I. La Société de Patronage des Orpkeli
Notre-Dame du Calvaire. Elles ont pris naissance à Grèzes, dans un hameau situé près de Laissac.
Laissac est placé à peu de distance de la rive gauche de PAveyron, sur les bords d*une plaine immense ornée de belles et agréables prairies, et au pied de petites montagnes couvertes de magnifiques forêts. De petits torrents aux eaux limpides courent le long de ses flancs avec un bruit de cascatelles et portent la fraîcheur et la fécondité dans le pays tout entier. C'est de là que cette petite ville tire son nom : Layssagues^ ou les eaux, en latin Layciaquae ou Layciacum. L*air y est toujours pur, car les vents qui descendent des montagnes chassent les miasmes et rendent le ciel habituellement sans nuages.
Les habitants sont religieux, laborieux, hospitaliers ; on croit qu'ils sont les descendants d'une colonie celte établie dans la région : les mœurs, les habitudes, les monuments druidiques l'attestent encore (i).
Quoi qu'il en soit, à part les émigrants et quelques commerçants, les Layssaguais sont pour la plupart occupés à la culture des champs. Ils mènent la vie paisible et patriarcale des Anciens : fouiller le sein de la terre avec le hoyau ou la charrue, semer et récolter les blés, couper les foins odoriférants, cueillir les doux fruits de la vigne en chantant un gai refrain !
Ce milieu religieux, sain et champêtre, convenait parfaitement à l'œuvre des orphelinats agricoles : c'est là aussi que le Ciel l'a fait naître en 1879.
Mgr Costes, autrefois vicaire général à Rodez, devenu évêque de Mende, fut l'inspirateur de la fondation et le
sièg-e à Paris, 2, rue Casimir-Périer, adopte les orphelins et subventionne les établissements où sont placés les enfants.
L'Œuvre des enfants pauvres et des orphelins, dirigée par Mgr des Forges, 74, rue de l'Abbé-Groult, Paris, place par an plus de deux cents orphelins dans diverses maisons.
I. Voir Essai sur la Topographie physique et médicale de Laissac, par Toussaint Bastide, médecin. — Montpellier, chez Jean Martel, 1828. — Laissac est à vingt-huit lieues de la Méditerranée, quatre de Rodez et huit de Millau.
directeur de la fondatrice, Mlle Galtier, en religion Mère, Sainte-Croix. Celle-ci tenait un petit magasin de commerce, quand Dieu lui inspira la pensée de secourir les
Révérende Mère Sainte-Croix.
orphelins et de leur laisser sa maison paternelle et sa propriété de Grèzes, d'une contenance de 25 hectares.
L'œuvre vécut très péniblement les premières années, en butte à l'épreuve de la piauvreté, de l'isolement, du dédain et de la raillerie. La défiance détournait les vocations et fermait les bourses. Mais la fondatrice et ses quelques
compagnes, pleines de confiance en leur mission, encouragées et bénies, du reste, par les éVêques de Rodez et de Mende, ne se laissèrent pas abattre par ces épreuves. Elles dirigèrent leur barque malgré la tempête et attendirent le moment favorable pour la jeter dans la haute mer. Les ressources et les orphelins arrivèrent à la pauvre maison. La ferme fut agrandie, et une propriété voisine assez vaste achetée.
Le frère de la fondatrice, M. l'abbé Galtier, curé à Saint- Salvadou, opposé jusqu'à ce moment à l'œuvre, changea brusquement de sentiment, laissa sa cure et vint aider sa sœur. Ce zélé et saint prêtre, membre de la Société des Agriculteurs de France et de la Société générale d'Enseignement et d'Éducation, etc., consacre maintenant sa fortune et son temps au soulagement des petits orphelins.
Les Constitutions de la congrégation ont été approuvées par S. Em. le cardinal Bourret', mort évêque de Rodez. Le P. Damase composa le règlement des Sœurs, et les PP. Capucins de Millau viennent habituellement tous les ans leur prêcher la retraite et les former à la vie religieuse et franciscaine.
Elles sont actuellement au nombre de cent quarante, divisées en Sœurs de chœur et en Sœurs converses.
Le noviciat est à Grèzes et dure deux ans, il est précédé d'un postulat de six mois ; les vœux sont prononcés d'abord pour deux ans, puis pour cinq, et enfin pour toujours.
La dot des Sœurs de chœur est fixée à 6.000 francs et celles des Sœurs converses à 2.000; mais on fait toutes les concessions nécessaires pour favoriser celles qui, dépourvues de fortune, ont un bon esprit et les qualités requises pour la vie religieuse.
Les religieuses sont vêtues d'une robe de bure brune^ d'un voile et d'un manteau noirs ; elles portent la corde de laine blanche.
En 1893, une terrible épreuve fondit sur la maison-mère; la fièvre typhoïde frappa en même temps cinquante membres de la communauté : quatre Sœurs et un enfant mou-
rarent. Grâce aux secours envoyés par les autorités, et aa dévouement d'un médeciD énergique et intelligent (i), le fléau fut conjuré.
Le but précis de l'Œuvre de Notre-Dame du Calvaire est de recueillir les enfants pauvres, orphelins pour la plupart, de les élever chrétiennement et d'en faire plus tard de bons agriculteurs. On les prend dès l'âge de deux ans et on les garde jusqu'à leur majorité et au delà, tant qu'ils le veulent.
L'excellence et l'opportunité d'un pareil but sautent aux yeux de tous-
Personne n'ignore, en effet, que de nos jours les travaux des champs sont tombés en discrédit et que les jeunes gen^, les plus intelligents surtout, se dirigent vers les villes et les carrières libérales ou les emplois administratifs. Pour ne parler que de l'Aveyron, plus de 65.000 de ses habitants ont fui la campagne pour se réfugier à Paris ! L'agriculture tombe dans le marasme et devient trop souvent le partage de gens, vaillants peut-être et durs au travail, mais pas assez éclairés et par trop routiniers. Or, on sait qu'il faut de l'intelligence et du savoir pour arracher à la terre tout ce qu'elle peut produire; l'œuvre des orphelinats agricoles doit réagir contre la contagion de l'émigration et la routine des paysans agriculteurs.
Cette œuvre est surtout destinée à former de bons citoyens et de bons chrétiens, et à préserver de l'entraînement du milieu certains enfants qui pourraient mal tourner.
I. M. Ségurei, de Laissac, qui reçut en celte clrcaostaDce une médaille de bronze.
I, Les conditions d'admission des orphelins sont, outre les certliicata de naissance, baplÉme, bonne santé et consentement des parents ou tuteurs, une petite pension de 20 francs par mois et 50 francs d'entrée. — L'œuvre sollicite instamment la création de bourses à perpétuité en faveur des orphelins. Plusieurs personnes peuvent s'unir ensemble dans ce but. Le montant des bourses est placé sut les terres des orphelinats.
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Sans doute la plupart d'entre eux appartiennent à des familles honorables, mais d*autres en sont malheureusement dépourvus. Ils ont même souvent ^ous leurs yeux les mauvais exemples de ceux qui devraient ne les porter qu'au bien. L'orphelinat vient les soustraire à la misère, à la corruption, aux mauvais traitements. Citons un fait. C'est un enflant qui parle :
€ Étant encore tout petit, je fus un jour volé à mes parents, sur la place de la ville que j'habitais, par le directeur d'un cirque. Dieu sait ce que j'eus à souffrir de la part de cet homme brutal, pendant les quelques années que je passai chez lui. C'est à grands coups de bâton qu'il assouplissait mon caractère et mes reins, afin de me rendre apte au métier de saltimbanque. Fatigué de me voir traiter si inhumainement, je résolus de m'enfuir. Un matin, ayant reçu l'ordre de porter dans la rue les balayures de la maison, je profitai de l'occasion pour m'esquiver en toute hâte. Après quelques instants d'une course effrénée, je me trouvai hors la ville, en pleine c^ppagne. Où aller ? que devenir? La Providence mit sur mes pas une personne charitable à laquelle je contai mon histoire. Elle me prit en pitié et m'amena à Montpellier, à l'hôpital des enfants trouvés. Quelques jours après, je fus admis au nombre des orphelins de Notre-Dame du Calvaire. »
Cet enfant fut baptisé sous condition, instruit, moralisé ; il est devenu un excellent jeune homme (i).
L'intention des fondateurs serait de créer, dans chaque département où l'œuvre serait établie, deux maisons : l'une au chef-lieu du département, à la ville, pour les petits enfants que la charité des fidèles nourrirait ; l'autre, en pleine campagne, pour les enfants plus grands et plus âgés, en état de travailler à l'agriculture et de gagner leur pain. Les Sœurs s'occuperaient des petits orphelins, des Frères agriculteurs des grands orphelins, et des prêtres réguliers dirigeraient l'œuvre tout entière.
I. Voir le Rapport de M, l'abbé Abadie, sur l'Œuvre de ^cire- Dame du Calvaire, au congères catholique de Rodez, 1889.
LES RELIGIEUSES FRANCISCAINI
Jusqu'ici, les religieuses seules et quelq' preonent soin des enfants.
La congrégation possède et dirige actuell phelinats.
A Grèses, il y a près d'une centaine d temps est partagé entre l'étude, la prière et champs. Les grands travaillent surtout pend et la moisson. Ils reçoivent i franc par semai est placé pour eux à la caisse d'épargne.
A Montpellier (Hérault), tt y a cinquante lins de deux à dix ans. Des bienfaitrices les ressources nécessaires pour vivre. Tous reste, deux Sœurs de l'orphelinat, accompaj mestique, vont au marché avec une petite v les petits orphelins •, crie une Sœur en pas les tas de denrées qui encombrent la lialie, e remplit vite de légumes frais.
Dans le même département, à Lucarni Pons, se trouve l'orphelinat qui reçoit les gi il est situé dans un vaste domaine de rappoi
Autre orphelinat à Bédarieux (Hérault), e (Haute-Saône).
A Ckâtillon, route de Bagneux, 12, p Sœurs de Notre-Dame du Calvaire ont acqu maison, avec un enclos de 6 hectares, où petits orphelins sont reçus jusqu'à l'âge de être ensuite amenés en province et devenir culteurs.
L'œuvre de Notre-Dame du Calvaire gr père tous les jours ; pour nourrir un si grand fants, ellea besoin de beaucoup de ressoui gieuses comptent, pour les avoir, sur la % familles chrétiennes.