret de Pie VII et de Grégoire XVI laisse jouir des faveurs attachées à l'Ordre, dont elles suivent la Règle, les religieuses de France, quoique ces dernières ne fassent pas de vœux solennels comme leurs sœurs établies hors de la France.
- L'état religieux revêt trois formes : la vie contemplative^ la vie active^ la vie mixte.
La vie contemplative est celle qui s'occupe directement de Dieu, et qui ne donnant au corps que les soins essentiels qu'il exige, se consacre à la prière, à la louange, à la réparation. Elle est très agréable à Dieu, puisque Notre- Seigneur, parlant de Madeleine qui s'occupait unique-
ment de lui, disait : < Elle a choisi la meilleure part. » Elle est très utile au prochain sur l'âme duquel, par ses prières et ses sacrifices, elle attire des grâces de conversion et de salut. Elle est très méritoire pour l'âme qui s^unit à Dieu dans le recueillement par la charité.
La vie active est celle qui s'occupe directement des soins à donner au prochain par des œuvres extérieures et temporelles, sans négliger toutefois les devoirs de piété. C'est aux âmes qui l'ont embrassée que Jésus-Christ dira au jour du jugement : < Venez les bénis de mon Père, possédez le royaume qui vous a été préparé dès le commencement du monde, car j'ai eu faim et vous m'avez donné à manger; j'ai eu soif et vous m'avez donné à boire ; j'ai eu be* soin de logement et vous m'avez abrité; j'ai été nu et vous m'avez revêtu; j'ai été malade et vous m'avez visité ; j'ai été en prison et vous êtes venu me voir. »
La vie mixte^ mélange de contemplation et d'action, se consacre à procurer directement au prochain un bien spiri- i. tuel, comme fait le prédicateur, le confesseur, l'éducateur, ]i avec la pensée de contribuer à la gloire de Dieu. Elle est ^ . plus excellente et plus digne que la vie purement contemplative, quoique celle-ci soit en elle-même plus parfaite que la vie active, si on la considère séparément, car, dit saint Thomas, € comme c'est une chose plus excellente à!! éclairer que de luire seulement, de même il est plus parfait de transmettre aux autres ce que l'on contemple que de se borner à contempler » .
Les religieuses vouées, par leur profession, à la vie active peuvent, dans une certaine limite, aspirer aux avantages de la vie mixte. 11 faut pour cela qu'elles soient avant tout fidèles à leurs Règles et qu'elles se servent des soins matériels qu'elles donnent, comme d'un moyen pour s'insinuer jusque dans l'âme des personnes qu'elles obligent.
Le but de l'état religieux est de tendre à la perfection par la pratique exacte, non seulement des commandements de Dieu et de l'Eglise, mais encore des conseils évangéliques qui se résument dans l'observation de la pauvreté, de la chasteté et de l'obéissance.
4 IXS KELIOECSES FKASCXSCADCES
La paofrreté rok^atatre esl la prenûêre disposîtkm demandée par Jésos-Chiist: à œiix qui Teolent derenir parfaits : « Vendez ce que tous avez, donnez-le anx panvres et Miivez-moL »
La cha5)teté âégatgeaat des cbaiges de famille rend plus facile la pratsqtie de la paarreté; de pins, elle élève Tâme att-deM^as de» choses sensuelles et permet d^attacher le cceur à Difoi seuL
L*otyHsi>aace soumet la Yolonté à on snpérieor et lui permet de commander tout ce qa*il joge nécessaire à la perfection.
Cette pratique des conseils évangéliques doit être obligatoire par vau £ait dans une communauté, pour que ceux qui h^y adonncmt soient vraiment religieux. Sans ce lien, on resterait libre de tendre ou non à la perfection, et cette lilKtrté est incompatible avec ce qu'on appelle un ^Vo/, qui indique quelque chose de permanent.
Ces vœux temporaires ou perpétuels doivent être faits suivant une Jîè£/e qui en détermine et la matière et la pratique.
Dans le droit canonique, en effet, la Règle ou plutôt les Régies indiquent la manière dont doivent être compris et pratiqués les trois vœux. Saint Augustin, saint Benoît, saint i3asilc et saint François ont chacun formulé des Kè^tes qui sont seules approuvées par TÉglise et qui doivent les unes ou les autres être adoptées par toutes les congrégations religieuses, qui veulent recevoir Tapprobation du Saint-Siège.
A ces R?jf^/âs sont ajoutées les Constitutions qui précisent les pratiques de chaque congrégation.
Il suffit pour les unes et les autres de Tapprobation de rév<^c[ue diocésain.
Vapprohaiiopi, demandée au Souverain Pontife et acconléo, ne confère pas, par elle-même, à ces communautés le caractère et la nature d^Ordres religieux. Elle a pour cffot d'autoriser la congrégation à s'établir dans toutes les parties de Tr^jUse, du consentement de TOrdinaire, d'empêcher que les Règles ne soient modifiées par une autorité
inférieure, d'obliger de recourir au Saint-Siège pour tout ce qui peut survenir d'important dans son gouvernement.
Lorsqu'une congrégation sollicite l'approbation du Saint-Siège, le Souverain Pontife, après avoir été assuré par l'évêque diocésain que les Règles ont été observées avec édification pendant un certain nombre d'années, donne d'abord le décret d* éloge; plus tard, après examen, il approuve l'institut dans ses points fondamentaux et le constitue par l'autorité apostolique, ou même examine et approuve alors le corps de ses Constitutions.
Le vœu est une promesse délibérée, par laquelle on s'engage envers Dieu à une chose qu'il est mieux de faire que de ne pas faire.
Le vœu privé est limité par la volonté de celui qui le fait; le vœu de religion, dans une communauté, oblige selon l'étendue des Règles et des Constitutions qui la régissent.
Les vœux de religion sont ou temporaires, c'est-à-dire pour un certain temps déterminé, qm perpétuels ; simples, c'est-à-dire non acceptés par l'Église, ou solennels, si le Souverain Pontife les reconnaît et approuve comme tels, et peut seul en dispenser.
Le vœu de pauvreté, plus ou moins strict, suivant les Règles de chaque institut, interdit le droit de posséder et de céder, ou, si le droit reste, de faire acte de possession ou de cession, sans la permission du supérieur.
Si le vœu est solennel, il rend incapable, même avec la permission du supérieur, de posséder personnellement quelque bien temporel que ce soit, et de disposer en maître des biens dont on a l'usage. Le vœu simple empêche seulement d'user et de disposer licitement des biens personnels, sans la permission expresse ou tacite du supérieur.
Voici les déclarations du Saint-Siège sur la pratique du vœu de pauvreté, dans les congrégations où l'on ne fait que des vœux simples :
€ Le vœu de pauvreté dans ces instituts n'ôte point à une professe la faculté de conserver la ««<?-propriété de
ses biens temporels ; mais il lui ôte tout droit d'administrer ces biens et de disposer des fruits ou revenus qu'ils produisent, tant qu'elle demeure dans la congrégation. C'est pourquoi, avant de faire profession, une Sœur doit céder, même par acte privé, l'administration, l'usage, l'usufruit desdits biens, à qui il lui plaira, et même à son propre institut, si elle le préfère. Quant au domaine de ses biens, elle aura la faculté soit d'en disposer par testament, soit de faire à ce sujet, avec la permission néanmoins de la supérieure, tous les actes que prescrivent les lois. »
C'est ainsi qu'après avoir donné à la communauté la dot réclamée, la religieuse est libre de laisser à qui elle veut, par testament, ses biens patrimoniaux.
Violer le vœu de pauvreté est une faute plus ou moins grave, selon la gravité de la matière. Généralement, ce qui suffit pour un péché mortel en matière de vol, suffit, d'après l'opinion commune, pour un péché mortel en matière de vœu de pauvreté.
Le vœu de chasteté impose deux obligations : la première, de renoncer au mariage; la seconde, d'éviter tout acte extérieur ou intérieur déjà défendu par le sixième et le neuvième commandement.
Ce vœu ne peut être commué que par le Souverain Pontife, même dans les simples congrégations.
Le vœu d* obéissance est celui par lequel un religieux s'oblige, envers Dieu, à obéir à ses supérieurs légitimes, dans ce qu'ils lui commanderont selon la règle.
La Règle est la base du pouvoir des supérieurs ; ils ne I peuvent rien commander contre la Règle, ni en dehors de la Règle, mais ils peuvent commander tout ce qui est nécessaire pour l'observation exacte de la Règle et ce qui y est implicitement renfermé, ainsi que les pénitences contre les transgresseurs, la manière de remplir les emplois, etc.
La Règle ^ en général, n'oblige pas par elle-même, sous peine de péché, surtout quand il s'agit d'articles qui n'expriment pas les obligations des vœux ; mais il est rare qu'on viole les Règles sans péché, à cause du principe qui pousse à cette violation.
C*est Dieu qui appelle Thomme à tel ou tel état et lui assigne sa place dans la grande société des fidèles. Il peut, néanmoins, en tant qu*être libre, contredire les desseins de Dieu ; il peut vouloir ou ne pas vouloir, obéir ou résister, suivre sa vocation ou se diriger dans une autre voie ; mais il sait que, s'il déserte volontairement cette place que la Providence lui assignait dans la milice des créatures utiles, elle sera transportée à un meilleur que lui.
S'il y a des états qui aient besoin d'une vocation particulière, ce sont assurément ceux du sacerdoce et de la vie religieuse. Les devoirs importants qu'ils ont à remplir IHin et l'autre ne peuvent se remplir sans des grâces particulières que Dieu refuse habituellement à ceux qui s'ingèrent d'eux-mêmes dans une voie où ils ne sont pas appelés.
Les signés de la vocation ou appel de Dieu se ramènent à deux : V aptitude et V attrait.
Inaptitude est une disposition de l'esprit et du corps qui permet de comprendre les obligations de cet état et d'en supporter les travaux et les fatigues ; V attrait est un sentiment instinctif ou raisonné, naturel ou surnaturel, qui porte la volonté à choisir la vie religieuse plutôt que la vie séculière.
Les motifs surnaturels de vocation peuvent être : le dégoût du monde, alors qu'on n'a éprouvé aucune déception, le désir de faire pénitence et d'expier les fautes que l'on a commises, l'espérance de gagner plus sûrement le ciel, le bonheur de vivre en communauté, le zèle du salut des âmes, etc.
Les motifs naturels peuvent être : une grande humiliation à laquelle on veut échapper, Iç dépit de n'avoir pas réussi dans un établissement ou dans une entreprise...
Quoique ces derniers viennent à Dieu par le dégoût du siècle et dépités contre lui, cependant ils se donnent au Seigneur avec une volonté pleine et entière et peuvent devenir de saints religieux.
D'autres motifs : l'ambition d'être plus considéré sous l'habit religieux, l'espérance d'avoir une charge honorable, plus de bien-être dans la communauté... étant mauvais en
eux-mêmes, ne peuvent jamais devenir bons. — Le salut n*est pas impossible, sans doute, à une âme qui est entrée en religion sans vocation, mais il devient bien difficile et exige une soumission rigoureuse au directeur à qui on a fait la confidence de sa faute.
Les marquesqu'un attrait vient de Dieu sont la constance malgré les obstacles, la paix dans les oppositions, la manière de vivre plus exacte à tous les devoirs. On revient toujours à la pensée de la vie religieuse après les moments d'épreuves ou de crise par lesquels le bon Dieu fait passer, et pendant lesquels il semblait qu'on voulait tout abandonner.
Quels que soient les motifs qui poussent à la vie religieuse et éloignent de l'état du mariage ou du célibat dans le monde, il faut avoir recours à la prière et aux lumières d'un directeur éclairé, libre de toute influence, de toute considération humaine dans les jugements et plein d'estime pour l'état religieux.
Il n'y a pas, en général, une obligation stricte j sous peine de péché grave, d'embrasser la vie religieuse, puisque cet état n'est que de conseil^ mais résister à l'appel de Dieu confirmé par le directeur de sa conscience, c'est se préparer une vie de remords et exposer grandement son salut.
€ Néanmoins, dit saint Liguori, lorsqu'une personne est persuadée que, dans le monde, elle se damnera, soit à cause de sa faiblesse au milieu des occasions périlleuses, soit par le manque de secours puissants que le Ciel lui a préparés en religion, cette personne ne peut être excusée de péché mortel, si, de son plein gré, elle se met en danger de se perdre en refusant de suivre sa vocation. »
Les parents peuvent éprouver, |mais non empêcher leurs enfants de suivre leur vocation ; si ceux-ci sont majeurs, ils sont autorisés à les quitter malgré eux.
Une postulante ne peut prendre l'habit religieux et entrer en noviciat — qui doit durer au moins un an, — si elle n'a pas l'âge requis, si elle n'a pas été examinée par l'évêque ou son délégué, si ses parents, frères ou sœurs, ont absolument besoin d'elle pour vivre.
La profession religieuse est un contrat par lequel une novice^ se donne à Dieu dans une congrégation approuvée par rÉglise, en faisant formellement les trois vœux de pauvreté, de chasteté et d'obéissance, conformément à la Règle et aux Constitutions. Elle oblige la religieuse professe à ne pas quitter sa communauté à moins d*avoir obtenu l'autorisation requise, soit auprès de Tévêque diocésain, soit auprès du Souverain Pontife, si l'institut a des vœux solennels ou des vœux perpétuels quand la congrégation est approuvée par le Saint-Siège. Il faut toujours recourir au Pape pour la dispense du vœu de chasteté perpétuelle (i).
L'Ordre de Saint- François d'Assise demande peut-être plus que tout autre des âmes vraiment généreuses et tout particulièrement détachées des biens périssables de ce monde. L'amour de la sainte pauvreté est la marque spéciale de la vocation franciscaine. Cette sublime vertu a déjà amené au Patriarche d'Assise une multitude d*enfants vêtus de bure, ceints de la corde, et dans les siècles futurs suscitera encore des milliers <^ disciples.
Quiconque a revêtu ses livrées doit aussi se sentir porté à secourir les pauvres, les petits et les humbles; il doit aller vers eux avec un cœur joyeux et un extérieur plein de simplicité.
< Hommes du peuple, a dit M. Emile Ollivier, chaque fois qu'on parlera de porter les mains sur la religion de l'Evangile, rappelez-vous que vous lui devez François d'Assise et Vincent de Paul, les deux amis les plus tendres que vous ayez eus sur cette terre. »
Leurs disciples doivent marcher sur leurs traces.
Avant d'entrer dans l'Ordre ils subissent habituellement Vatirait de la vie franciscaine, ou comme disent nos anciens Pères, de la religion séraphique^ constituée par l'ensemble merveilleux des actes de saint François et de ses premiers compagnons, des traditions, des saints, des
I. Les notions qui précèdent sont extraites du Traité sur Vétat religieux, par l'auteur des Paillettes a* or, par le P. Gautrelet, et du droit canon.
lO LES RELIGIEUSES FRANCISCAINES
docteurs, des martyrs, des missionnaires et des écrivains de rOrdre.
On sait que le premier Ordre de Saint-François compte plus de cent quarante saints ou bienheureux dont on célèbre la fête, près de sept mille martyrs ou confesseurs ayant le titre de bienheureux dans l'Ordre, deux cents dont le corps se conservait en tout ou en partie sans corruption.— Le deuxième Ordre, celui des Clarisses, a vingtdeux saintes ou bienheureuses. — I^e troisième Ordre se glorifie d'avoir plus de quatre-vingt-dix saints ou bienheureux dont on célèbre la fête, quarante- cinq martyrs et plus de deux cents confesseurs, vierges ou veuves, en légitime possession du titre de bienheureux, sans parler des nombreux saints fondateurs d'Ordres qui furent Tertiaires.
Le premier Ordre a fourni jusqu'à ce jour environ trois cents nonces ou légats, deux mille évêques, cinq cents archevêques ou patriarches, soixante cardinaux et cinq papes.
Les docteurs ont occupé les premières chaires des universités les plus célèbres ; qu'il suffise de nommer Alexandre de Halès, Jean de la Rochelle, saint Bonaventure, Duns Scot, Roger Bacon, Nicolas de Lyre.
Tous les nombreux enfants des trois Ordres franciscains doivent suivre les traditions séraphiques, surtout par la pratique des vertus A^ pauvreté et de pénitence ^ car la cupidité et le sensualisme sont les deux grands fléaux de la société moderne.
Les mondains répètent partout : richesse, richesse, richesse, soyons riches, accumulons des biens, soyons opulents dans nos habits, nos édifices, nos ameublements. Les hommes se pèsent au poids de l'or. Que faut-il pour l'arrêter ? Des lois ! Elles seraient impuissantes. 11 faut l'exemple du dépouillement volontaire, la pauvreté de la crèche ; et, cet exemple, c'est la religieuse qui le donne et qui dit au monde : « La pauvreté avec Jésus-Christ est préférable à tous les trésors de la terre.»
Le sensualisme, la passion des jouissances sensuelles cause de grands ravages parmi les hommes. Or, qui pourra
réagir contre ce mal qui énerve le corps et tue Tâme ? Une seule chose : reyemple de la chasteté sans tache, une vie angélique dans les natures humaines, des austérités dans une chair mortelle. C'est ce que fait la religieuse dans son couvenL Elle prie, elle expie. Combien de pécheurs, par exemple, qui dans le cours de la nuit, à Tissue d'une fête mondaine ou d'une débauche, ont entendu la voix de Dieu, en même temps que le son de la cloche du monastère. Combien ont quitté le chemin du vice, après avoir senti le remords dans l'âme excité par le spectacle d'actions saintes ou par la puissance des prières de quelque servante du Seigneur.
Oh I que la religieuse peut faire du bien pour le salut des âmes, et comme elle peut vivre heureuse dans son couvent ! Saint Bernard l'a dit excellemment : « Dans l'état religieux, l'âme vit avec plus de pureté, tombe plus rarement, se relève plus vite, marche plus précautionnée, est comblée de plus <ie grâces, jouit de plus de paix, meurt avec plus de confiance, abrège son purgatoire, gagne une plus belle couronne. >
Aussi il n'est pas étonnant que la vie religieuse attire tant de nobles cœurs.
€ Chaque jour, dit Montalembert, des milliers de créatures aimées sortent des châteaux comme des chaumières, des palais comme des ateliers, pour offrir à Dieu leur cœur, leur âme, leur corps virginal, leur tendresse et leur vie. Chaque jour, parmi nous et partout, des filles de grande maison et de grand cœur, et d'autres d'un cœur plus grand que leur fortune, se donnent dès le matin de la vie à un Epoux immortel. C'est la fleur du genre humain, fleur encore chargée de sa goutte de rosée, qui n'a encore réfléchi que le rayon du soleil levant, et qu'aucune poussière terrestre n'a encore ternie. C'est la fleur, mais c'est aussi le fruit ; c'est la sève la plus pure ; c'est le sang le plus généreux de la tige d'Adam ; car, chaque jour, ces héroïsmes remportent la plus étonnante des victoires, grâce au plus courageux effort qui puisse enlever la créature aux instincts terrestres et aux lieux mortels. »
i2 Les RKUGOECSES rtLASCBC^JSES
Les sonTetaîas pontifes et les éréqnes ont tonfoiirs protégé a admiré les Onlres religieux.
Voici ce qa'écrivait à Tabbé Gadn^ Mgr Dapanloup : « Je «oiA heureux de le déclarer, j'aime et rénère les Ordre» religieux, les coogrégatioas religieuses. J'ai toujours profes^ pour cette saiute et vaillante portion de la milice ecclésiaf^tfque la plus profonde estime et la plus vive sympathîe* »
Un autre illustre prélat, Mgr Mermillod, tertiaire de Saint-François, comme celui que nous venons de citer, a dit aussi ces belles paroles : c L'évêque protège les Maries dans les cloîtres, sous le manteau de sainte Thérèse, de sainte Claire, des pieuses adoratrices de tout nom, qui, nuit et jour, sont aux pieds du Christ, versant leurs parfums, leurs larmes et leur cœur, et lui donnent Tamour de la vierge et de IV'pouse, dans une tendresse qui ne défaille jamais. Harmonie entre la terre et le ciel, solidarité des âmes, communion des saints, Tévêque vous défendra toujours comme la gloire et la force de son Église. Qui redira donc celte sublime histoire de la prière, ces holocaustes silencieux de la pénitence, ces cantiques perpétuels qui, plus que jamais, sont nécessaires pour désarmer les justices divines et relever l'humanité des décadences où elle tombe. »
Puissent les religieuses, et spécialement les Franciscaines du Tîcrs-Ordre remplir dignement et saintement le rôle que leur assigne rKgiise dans la société chrétienne.