et 2. Lettres de P. Rabaut à divers, II, p
3. Pour tous ces faits voy. Cli. Dardier. rec. cité, I. 239, note. L'auteur reproduit (p. 241) une lettre du pasteur Picard dit Nougarèdc où on lit, sous la date du 25 mars 17G0, ces mots : «Bordeaux a déjà refusé d'y entrer (dans cette banque) et nombre d'autres endroits à son imitation en ont fait de même ». Mais il semble qu'à cette date il s'a'jisse moins du projet de 1758 que d'un «nouveau projet », qui aurait été substitué au premier.
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Le projet de Banque protestante était depuis longtemps enterré quand l'esprit de circonspection qui animait le Consistoire deBor- ■ deaux eut de nouveau l'occasion de s'exercer d'une manière assez différente. Un sieur Louis Dutens, né à Tours en 1730^, avait fait agréer par l'église de La Rochelle le dc;;r>ein qu'il avait formé d'obtenir du roi un édit favorable aux Protestants dans des limites \ d'ailleurs étroites (1775). Il demandait seulement que les Consistoires de Bordeaux, Nîmes et autres de même importance le reconnussent comme Agent général des Protestants de France auprès du gouvernement, avec plein pouvoir de retrancher et de modifier ce qu'il jugerait à propos, dans les mémoires qui lui seraient adressés. Mais Dutens élevé à Londres, où il était devenu secrétaire d'un ministre politique du roi d'Angleterre, d'ailleui s pensionnaire de cette cour et possédant bénéfice en ce pays, était considéré comme étranger, partant suspect et fut, à cause de ce, récusé par Bordeaux comme par Nimes ^. Paul Rabaut le laisse clairement entendre à Olivier-Desmont : «Les amis de Bordeaux m'ont envoyé, copie de la lettre qu'ils écrivirent aux Messieurs de La Rochelle. ^ Je vous la communiquerai à notre première (entre) vue. Elle est très bien faite et entièrement dans nos idées ^. »
La prudence dont le Consistoire fit preuve en ces diverses occurrences et en plusieurs autres* n'apparaît nulle part plus justifiée que dans la conduite qu'il tint vis à-vis du fameux Jacques-François Armand. Ce chapelain de ram''jassade de Hollande à Paris s'employait activement dès 1785 à libérer ses coreligionnaires français de quekjues-unes des entraves dont ils portaient encore la sujétion. Après avoir parcouru les provinces du Nord, il se décidait vers la fin de l'année à visiter celles du Midi en commençant par l'église de Bordeaux''. Malheureusement il s'y prit de telle façon (ju'il éveilla bientôt les défiances et souleva l'opposition de ceux mêmes qu'il prétendait affranchir. Sous prétexte de satis-
1. Connu comme numismite. Autciii' d'un Mémoire sur la nécessité de rappeler les prtleslanls.
2. Nous empruntons ces détail^ à M. Cli. Dardier, rec. cité, II, p 201-200.
3. Lettre du II octobre 1775, rec. cilé, II, p. 201. — Olivier-Desmont se trouvait ^ alors ;i sa campaene de Redessan, au pied des Cé\ennes. i»
4. V'oy. les laits que nous rajjpelons ei-dessus, tout à la lin du cliap. lïl.
5. \'oy. une lettre de Paul [-{abaul du 27 décembre 17.S0^ dans Cli. Dardier, rec. cité, 11. p. 273.
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î'AU'o à la l'ois les protcsLaiiLs cl les catholiques et d'enlever au gouv(M iiement français les tracas de ce conflit, Armand proposait: 1^ d(^ restituer à tous les protestants l'état-civil; 2^ de réduire ceux du Nord au culte domestique; 3° de diminuer de moitié 1<? nombre des pasteurs du Midi; 4odo faire, par lui-même ou par ses auxiliaires, la tournée; des églises pour haptiseM- hîs enfants, bénir les mariages, distribuer la sainte-cène; 5^ de recourir contre bîs récalcitrants aux lettres de cachet.
]. 'énoncé seul de cette entreprise en montre l'impossibilité. Bi(ui loin de soutenir h; chapelain Armand, le Consistoire de Bordeaux prirt assez vite position (umtre lui^ Le pasteur Olivier, qui devinait on cet intrus « un fou et un ambitieux ))^, fut l'un des plus résolus à le combattre. Il profita des vacances qu'il passa dans les Cévennes (comme chaque année) en septembre 1781 ^, pour réunir quelques-uns de ces collègues à Ganges (auj. dans l'Hérault) et former avec eux,- afin de battre en brèche et de briser les projets d'Armand, un Comité provincial qui « sera comme l'ombre de nos synodes nationaux et de nos assemblées politiques et en tiendra lieu. Nous aurons là (ajoutait-il dans la lettre où il fait part de ses démarches) un Conseil national qui pourra agir d'après l'avis des synodes et des comités provinciaux. »
Le chapelain Armand n'était pas homme à laisser sans riposte une pareille déclaration de guerre. 11 le prouva, entre autres
1. Voy.dans le Registre consisiorial les délibérations dos 17 mai. 26, 29 et 31 mai 17S1. Les Archives du Consistoire possèdent le dossier de cette affaire. Sur les neuf piècetà qu'il renferme, nous ne citerons que les deux suivantes :
1° « Projet d'un arrêté qui n'a point été pris, mais que le Consistoire a convenu de conserver pour y avoir recours si M. Armand met la compagnie dans le cas de s'occuper encore de ses affaires» (11 avril 1782);
2° Lettre des « Anciens et notables de la Société protestante de Sedan « au Consistoire de Bordeaux (24 nov. 1781) : •< ... Nous ne nous permettrons, Messieurs, que cette seule réflexion sur vos arrêtés : c'est que, tandis que vous preniez à Bordeaux de si grandes précautions contre la prétendue visite de Mons. Armand, nous soupirions à Sedan après son arrivée, et que nous n'avons cessé, pendant plus de dix-huit mois, de le solliciter de nous en favoriser,, sans que ses occupations nombreuses et si utiles à la cause protestante aient pu lui permettre de se rendre à nos désirs «.
A cette lettre signée de huit noms, était jointe une déclaration solennelle, de trois pages, en faveur du chapelain Armand.
2. Lettre du 21 mai 1780, rappelée par Ch. Dardier, ouv. cité, II, p. 268, note.
3. Voy. sa lettre à son collègue Blachon (de Bordeaux), datée de Redessan (Gard), 30 septembre 1781, dans Lettres de Faut Rabaiil à divers, II. 282, note. — Quelques semaines auparavant, à la date du l-- se()tembre ,01ivier-Desmont avait écrit à Beaumarchais (qui, d'o.igine protestante, s'interposait, volontiers en faveur de ses core-
• ligionnaire^) pour qu'il obtînt aux églises l'appui du ministre Maurepas contre les entreprises d'Armand (Gh. Dardier, rec. cité, II, z68).
manières, par une lettre pleine de menaces et de paroles malsonnantes ^ qu'il adressa aux Protestants de Bordeaux, sur le soupçon qu'ils ne voulaient pas accéder à ses projets avant d'avoir reçu les informations nécessaires. La lutte prenait de part et d'autre une tournure déplorable, qui ne pouvait guère correspondre à l'intérêt général. L'issue n'en fut point changée, sans que nous sachions bien de quel poids pesa à Paris l'intervention des Bordelais ^.
Ce que nous pouvons appeler la prudence avisée du Consistoire s'explique pourtant ici non seulement par les événements généraux que nous connaissons, mais aussi par une légitime appréhension de déplaire au pouvoir royal et de provoquer à nouveau l'application de la législation subsistante. — Dans d'autres circonstances elle procédait de la crainte que l'on éprouvait de réveiller dans les couches inférieures de la population les préventions et les haines que le Clergé lui avait insufflées contre les gens de la R.P.R. Avant tout préoccupée de son « repos », comme elle l'avoue en novembre 1781, l'église de Bordeaux était devenue quelque peu égoïste et oublieuse d'une solidarité qui lui paraissait compromettante.
A cette prudence s'ajoutait le soin et pour mieux dire l'empressement que mettait le Consistoire, sur les conseils réitérés d'Olivier- Desmont^, à affirmer le loyalisme des Protestants à l'égard de la royauté^; à prier pour la personne du roi dans les cas graves (1757^
1. Citée par Cli .Dardier, Lellres de Rahaut à divers, II, 290, note, sans indication de date. Il semble bien toutefois, par le contexte de Ch. Dardier, que cette réponse est de l'année 1782. — Les Archives du Consistoire de Nîmes possèdent (liasse n° 12) quelques documents de 1780 émanant du Consistoire de Bordeaux et relatifs à cette affaire. Nous n'avons pu en avoir communication.
2. Le 21 avril 1783, le Consistoire exige qu'Olivier-Desmont interrompe sa correspondance avec le chapelain Armand, '< soit parce qu'elle pourroit le détourner de ses fonctions, soit parce qu'il se trouve personnellement attaqué dans l'affaire qui forme l'objet de cette correspondance » {Reg. consist., à la date). — Cf. une lettre de Paul Rabaut au Synode du Bas-Languedoc, 4 mai 1793 (dans Ch. Dardier, rec. cité, II, p. 336 et ss.)
3. C'est ce qui nous paraît résulter de ses sentiments connus à cet égard. Voir la note suivante.
4. Cet empressement n'était pas particulier aux protestants de Bordeaux. Olivier- Desmont, leur futur pasteur, avait prononcé en mai 1770, n'étant encore que pasteur d'Anduze, un Eloge historique de la dernière race de nos rois, avec un précis des devoirs des sujets envers leur souverain, à l'occasion du mariage du Dauphin. Dès 1746, le célèbre pasteur Paul Rabaut avait partout recommandé cette attitude à l'égard du pouvoir royal (A. Monod, Les sermons de Paul Rabaut, p. 16).
5. Attentat de Damiens contre Louis XV. Déjà en 1744, lors de la première maladie du roi à Metz, les Protestants du royaume avaient prié pour lui, au témoignage d'Olivier-Desmont [Eloge his!., précité).
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et 1774) ', pour celle de la reine en état de grossesse (1778) 2, s'eiïorçarit ainsi de prendre hypothèque pour l'avenir et de mériter la place qu'ils voulaient retrouver dans la famille française, mais que lui refusaient encore les stipulations de l'acte révoquant l'édit de Nantes. C'était le premier stade d'un rapprochement souhaité avec la maison de Fiourbon devenue moins hostile aux Religionnaires impénitents, tout disposés eux-mêmes à prêter le serment «d'allégeance» que Iciu' eût peut-être demandé la monarchie croulante.
A la diiïérence de l'Anglais Thomas Paine, qui trouvait dans la Bible autant que dans la raison naturelle des arguments triomphants contre la royauté ^, nos Religionnaires bordelais puisaient à ces deux sources des motifs de fidélité à l'égard des successeurs de Louis XIV. Protestation plus intéressée que logique et peut-être moins sincère qu'on ne le voudrait .^ Entre la royauté des Bourbons et l'église réformée de France il y avait incompatibilité de principes; en tout cas les ineffaçables souvenirs du passé. Royalistes par intérêt nos Religionnaires n'eurent pas cet esprit de finesse qui leur eût permis de prévoir la réalisation prochaine du Déposait poienles de sede.
Que les Protestants de Bordeaux fussent, depuis les vexations de 1757-59, en possession d'une tolérance effective, admise et respectée par tous les gens éclairés, c'est ce qui paraît résulter clairement de menus faits assez significatifs. Ecrivant vers 1771 à son collègue Olivier-Desmont dont l'arrivée est attendue, le pasteur Henri Cavalier déclare que, pour son compte, il n'a jamais été inquiété depuis son installation à Bordeaux (en 1763), pas plus que ses coreligionnaires. « On peut ajoute-t-il, sortir librement de chez soi, à toute heure »*. Déclaration instructive qui révèle une jurisprudence nouvelle, nonobstant la législation draconienne qui subsiste toujours. Deux ans plus tard, Olivier-Desmont fait