I. Les épreuves de la fondation. — II. Ses progrès. — IIL De
Saint-Chlnian à Montpellier.
La très honorée Mère François du Saint-Esprit, fondatrice et première Supérieure générale des Franciscaines de Saint-Chinian, était née en 1821.
Dès Tâge de quatre ans, on la vit s'entourer de jeunes enfants auxquels elle expliquait ce que son intelligence précoce comprenait de notre sainte religion. Jamais depuis ne se ralentit en elle cette flamme divine du céleste amour, que le Seigneur semblait y avoir allumée avec les premières lueurs de la raison. Les efforts d'un père tendrement aimé et dont elle était idolâtrée ne purent rien changer à la résolution qu'elle avait prise, dès l'âge de douze ans, d'appartenir sans réserve à l'Epoux divin des vierges.
Son courage grandissait avec les obstacles; sa volonté de fer sut briser les liens qui semblaient devoir l'enchaîner à un monde, dont les plaisirs ne purent jamais charmer son cœur. A quinze ans, elle avait le bonheur de voir ses désirs accomplis et d'entrer au noviciat des Sœurs de Saint-Joseph, où elle avait été élevée, à Pons (Hérault).
Ce fut M. l'abbé Thibaut, depuis é lier, qui lui donna le saiat habit. La je et l'intelligence de cette adolescente I son esprit et jamais dans la suite il n Dieu semblait avc^r des desseins partie
En efifet, Mgr Thibaut avait nourri le désir d'établir dans son diocèse une i et, à plusieurs reprises, il vit tous ses e Vers la fin de l'année 1860, plusieurs bièrent lui indiquer que le motnent et efficacement son projet. D'un côté, l'i dans la ville de Saint- Chiniau, un vieu autrefois servi de résidence aux évêq et que des religieuses venaient de qu temps; d'autre part, plusieurs jeunes confidencede leurs projets de vocation ; bant, dans le secret de son cœur, Ii Mère. En conséquence, il acheta te 1 l'intention d'y installer les futures reJig
Mais il restait à vaincre les résistanci la Mère Saint-François; cart'agrémen périeurs légitimes et l'invitation de s peine à lui donner le courage de quitte florissante, pour se jeter dans un avec leR. P. Marie-Clément Cathary, jésu:
odeur de sainteté à l'île Bourbon {23 m cida, tout en lui prédisant que l'œuvri sans le concours des contradictions et plus amères.
Elles ne tardèrent pas à surgir. Le qui avaient prorais de venir composer ne purent exécuter leurs désirs, devan leurs parents. Or, comment une con exister, s'il n'y a pas de sujets?
La Mère Saint- Franc ois se rendit à \ conter à Mgr Thibaut sa profonde déce la ville, elle entra d'abord dans un m piété pour y acheter une couronne franc
des sept allégresses de la sainte Vierge). Deux jeunes filles qu^elle ne connaissait pas se trouvaient là, lesquelles voyant la nuit tomber lui proposèrent de lui servir de guides dans la ville. Chemin faisant, elles confièrent à la bonne religieuse leur désir de quitter le monde et s'offrirent à la suivre. Ces bonnes âmes se séparèrent ensuite, et chacune de son côté passa la nuit en prières pour connaître la volonté de Dieu. Elles se sentirent appelées à s'unir à celle qu'elles avaient providentiellement rencontrée.
Le lendemain de son arrivée, la fondatrice put donc se jeter aux pieds de Mgr Thibaut avec les deux filles que Dieu venait de lui donner. Le vénérable prélat leur prodigua ses encouragements et leur conseilla de préludera leur nouvelle carrière par une fervente retraite sous la direction d'un excellent prêtre qu'il leur désigna. Pendant ce temps, une des jeunes filles, qui avaient été retenues par leurs parents, vint se joindre à elles ; une Sœur converse augmenta la petite société, et le bon prêtre put, à l'issue de la retraite, donner l'habit franciscain à quatre nouvelles épouses de Jésus-Christ.
Le 3 avril 1861, toute la congrégation, composée de ces cinq membres, prit la route de Saint-Chinian. Quelques bonnes femmes, attirées par la curiosité, furent seules à les recevoir; elles allèrent leur chercher les clefs du vieux manoir et les y introduisirent. Toutes les fenêtres étaient dépourvues de vitres ; le vent et la pluie pénétraient librement d^ns les appartements vides et délabrés, et rendaient presque horrible ce séjour, où les filles de saint François arrivaient la nuit, n'amenant avec elles comme ressource que Dame Pauvreté.
Deux jours après leur arrivée à Saint-Chinian, les religieuses ouvrirent des classes pour les jeunes filles, qui commencèrent à les fréquenter en grand nombre. Parmi les grandes salles qui accusent encore une ancienne splendeur, elles choisirent pour elles les réduits les plus simples et laissèrent tout le reste aux exigences de l'éducation des élèves.
Sur ces entrefaites, Mgr Thibaut vint à mourir, presque
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snbitement, le 4 mai 1861, laissant privée de tout appui l'œuvre franciscaine qu'il venait de créer, si bien que l'autorité diocésaine, qui lui succéda immédiatement, ne trou-
Révérende Mère François du Satnt-Esprit.
vant dans les cartons de l'évêché aucun papier concernant les religieuses de Saint-Chinian, fut sur le point de les disperser. Mgr Le Courtier, ayant été nommé au siège de Montpellier, donna heureusement aux filles de saint François les marques de la plus entière bienveillance. Dès le 8 février 1862, il écrivait en ces termes à la Supérieure :
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€ Mon vénéré prédécesseur, Mgr Thibaut, portait à votre Ordre et à votre fondation dans son diocèse le plus fraternel intérêt. J'accepte de grand cœur cette part de sa succession, et je déclare que toute ma bienveillance vous est acquise, que je vous vois avec bonheur établies dans mon diocèse. Vous pouvez compter sur mes encouragements et sur mes plus affectueuses bénédictions. »
Cette bénédiction porta ses fruits. La petite communauté de Saint-Chinian grandit et prospéra. Un pensionnat, un externat et une salle d'asile furent établis dans le vieux manoir qu'elles achetèrent définitivement par acte notarié du 5 juin 1863. En 1868, l'Académie de Montpellier décerna aux Sœurs une mention honorable pour les soins intelligents et dévoués qu'elles donnent aux jeunes filles de leur pensionnat et de leurs écoles.
Déjà en 1865, la congrégation fut en mesure de fonder son second monastère. Elle l'établit le 17 septembre, fête des Stigmates de saint François, sur la paroisse Saint- Jude, que l'autorité diocésaine venait de créer dans la ville de Béziers, Un grand nombre d*enfants y fréquentent aujourd'hui les classes des Sœurs franciscaines.
Le R. P. Cathary n'avait pas cessé de consacrer aux religieuses de Sainl-Chinian tout ce qu'il pouvait leur accorder de dévouement, jusqu'au jour de son départ pour les missions étrangères. Avant de se séparer de sa vieille mère qu'il aimait tendrement, il supplia les Sœurs de le remplacer auprès d'elle, en fondant un couvent à Moux^ son village natal. Les filles de saint François devaient trop à ce vénérable Jésuite, pour que son désir ne fut pour elles un devoir. En conséquence, avec l'agrément de l'évêque de Carcassonne, tertiaire lui-même, une petite colonie vint établir à Moux la troisième maison de la congrégation. C'était le 5 novembre 1866. Depuis lors, de nombreux enfants y suivent les classes des Sœurs, et les
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malades de la paroisse sont heureux de les encouragements et les soins des î'ra Le 19 mars 186S, elles fondèrent à F école qui obtint dès les premiers jour auprès des élèves et des parents. La mo bonté des Sœurs frappèrent vivement leur acquirent aussitôt la vénération, l'i pathie de toute la paroisse.
Le 12 mai de la même année, la Eév< François accompagoall une nouvelle co la paroisse Sainte-Madeleine.
Cette maison a beaucoup prospéré 1 d'hui uD superbe pensionnat, un exteri salle d'asile et une classe enfantine pour Le bien se fait dans les écoles chrétiec y affluent malgré Satan et ses satellites,
I-e 3 et le 8 juin 1876, nos bonnes vrireut encore deux maisons à Monipe écoles de jeunes filles, l'autre pour sen personnes qui désirent vivre retirées di Cabrière présida lui-même la cérémoni Dans une chaleureuse allocution, il retra les bienfaits répandus dans le monde t séraphique et les immenses services l'Église. Il salua avec effusion l'habit fra sant, après une longue absence, dans sa puis il dit son attachement pour le Pauv liens étroits qui unissaient sa famille à ce autrefois les PP. Capucins, en qualil d'une chapelle dont les murs subsister le privilège de présenter aux fonts sacr^ nobles rejetons des Roverie de Cabrière crant à Marie et à leur séraphique Pèri toujours les noms de Marie- François.
En 1881, les religieuses de Saint-Ch Toulouse, rue Côte-Pavée, 17, une se retraite, et en 1893 une troisième fut fondi Jeu de Mail. Ces établissements sont spé(
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aux dames du monde désireuses de trouver, dans une paisible retraite, le calme et un repos salutaire. Les personnes d*une santé délicate, et même celles qui sont affaiblies par Tâge ou les épreuves de la vie, sont dans ce couvent l'objet d'attentions spéciales. Elles trouvent dans le dévouement des religieuses consacrées à cette œuvre tous les secours que réclame leur pénible état. Soulager la souffrance physique ou morale est un des buts de cette pieuse institution et, pour y parvenir, les avantages les plus grands y ont été réunis.
L'étendue et la disposition des bâtiments, construits expressément pour l'œuvre, réunissent toutes les conditions de confort et d'hygiène désirables. Leur division en appartements séparés et indépendants offre aux dames pensionnaires l'avantage d'une agréable liberté, sans les priver des agréments qui résultent de la vie de famille et du charme d'une aimable société.
La position exceptionnelle de la maison de Toulouse, située dans l'un des quartiers les plus sains et les mieux exposés de la ville; Tair pur et vivifiant qu'on y respire, la riante perspective qu'on y découvre : tout concourt à rendre ce séjour aussi agréable que salutaire.
C'est ainsi que Dieu a récompensé le zèle et la charité de l'humble fondatrice des Franciscaines de Saint-Chinian. Sa société a grandi sans appuis humains et même au milieu des persécutions. Avant sa mort, la Révérende Mère François du Saint-Esprit put compter autour d'elle plus de cent religieuses abrités dans divers établissements où elles élevaient environ quinze cents -enfants et soignaient un grand nombre de dames pensionnaires ou de pauvres orphelines.
La fondatrice, en établissant une congrégation religieuse vouée à l'enseignement et vivant sous la Règle de saint François, voulut surtout favoriser les vocations. Pour faciliter l'accès du couvent à un grand nombre de jeunes filles que la pauvreté retient trop souvent dans le monde, il fut arrêté, dès le commencement, qu'on n'exigerait jamais aucune dot des personnes qui se présenteraient avec
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de bons témoignages et des marques d'une vocation réelle, dépourvues de fortune, de telle sorte que la dot fût eu rapport avec la position des postulantes.
La vie si active, si pleine de bonnes et saintes œuvres de la Mère Saint-François, fut couronnée d'une mort précieuse devant le Seigneur. Elle avait eu son Gethsémani ; d'amères tristesses vinrent encore abreuver son cœur si sensible et si tendre : il fallait que le crucifiement fut complet. Sa tendresse pour ses filles spirituelles était également arrivée aux dernières limites de la charité. Aussi dans la prévision de sa mort prochaine, elle cherchait à faire passer dans leur âme l'amour qu'elle avait pour la sainte Eglise. Le zèle qui la dévorait pour le salut des âmes, faisait naitre sur ses lèvres les exhortations les plus touchantes : » O mes filles, aimez-vous! soyez bonnesl bonnes! bonnes! Aimez bien les enfanta qui vous soat confiées; rendez-les pieuses, bien pieuses... • Le 28 décembre 1883, cette âme, transpercée par les traits d'une charité sacs bornes, s'endormit paisiblement dans le baiser du'Seigueur. Elle était Sigée de soixante-deux ans et en avait passé quarante-sept en religion (i).
Ses filles spirituelles sont animées du meilleur esprit; pour elles saint François est tout et aa pauvreté leur vertu de prédilection. La vue seule de ces pieuses Teniaires, vêtues d'une bure grossière et souvent rapiécée, est une éloquente prédication.
Fondées en 1861, autorisées en 1876, les Franciscaines de Saint-Chinian ont quitté ou plutôt transféré à Montpellier, en 1895, leur premier berceau.
Saint-Chinian, entourée d'un massif de verdure et assise dans un riant vallon dominé d'un côté par un groupe de montagnes, de l'autre par une ceinture de petits rochers à picsqui l'enferment comme dans un rempart, convenait bien pour un lieu de noviciat où les âmes se forment à la vie